Interview

Lantoniaina Rasoloelison – « Le salut des secteurs énergie et hydrocarbure réside dans la continuité »

Tous ces projets font partie du plan de développement à moindre coût (PDMC) une politique adopté par le gouvernement dans le secteur de l’énergie

Au bilan, le ministre de l’Énergie et des hydrocarbures expose ses projections et inquiétude par rapport à l’avenir du secteur. Suggérant la poursuite des efforts déjà accomplis en matière de production hydroélectrique, Lantoniaina Rasoloelison propose de délaisser progressivement l’utilisation du gasoil et de l’huile lourde à long terme

Tous ces projets font partie
du plan de développement
à moindre coût (PDMC) une politique
adopté par le gouvernement
dans le secteur de l’énergie

Une rétrospective par rapport aux activités de votre département s’impose en cette fin d’année. Votre point de vue ?

2018 aura été, pour le secteur de l’énergie, une année durant laquelle il a fallu se consacrer principalement sur deux grands axes prioritaires mises à part les procédures de gestion courante. Notamment sur le plan de la réalisation des infrastructures de production d’énergie renouvelable, mais aussi et surtout les soucis
réccurents provoqués par le prix des carburants au niveau mondial. Une hausse du carburant où nous sommes loin d’être les décideurs dans la mesure où, dans notre position de simple importateur, nous nous retrouvons dans l’obligation de subir les variations du marché.

Quelle serait alors l’alternative adéquate par rapport à cette situation ?

Nous nous consacrons surtout à une politique de continuité par rapport au projet de basculement et de transition énergétique vers le renouvelable ainsi l’hybridation de la production de cette énergie de façon à réduire les coûts de production énergétique. Raison pour laquelle, nous avons entamé cette année l’opérationnalisation de deux centrales thermiques fonctionnant au fuel lourd à Ambohimanambola produisant au total soixante seize mégawatts d’énergie au réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA).

Quel bilan?

Ainsi, depuis le début d’année, le gros de la production s’effectue à partir de l’huile lourde. Par ailleurs, dans cette même optique, la première station solaire d’envergure a été mise en place à Ambatolampy, au mois de juin, avec la collaboration de la société GreenYellow avec une puissance de vingt mégawatts. Un projet qui s’inscrit dans la droite ligne de la politique énergétique de Madagascar et des objectifs fixés lors de la COP 21, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le solaire est-il fiable à cent pour cent ?

Pour faire face à un besoin en électricité non assouvi et à une demande croissante des zones industrielles, Madagascar tend à diversifier ses sources d’énergies. Cette centrale répondra à ce double enjeu en garantissant l’accès à une énergie propre, fiable, compétitive et dont la mise en place est rapide. C’est bien la première fois qu’un projet solaire de cette envergure a été réalisé à Madagascar malgré le fait que l’utilisation de l’énergie solaire domestique soit déjà assez courante depuis plus d’une dizaine d’année. Cependant, les infrastructures d’Ambatolampy ne sont pas encore en mesure de fournir une production stable. Ce qui explique la nécessité de recourir à la centrale hydroélectrique de Mandraka pour pallier cette instabilité de la production. Le souci en ce moment c’est la période d’étiage qui persiste. Réduisant ainsi la production du côté de Mandraka et par la même occasion celle d’Ambatolampy.

Y-a-t-il tout de même une solution face aux problèmes récurrents de manque d’eau ?

Pour tenter de résoudre cette situation, un projet d’installation de batterie de stockage en back up sera réalisé au niveau de la centrale d’Ambatolampy. Ce programme s’avère être une priorité des priorités dans la mesure où le manque à gagner dans l’instabilité de la production dans les deux centrales est tout de même d’une envergure assez importante.

Malgré ces bémols, comment se présente-t-elle la production solaire pour l’année prochaine ?

Tous les appels d’offres concernant la production d’énergie renouvelable ainsi que les stations hybrides ont été lancés et adjugés durant cette année. Ainsi, quarante cinq centrales hybrides seront lancées d’ici 2019 toujours en suivant le principe pour amoindrir les coûts de la production d’énergie par la compagnie nationale d’électricité. En effet, malgré le coût du matériel en ce qui concerne l’énergie solaire, le volume d’investissement est supportable. Raison pour laquelle le solaire et les centrales hybrides seront priorisés dans le courant de l’année prochaine.

A-t-on les moyens pour la réalisation d’un tel projet qui s’étalera sur tout le territoire ?

Le stock des dettes de la Jirama s’élève à plusieurs milliards d’ariary. Avec des dettes énormes, personne ne peut faire confiance à une société. Même s’il n’y a pas ces dettes, la mise en œuvre de projets est toujours liée à certains risques, d’où la nécessité d’avoir une garantie partielle de risques. En effet, Le « risque d’acheteur » décourage les investissements ou conduit à une augmentation des coûts. Ce qui amène le GIZ a octroyé un fonds de près de quatre millions d’euros au gouvernement malgache.

Par la suite?

Ceci sera injecté à l’ACA pour servir d’Assurance des investisseurs dans le cas, notamment d’une défaillance de paiement de ses fournisseurs par la Jirama (Compagnie nationale d’eau et d’électricité). Le financement qui fait l’objet du contrat d’exécution du projet Promotion de l’électrification par les énergies renouvelables (PERER) vise à réduire les coûts et les subventions alloués à la Jirama. Il soutient que ceux-ci devront être affectés dans d’autres secteurs sociaux comme la santé et l’éducation.

De quelle façon la Jirama gérera-t-elle ce financement ?

Grâce à ce financement, la compagnie nationale d’électricité a pu négocier une entente, tout à son avantage, avec les opérateurs privés auxquels les contrats d’implantation des quarante-cinq nouvelles stations hybrides ont été adjugés. Autrement dit, ces derniers se retrouvent dans l’obligation de rénover le matériel vétuste de la Jirama dans les localités où les stations hybrides seront installées tout en contribuant, bien entendu à l’apport en énergie solaire comme stipulé dans le contrat. C’est grâce à cette entente que de nouveaux groupes électrogène ont pu être installés dans plusieurs régions de l’île comme Ambatondrazaka, Ihosy, Ambovombe, Amboasary, Maintirano, Ampanefena et que d’autres régions recevront prochainement les leurs comme Manja, Ankazoabo, Miandrivazo, Mahabo et Antalaha.

Outre les stations hybrides, ne devrait-on pas non plus se tourner vers une production plus éco-responsable ?

Récemment, nous avons pu réaliser la signature de l’accord cadre concernant le contrat d’achat de la production électrique du projet Volobe. Accord réalisé entre le ministère de l’Énergie et des hydrocarbures et la Compagnie générale d’hydroélectricité de Volobe (CGHV). Il est vrai que l’objectif principal est de renforcer le réseau et la production. Cependant, d’autres points restent à élucider afin de préserver l’intérêt des consommateurs, de l’État et de la Jirama, qui sera le principal acheteur de la production de cette centrale. À noter que le prix d’achat ne sera fixé qu’après avoir étudié tous les aspects du coût de production exposés par la CGHV.

Le point de la situation?

Par ailleurs, outre Volobe, d’autres projets dits « petit hydro » sont aussi à recenser dans tout le pays comme « Tsinjoarivo », « Namorona2 », « Andranomamofona » ou encore « Farahantsana » sans compter « Sahofika » avec sa projection de puissance de 192 mégawatts et qui aura un apport conséquent par rapport à l’approvisionnement en électricité sur le réseau interconnecté d’Antananarivo, tout en améliorant les conditions sociales des populations des localités environnantes avec la construction de nouvelles infrastructures routières. Tous ces projets font partie du plan de développement à moindre coût (PDMC) une politique adopté par le gouvernement dans le secteur de l’énergie.

Comment se présenteront-ils les impacts de ces grands projets sur les simples consommateurs ?
Les projets d’envergure, par leur taille, sont logiquement plus coûteux. Construire un barrage d’une centaine de millions de dollars demande tout de même une certaine réflexion de fond. Qui sera à même de réaliser les travaux ? Qui pourra acheter la future production ? Il est alors impératif d’accompagner ces projets de production par un système de renforcement du réseau de façon à ce que les consommateurs, grands et petits. puissent effectivement acheter l’électricité. Cependant, même l’acheminement de l’électricité jusqu’aux consommateurs reste un souci majeur en terme de coût dans la mesure où l’élargissement d’un réseau électrique représente entre cent mille et cinq cent mille dollars par kilomètre selon l’électricité transporté. Ce n’est pas avec les millions de dettes à apurer que la compagnie nationale d’électricité pourra assurer ce renforcement. Voilà pourquoi nous lançons des appels d’offres pour le secteur privé avec des contrats de concession à court terme.

Finalement, que préconisez-vous comme solution pour stabiliser le secteur ?

Le fuel lourd, comme son nom l’indique, nécessite aussi des infrastructures lourdes. Un groupe alimenté par ce type de carburant nécessite un volume d’investissement plus conséquent qu’un simple groupe alimenté par gasoil. Ainsi, malgré le fait que le fuel soit moins cher à l’achat par rapport au gasoil, dans une situation d’urgence ce sera toujours ce dernier qui restera l’option la plus abordable à court terme malgré son prix élevé par rapport au fuel. Ce qui revient à dire que l’un ou l’autre de ces options représente tout de même des risques pour le secteur énergétique. D’un autre côté, le concept de vérité des prix sur le carburant, qui devrait être
effectif d’ici juin 2019 affiche pour le moment un écart de près de cinq cent ariary par rapport aux prix à la pompe, nous pousse toujours à nous tourner vers une majorité de production en hydraulique malgré le fait qu’il est impossible de délaisser totalement le gasoil à cause des risques d’instabilité de production électrique à partir de l’eau en période d’étiage.

Vos déductions?

D’où l’importance de l’accélération de la mise en place d’un changement de politique vers la construction de barrages hydroélectriques à rétention d’eau.
Il s’agit alors de prendre l’alternative du renouvelable et de veiller à la continuité de cette politique pour les années avenir.

Propos recueillis par Harilalaina Rakotobe. Photos Tojo Razafindratsimba