Editorial Opinions

Défaite et des fêtes

Marc Ravalomanana refuse d’admettre l’évidence. Il ne pouvait pas gagner le second tour de la présidentielle pour diverses raisons. Mais des conseillers occultes, des hommes de l’ombre connus de tous, le poussent à emprunter le chemin de la rébellion. Par rapport au processus électoral soutenu par la communauté internationale. En cherchant des poux, de petites bêtes, là où il n’y en a pas.
Tout d’abord, dans les six arrondissements de la capitale où il régnait sans partage depuis 1999, Andry Rajoelina a pu le battre le 7 novembre avant de le talonner de près cette fois-ci. Et même si Marc Ravalomanana a gagné dans les régions de l’ex-province d’Antananarivo, à forte concentration d’électeurs, il n’a jamais pu prendre le dessus sur Andry Rajoelina sur l’ensemble du territoire qui lui a opposé une farouche résistance.
L’évolution des résultats égrenés par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, avec une célérité exemplaire, rapportés par des quotidiens ont attesté ces constatations. Or, Marc Ravalomanana a tablé sur un vote massif en sa faveur, dans ces localités, pour envoyer au tapis son adversaire du jour. Alors que dans les villes côtières et surtout à Fianaran-tsoa, un autre vivier important de voix, Andry Rajoelina a raflé la mise de façon nette et sans équivoque. Sur le plan mathématique, tout cela se traduit par le récapitulatif final de la CENI.
Ensuite, Marc Ravalomanana s’est entouré des transfuges néfastes du HVM. Ceux qui viennent de salir et de souiller l’image déjà écornée du président sortant Hery Rajaonarimampianina. Ils ont inculqué dans le subconscient du numéro 25 qu’Andry Rajoelina estimait avoir la majorité absolue dans la soirée du scrutin du 7 novembre. Il n’a plus le courage d’aller au second tour. D’autant qu’il a épuisé ses fonds de campagne d’entrée de jeu. Deux faits ont corroboré ces appréciations erronées.
Dès que la tenue d’un second tour a été acquise, des émissaires de Marc Ravalomanana ont retiré leurs deux cents requêtes déposées à la Haute cour constitutionnelle. Fanirisoa Ernaivo qui a rejoint le camp du TIM, très critique sur les imperfections des listes électorales qu’elle a qualifiées d’indécentes, a accepté de se battre avec. Car la CENI a précisé que ces registres électoraux tant décriés seront utilisés au scrutin du 19 décembre. Il a été clair que Faniry Ernaivo et les autres membres du Collectif de candidats anti-élection présidentielle ont une appréhension, une crainte obsessionnelle, difficile à dissimuler: une éventuelle victoire d’Andry Rajoelina avant le terme, comme disent les amateurs du noble art.
Chemin faisant, Marc Ravalomanana qui héberge déjà des putschistes notoires, des têtes brûlées des Forces armées, comme le général Noël Rakotonandrasana, les colonels Charles Randrianasoavina et le tristement célèbre Coutiti Assolant, a accepté le soutien encombrant d’Olivier Mahafaly. Souvenons-nous du passé récent. Nommé Premier ministre illégal par Hery Rajaonarimampianina, qui n’a pas eu la démission volontaire du général Jean Ravelonarivo, Olivier Mahafaly a aussitôt trainé une mauvaise réputation. Celui de l’islamisation progressive du pays. Par la construction, semble-t-il, de trois mille mosquées. Accusation gratuite ou pas, les chrétiens, en général et les catholiques, en particulier l’a appréhendée.
Coïncidence ou relation de cause à effet, il est difficile de l’accuser de quoi que ce soit. Mais après son arrivée à la primature, les vols de clochers, des faits divers d’un nouveau genre, ont pris une proportion inquiétante.
Tout comme les viols et le massacre des religieuses et l’autodafé des bibles achetées à prix d’or, se sont multipliés dans les bleds perdus. Des dignitaires catholiques ont fait des démarches pour l’évincer. En vain. Olivier Mahafaly a été programmé pour offrir la victoire sur un plateau d’argent au HVM à l’élection présidentielle. Il était indéboulonnable. Jusqu’au samedi 21 avril.
Conséquence immédiate de ces négociations en coulisses avortées, seul Mgr Pietro Parolin, secrétaire général du Vatican, a honoré de sa présence la messe de célébration du cinquantenaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Madagascar au stade de Mahamasina. Alors que soixante treize cardinaux ont été prévus faire le déplacement. Les brouhahas désapprobateurs à l’encontre du président de la République, Hery Rajaonarimampianina, à Vohipeno lors de la béatification de Lucien Botovasoa, ont démontré le malaise persistant entre les catholiques et le régime HVM.
En outre, Marc Ravalomanana a été « séduit » par l’apport « juridique » de la magistrate Faniry Ernaivo. Celle-là même qui s’est félicitée de la mort atroce de trois inspecteurs de police, lynchés à mort à Fenoarivo-atsinanana. Elle a souhaité que tous les éléments des forces de l’ordre subissent le même sort. S’entourer de telles personnalités honnies de l’opinion publique a-t-il été bénéfique à Marc Ravalomanana ? Son penchant excessif pour la provocation lui a joué un mauvais tour. Sans compter les dérives verbales, scandaleuses et inqualifiables de l’opérateur économique au passé plus que douteux, Ny Rado Rafalimanana, le faux-prince de Dubaï.
Enfin, des grosses têtes aux arguments superficiels, légers et fallacieux de l’analyse politique de la trempe de Gilbert Raharizatovo, journaliste émérite, député du sixième arrondissement, ministre de la Communication et de la culture sous Andry Rajaoelina, s’évertuent à faire croire à l’illégitimité du second tour par le taux élevé des abstentions. Il a déjà oublié que le 28 décembre 1996, 20 % des électeurs ont départagé Didier Ratsiraka et Albert Zafy.
L’Amiral l’a emporté par seulement 20 000 voix d’écart. Gilbert Raharizatovo n’a rien remarqué d’anormal. José Andrianoelison, directeur de campagne de Didier Ratsiraka, en réponse aux appels au boycott, a répondu avec dédain,« Même si trois personnes votent, celui qui aura deux voix sera élu ». Marc Ravalomanana et ses radicalisés peuvent ruminer leur défaite ailleurs et ne pas gâcher… des fêtes.

Eric Ranjalahy