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Virtuose et impassible

Les statistiques sont comme les mini-jupes. Elles donnent des idées, mais cachent l’essentiel. Sans adopter cette thèse d’une certaine subtilité, Hervé Rasolofondraibe, gouverneur de la Banque centrale de Madagascar, dans son dernier exposé sur la politique monétaire et la situation globale sur le plan financier et économique, a balancé une cascade de chiffres à même de décourager les néophytes en la matière. Pour bien comprendre ce qu’il voulait mettre en évidence, lire entre les lignes était un exercice à faire.

Lui qui est, peut-être, le seul haut responsable des organismes rattachés au ministère des Finances et de l’économie, a être épargné par la vague des nouvelles nominations, a trouvé des motifs de satisfaction, même relatifs, pour le régime en place. À un moment où le gouvernement a passé le quart d’heure de Rabelais, le gouverneur de la Banque centrale a décalé l’attention sur d’autres aspects de la vie nationale.

D’abord, ce refus des habitants de la commune d’Ambohitrimanjaka d’adopter et d’accueillir le projet Tana-Masoandro par des remblayages de leurs rizières. Des patrimoines inaliénables donc intouchables selon les contestataires.

Puis, la perturbation de la distribution du carburant a mis en mauvaise posture le ministre de tutelle, Vonjy Andriamanga. Lui-même noyé par la pénurie d’eau touchant de nombreux quartiers de la capitale et un retour passager mais désagréable du délestage. À peine assis sur cette chaise éjectable du ministre de l’Énergie, de l’eau et des hydrocarbures, l’idée de tout plaquer lui a traversé l’esprit. Parfois, au contraire des idées reçues, être ministre n’a rien d’une partie de plaisir. La tournure conjoncturelle relevant de ses responsabilités lui a donné raison.

Enfin, Emmanuel Macron, piqué par on ne sait quelle mouche, en visite de reconnaissance dans les îles Glorieuses, revendiquées par Madagascar, s’exclamait: « Ici, c’est la France ». Une déclaration loin de ses propos conciliants et amicaux tenus lors de la Conférence de presse conjointe avec le président de la République, Andry Rajoelina, à l’Élysée. Où les deux personnalités ont annoncé la mise en place d’une Commission mixte pour trancher sur le
litige territorial déjà évoqué à l’Assemblée nationale des Nations unies. Pris de court par cette volte-face d’Emmanuel Macron, Andry Rajoelina, sur les réseaux sociaux, lui a rappelé la naissance de cette Commission prévue le 18 novembre.

La sortie d’Emmanuel Macron a réveillé les nationalistes malgaches, bercés et endormis par la rencontre au sommet dans la capitale française. Pleine de promesse. Ils parlent d’insulte et de trahison.

C’était dans cette morosité ambiante, baignée par une atmosphère délétère que le gouverneur de la Banque centrale, Hervé Rasolofondraibe, a apporté quelques douceurs. Même si son exposé, d’une haute teneur technique, n’a pas pour vocation de résoudre les difficultés auxquelles est confronté le commun des Malgaches. Par exemple, il a révélé que le taux d’inflation sous-jacente a bondi à 7,1% entre le mois d’août 2018 et 2019, contre 6,5% un an plus tôt pour la même période considérée. Pour juguler une éventuelle poussée inflationniste, la Banque centrale a décidé de prendre des mesures bien dosées. « À compter du 1er novembre, le taux des facilités de dépôts est passé de 0,00 à 0,90%. Celui du prêt marginal est porté de 4,40 à 5,30%. »

Comme la majoration du taux directeur de quelques précieux points, il reste à savoir si ces dispositions produiront les effets escomptés sur cette frénésie des banques primaires et commerciales à accorder des crédits aux « nécessiteux ». Ils sont invités à souscrire des crédits et des emprunts. Avec des formalités à remplir allégées au strict minimum, une simple photocopie de la carte d’identité nationale sans être légalisée et un certificat de résidence de fraîche date, suffisent à obtenir le « bonheur dans le prêt », dans un bref délai.

Ces établissements financiers donnent toujours l’impression d’être en surliquidités et viennent au secours des familles « ruinées », mais ayant une quotité cessible acceptable.

Mais quand tout le monde a ce sentiment d’avoir plein les poches, l’enviede tout acheter, même à prix élevé, devient un réflexe tout à fait naturel. Il est déjà rassurant que l’émission des billets de 20 000 ariary n’a pas provoqué des hausses inconsidérées des prix de produits de consommation courante. Comme ce qui s’était passé au Zimbabwe de Robert Mugabe. Où il fallait un million de dollars zimbabwéens pour s’acheter un poulet de taille moyenne.

Alors que ces grosses coupures, aux couleurs du HVM, ont côtoyé les 10 000 ariary à l’effigie du TIM de Marc Ravalomanana. Ce qui aurait pu densifier plus que de raison la masse monétaire en circulation. Avec l’effet et méfait sur les prix sur le marché. Voilà pourquoi le recours à la planche à billets a toujours été désigné par les spécialistes du mécanisme financier comme le générateur d’une inflation dépassant tout entendement.

La Banque centrale de Madagascar joue son rôle de régulateur et réagit avec pondération quand le besoin se fait sentir. Selon ses prévisions, l’année prochaine, le taux d’inflation en glissement annuel serait maintenu aux alentours de 6,2% pour un taux de croissance économique de 5,5% en termes réels du Produit intérieur brut, PIB. Les députés qui attendent le projet de loi de finances 2020 ont des indices précieux sur les débats à venir. S’ils ont les capacités intellectuelles requises pour bousculer la tranquillité des membres du gouvernement. Car pouvoir discuter des données compliquées comme celles relatives aux finances publiques requiert un niveau de connaissance d’une certaine hauteur. Il ne suffit pas de hausser le ton pour se faire entendre. 

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