#4 Actualites Decryptage

Conjoncture : La Banque mondiale plaide pour la prudence

Avant la présentation du projet de loi de finances 2020 à l’Assemblée nationale par le gouvernement, la Banque mondiale a publié des notes d’une importance particulière

Les points marquants

• Selon la dernière note de conjoncture économique consacrée à Madagascar et publiée par
la Banque Mondiale le 25 octobre, la croissance de l’économie malgache connaît un léger fléchissement en 2019, sous l’effet conjugué de l’affaiblissement de la demande extérieure et de la lenteur de l’exécution des
dépenses publiques, mais elle reste globalement robuste et devrait progresser pour atteindre 5,4 % en moyenne en 2020-2021.
• Pour le gouvernement, le principal défi consiste à accélérer les
réformes destinées à renforcer la confiance afin de déverrouiller la croissance du secteur privé et la création d’emplois, à accroître sa capacité
à soutenir les investissements prioritaires et à constituer des marges de manœuvres budgétaires pour faire face à des situations imprévues.
• Le rapport souligne la nécessité de réexaminer des dépenses fiscales coûteuses et inefficaces, et consacre un chapitre spécial aux mesures à prendre pour lever les freins à la concurrence dans des secteurs clés afin de stimuler la croissance et de créer des emplois plus nombreux et mieux rémunérés.

Voici ce qu’il faut retenir des principales conclusions du rapport.

La croissance économique de Madagascar a été forte en 2018, mais a un peu ralenti en 2019

Tirée par une forte activité des secteurs axés sur l’exportation, la croissance a atteint 5,1 % en 2018, son plus haut niveau depuis dix ans. Elle s’est ensuite tassée au premier semestre 2019 sous l’effet conjugué d’une baisse de la demande extérieure et de la lenteur d’exécution des dépenses publiques. En effet, le nouveau gouvernement ayant pris ses fonctions à la suite de l’élection présidentielle fin 2018, la mise en place de la nouvelle administration et la révision du budget 2019 ont ralenti l’exécution des dépenses, notamment les investissements publics.

Les recettes d’exportation et l’activité industrielle ont également pâti d’un essoufflement important des principaux marchés à l’export, qui a coïncidé avec l’exacerbation des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, ces deux pays absorbant 25 % des exportations malgaches. Cette situation a entraîné une baisse de la demande et des prix des principaux produits d’exportation malgaches et s’est combinée au début de l’année à un recul des ventes et des commandes industrielles. La baisse des recettes d’exportation, notamment celles provenant des cultures de rente et du nickel, et le niveau constant des importations se sont traduits par une détérioration du solde de la balance courante.

Les risques de détérioration de la conjoncture économique plaident pour une politique budgétaire prudente

La transition politique réussie après l’élection présidentielle de 2018 a considérablement réduit les risques d’instabilité politique. L’économie malgache est cependant exposée à d’autres risques qui pourraient entraîner une baisse plus importante que prévue de l’activité dans les années à venir: un ralentissement économique marqué chez les principaux partenaires commerciaux du pays, une chute soudaine des prix de la vanille par rapport à leurs niveaux record actuels, ou une hausse des prix du pétrole dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.

Les risques budgétaires doivent aussi être surveillés. Il s’agit des risques associés aux perspectives d’augmentation des déficits publics dans un contexte de faible mobilisation des recettes intérieures, des passifs éventuels vis-à-vis des entreprises publiques et de la multiplication des projets de partenariats public-privé spontanés. Le manque de marge de manœuvre budgétaire pourrait limiter considérablement la capacité du gouvernement à faire face aux chocs imprévus, y compris les catastrophes naturelles graves dont le coût est estimé à environ 1% du PIB en moyenne, mais qui pourrait grimper en flèche en cas d’événements particulièrement sévères.

Les mesures visant à accroître la mobilisation des recettes de l’État sont essentielles

Le rapport souligne l’intérêt de procéder à un examen et à de possibles ajustements de divers abattements et régimes fiscaux préférentiels, qui réduisent de près d’un quart les recettes de l’État chaque année. Pour un pays tel que Madagascar, dont la capacité de recouvrement des impôts est l’une des plus faibles au monde, il s’agit d’un manque à gagner considérable. Les décisions en matière de dépenses fiscales nécessiteraient une analyse préalable de leur pertinence ou de leurs incidences potentielles, ainsi qu’une analyse comparative permettant de déterminer s’il ne serait pas plus approprié d’opter pour des dépenses publiques directes ou des mesures réglementaires.

En l’absence d’évaluations d’impact claires, le bénéfice net de ces dépenses fiscales est souvent incertain et les pertes de recettes aggravées par les risques de fraude. Une analyse coût-bénéfice plus systématique et transparente
permettrait de cerner les mesures inefficaces qui absorbent des ressources pouvant être plutôt allouées à des investissements publics ou des dépenses sociales. 

Add Comment

Click here to post a comment