Editorial

Le ballon se dégonfle

Prévisible. Le conflit d’intérêt autour des Barea a éclaté au grand jour. Telma, par le biais d’un huissier, a notifié le Comité de normalisation de la Fédération malgache de football, FMF, de rester sur la touche pour ce qui est des
financements de cette campagne africaine à venir. Après cette révélation parue dans l’Express de Madagascar, Telma a temporisé le jeu, dans un Droit de réponse. En affirmant qu’elle a agi en son nom personnel, mais pas en celui du Club des partenaires, et qu’il s’agit d’un simple rappel à l’ordre pour que le Comité de normalisation respecte les clauses du contrat passé avec Telma.
Un premier choc frontal et brutal opposant les « secteurs public et privé », si l’on peut s’exprimer ainsi, qui va à contre-courant du slogan, du leitmotiv, en vogue du reste, « tous avec les Barea ». À ce propos, beaucoup ne comprennent pas que les aides financières pour l’équipe nationale, d’où qu’elles viennent, soient versées sur le seul compte d’une seule société de télécommunications. À croire que les Barea étaient devenus sa chasse-gardée.
Bien sûr, les trois qui monopolisent le marché du mobile money ont pu conclure une sorte de « pacte de non-agression » dans les transferts d’argent, tout se fait en toute cordialité, mais cette exclusivité peut dissuader les autres bonnes volontés de manifester leur sympathie envers les Barea, qualifiés pour la première fois de l’histoire du pays, à une phase finale de la Coupe d’Afrique des nations, CAN.
Il est vrai aussi que le mandat qui se prolonge du Comité de normalisation n’est pas de nature à apaiser cette tension latente. Il semble que l’amitié, sinon la complicité tissée entre Béatrice Attalah et Fatma Samoura, est pour quelque chose dans cette indulgence inhabituelle de la FIFA. Madagascar est le seul pays membre de l’instance suprême du football mondial, qui n’a pas une fédération élue, mais qui peut encore participer à des compétitions internationales sous l’égide de la FIFA.
Dans la seconde partie de la crise politique de 2009, Béatrice Attalah a été propulsée à la tête de la Commission électorale nationale indépendante, CENI, qui a supplanté la CENIT, trop proche d’Andry Rajoelina, selon l’analyse des experts de la communauté internationale, qui a voulu organiser des présidentielles neutres, équitables, transparentes, démocratiques aux résultats acceptés par tous. Suivant une liturgie bien connue de tous. Fatma Samoura, quant à elle, a été la coordinatrice du système des Nations unies. À travers le Sacem et son basket fund, elle a supervisé l’utilisation des fonds apportés par les partenaires techniques et financiers dans l’organisation globale des présidentielles et législatives. Une issue à la crise politique formatée par la communauté internationale.
Aujourd’hui, secrétaire générale de la FIFA, Fatma Samoura n’a pas oublié son amie malgache. Qui a été évincée du ministère des Affaires étrangères au profit de Me Henry Rabary-Njaka, l’ami de longue date du président Hery Rajaonarimampianina. La traversée du désert n’aura pas duré longtemps pour Béatrice Attalah. Par l’élection avortée du président de la FMF, à Sambava, pour des raisons bassement politiciennes dans un cafouillis indescriptible. Il y a eu même une arrestation à l’aéroport d’Ivato d’un président de ligue régionale pour des motifs obscurs. La FIFA a tranché sur le vif par la mise en place du Comité de normalisation, au lieu d’une sévère sanction, avec ses membres « triés sur le volet ». Béatrice Attalah est revenue au premier plan des actualités en présidant la Comité de normalisation.
Hery Rasoamaromaka, un des prétendants à la succession d’Ahmad, a estimé « qu’à cause de la persistance de ce Comité de normalisation, la FIFA va nous priver d’une aide substantielle d’un million de dollars ». Un argument tout à fait sans fondement eu égard à la sympathie qui noue Béatrice Attalah à Fatma Samoura. Si jamais il est élu « patron » de la FMF, il risquerait d’attirer les foudres de la FIFA, par son statut politique d’être la locomotive du TGV.
Ces « foutoirs » peuvent avoir des conséquences néfastes, négatives sur la performance des Barea. Qui, pourtant, ont hérité d’un Groupe abordable pour ces phases finales de la CAN 2019. Si les Super Eagles du Nigéria semblent
être d’un cran au-dessus, pouvant survoler les débats, le Sily national de la Guinée Conakry et les Hirondelles burundaises n’ont jamais été des terreurs de la savane africaine. D’autant que les Barea vont évoluer sur la terre des exploits de leurs « ancêtres » du Club « M » du sorcier allemand, Peter Schnittger.
En éliminatoires des Jeux olympiques de Moscou en 1980, les Malgaches ont tenu la dragée haute aux Pharaons de Mohamed El-Khatib. Un à un à Mahamasina, et le même score au Cairo Stadium devant 120 000 spectateurs, venus « assister » à un « massacre ». Mais qui ont été médusés, sans voix, quand Kiki, Guy Rabemananjara, ouvrit la marque, cinquante secondes après le coup d’envoi, sur une passe « laser » de maître Kira.
Les Égyptiens ont égalisé sur un pénalty douteux transformé par leur idole. Et les Malgaches n’ont cédé qu’aux tirs au but, avec toujours une décision arbitrale « théâtrale » des référés italiens, refusant un but valable. Le ballon a heurté le poteau avant de franchir la ligne des buts. Pas besoin de « goal line technology » pour crier au scandale. Des années plus tard, le même scénario s’est reproduit et, encore une fois, les joueurs du Club « M » ont perdu « à la loterie fatidique». Cette fois-ci, dans un stade de Mahamasina en deuil.
Il reste pour les protagonistes de cette lutte d’influence à trouver un terrain d’entente. Car les Barea ont bien besoin de sérénité et d’un environnement sain autour d’eux pour espérer aller au-delà du premier tour dans cette compétition de haut niveau. Ce relent d’animosité doit être confiné dans les vestiaires…

par Eric Ranjalahy