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Se débarrasser de ses oripeaux

A ndry Rajoelina doit, désormais, se méfier de ses courtisans trop zélés, de ses conseillers très spéciaux et, peut-être, de ses propres intuitions. Ces âmes vagabondes, gravitant autour de son esprit, l’ont induit en erreur, l’ont mis en porte à faux des réalités. Comme cette éviction du directeur général de la CNaPS, Raoul Arizaka Rabekoto. Pourtant, il a pu donner un sens et une chance à la sécurité sociale des salariés du secteur privé. Une de ses idées, faire bénéficier les paysans des pensions de retraites, a été même « plagiée » par son successeur. Il a fait de la CNaPS, une des rares entités étatiques prospères, avec des bilans positifs en progression d’un exercice comptable à l’autre.

Et il a pris une éclatante revanche sur « ses bourreaux », en gagnant haut la main, l’élection du président de la Fédération Malgache de Football, FMF. Une victoire qui ne souffrait de la moindre discussion en dépit des lamentations du favori Hery Rasoamaromaka. Secrétaire national du parti TGV, fondé par Andry Rajoelina en 2007 pour conquérir la mairie de la capitale, il était le mieux coté pour rafler la mise. Beaucoup s’attendaient même à son plébiscite. Mais contre toute attente, Arizaka Raoul Rabekoto a pris le dessus. La corpulence et la carrure impressionnante du chouchou présidentiel n’ont pas fait le poids face une candidature plus crédible et moins « politique ».

Car la Fifa ne transige pas sur les éventuelles « ingérences » des autorités politiques dans les cuisines internes des fédérations qui lui sont affiliées. Marc Ravalomanana en sait quelque chose. En voulant déloger Ahmad de son fauteuil velouté, il a exposé le football malgache à de lourdes sanctions. Et la Fifa s’est montrée indulgente l’an passé, quand le scrutin pour élire le successeur du même Ahmad, devenu président de la Confédération africaine du football, CAF, a tourné court. Par des manigances incroyables à quelques heures du début des votes.

Sans l’influence de Fatma Samoura, ancienne coordinatrice du système l’influence de Fatma Samoura, ancienne coordinatrice du système des Nations Unies à Madagascar, aujourd’hui secrétaire générale de la Fifa, les Barea auraient pu être disqualifiés sur tapis vert de la CAN 2019 où ils ont réalisé un fabuleux parcours. La Fifa a mis en place un Comité de normalisation présidée par Béatrice Atallah, avec qui Fatma Samoura entretenait d’excellentes relations pour dénouer la crise politique de 2009-2014, pour remettre la balle au centre. Et sortir la FMF d’une situation « extraconstitutionnelle », au regard des dispositions strictes et inflexibles, régissant la Fifa.

Au coup de sifflet final, Arizaka Raoul Rabekoto a infligé un camouflet au camp présidentiel. Bien sûr, Andry Rajoelina n’a pas fait campagne pour Hery Rasoamaromaka, d’une manière ou d’une autre. Mais il aurait préféré travailler avec son poulain que collaborer pour le compte d’un « intrus » qu’il a banni. Étant donné la volonté et la ferme détermination du président de la République à faire du football malgache une référence africaine, sinon mondiale. Suite au parcours plus qu’honorable des Barea à leur première participation à la CAN, ce nouveau revers sportif fait suite à un autre tout aussi humiliant pour Andry Rajoelina.

Aux derniers Jeux des îles de l’océan Indien, JIOI, à Maurice, durant les deux premiers jours de compétition où les athlètes malgaches ont galéré, entre contre-performances et organisations internes tatillonnes, Andry Rajoelina a trouvé un dérivatif de choix. Présenter et défendre le dossier de candidature de Madagascar pour accueillir la prochaine édition des JIO de 2023, l’année de l’élection présidentielle chez nous. Personne n’a osé lui souffler aux oreilles, lui avouer la vérité est-il une forfaiture, que le délai du dépôt des dossiers en question remontait au mois de novembre. Les journalistes présents sur place, très fair-play, n’ont pas épilogué sur ce déboire extra-sportif du « chef de la délégation malgache ». Ils ont plutôt mis l’accent sur les atouts des Maldives, choisies par le Comité international des jeux, CIJ, pour organiser les JIOI de 2023.

Sur d’autres volets, Andry Rajoelina s’est fait aussi avoir par des « propositions indécentes ». Mais en apparence, séduisantes. Comme celle qui consistait à jumeler les législatives au référendum constitutionnel au 27 mai. Pour en finir avec le Sénat. Une option défendue, bec et ongle, par Lalatiana Rakotondrazafy, ministre de la Communication et de la culture. Mais l’Avis contraire de la Haute cour constitutionnelle, HCC, a ramené Andry Rajoelina à l’évidence. Il lui faudra attendre des mois et des années pour pouvoir supprimer le Sénat dominé et aux mains des pro-HVM, une envie obsessionnelle, une passion dévorante chez lui. Le couperet de la HCC tombait au même moment où Andry Rajoelina s’apprêtait à fêter avec fastes et ostentations les cent jours de sa présidence. Il fallait trouver un motif pour lui faire remonter le moral.

Alors des « techniciens de haut vol » lui ont suggéré d’annoncer avec fracas la possibilité de réduire, de façon conséquente, les prix du carburant. Mais l’opération s’est avérée compliquée par les paramètres à considérer. La parité de l’ariary face au dollar, les fluctuations des cours du brut sur le marché international dépendant de multiples facteurs. Pour ne citer que les tensions politiques en permanence au Proche et Moyen-Orient pouvant renchérir les Coût-assurance et fret, prix CAF des factures pétrolières. Andry Rajoelina a mis en avant l’importance des frais d’achat sur le circuit de distribution local pour déduire qu’il était possible de minorer les prix à la pompe.

Après d’âpres discussions avec les pétroliers, il n’a obtenu que des baisses de prix symboliques. Cette trêve devrait prendre fin ce mois de septembre. Où le retour de la vérité des prix serait programmé. À moins que la visite du Pape François ne retarde l’échéance. Ainsi soit-il.