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Kigali : L’écrin du Rwanda

Passer une semaine à Kigali est une expérience intéressante pour un Malgache. Alors qu’Antananarivo vit actuellement des heures sombres entre les embouteillages, les ordures, les marchands ambulant, la capitale rwandaise offre des pistes d’amélioration. Mais cela ne peut se faire sans volonté et une bonne dose de discipline.

En arrivant à Kigali, il est difficile pour un Malgache de ne pas faire le parallèle avec Antananarivo. Le jeu de comparaison commence dès l’aéroport. Après une escale à Nairobi, avec son impressionnante infrastructure aéroportuaire, celle de Kigali parait petite, à l’échelle de notre Ivato nationale. L’on peut penser que c’est peutêtre à cela que ressemblerait l’aéroport d’Antananarivo une fois les travaux en cours terminés.

Cortège

Au loin, Kigali a de faux airs d’Antananarivo avec les habitations qui s’agglutinent sur les flancs des collines. Mais cette perception s’arrête lorsqu’on traverse le cœur du projet Smart City. C’est un passage obligé depuis l’aéroport. La capitale du «pays des mille collines» n’a plus rien à voir avec la «ville des mille». Boulevards, feux tricolores, marquages au sol clairs, automobilistes et piétons disciplinés, mais surtout, une propreté à des années lumières des standards tananariviens. Kigali n’a pas volé son titre de ville africaine la plus propre. Il n’y a pratiquement aucun détritus sur le sol. Les habitants de Kigali ont à leur disposition des poubelles disposées régulièrement où ils peuvent déjà trier leurs déchets. Ces installations qui font également office d’enseigne publicitaire s’illuminent la nuit grâce à l’énergie solaire. Ce n’est pas tout. Les employés municipaux balaient les rues régulièrement. Une histoire qu’on raconte fièrement dans les couloirs de l’hôtel de ville veut qu’un jour, le Président Paul Kagamé himself a arrêté son cortège pour ramasser un déchet sur le sol.

Une forte présence policière

Smart City se veut être une vitrine des ambitions de Kagamé pour son pays, aussi bien à l’endroit des visiteurs que des Rwandais eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, le contraste est saisissant dès qu’on s’éloigne des sentiers battus. Les rues ne sont pas bitumées en arrière-plan et un joyeux capharnaüm anime les quartiers populaires. La circulation n’est plus aussi aseptisée dès la sortie de Smart City avec les hordes de taxis-motos qui font la loi. Toutefois, la propreté reste de rigueur.

Modèles

Les Rwandais ne plaisantent pas avec la sécurité. On note une forte présence policière dans la ville pratiquement à toute heure. Cette présence est à la fois rassurante et quelque part stressante car on peut être à tout moment interpelé. Pour l’économiste Dr Joseph Nkurunziza, la sécurité figure parmi les arguments de Kigali pour attirer les investisseurs. «Ceux qui veulent utiliser leur argent au Rwanda doivent sentir cette sécurité», lance-t-il. La zone industrielle se situe, d’ailleurs, à quelques encablures de Smart City. C’est là que se trouve l’usine d’assemblage de Volkswagen. Parmi les voitures qui roulent dans la ville, on trouve des modèles de la marque de Wolfsburg issus de l’usine. Une fierté pour les Rwandais. Le Rwanda montre également qu’il est possible de s’affranchir des sacs en plastique. Les sacs en plastique n’entrent tout simplement pas dans le pays. À la place, les Rwandais utilisent des sacs en papier pour leurs courses. Comme quoi tout est question de volonté.

Le mémorial du génocide

Comment parler du Rwanda sans évoquer le génocide et sans passer par le Mémorial. On a beau avoir lu des livres ou vu des films à propos des évènements de 1994, l’expérience qu’offre le musée reste unique. Troublante. L’ambiance au sein du musée force au recueillement et à la réflexion. Le mémorial a justement été mis en place pour honorer les victimes d’un côté mais aussi et surtout pour rappeler aux Hommes que leur humanité ne tient parfois qu’à un fil. Les images et les récits dans les dédales du musée montrent à quel point l’Homme peut être capable du pire. Des armes utilisées par les milices Hutu pour massacrer les Tutsi y sont conservées tout comme des vêtements des victimes. Et que dire de cette salle qui montre des ossements avec de nombreux crânes présentant des fractures. Ou de cette partie du musée dédiée spécialement aux enfants. Dans cette aile, on voit sur les murs des photos individuelles de gamins allant de quelques mois à une dizaine d’années. En-dessous de chaque poster, on peut lire leur nom, leur âge et la manière dont ils ont été tués. Plusieurs d’entre eux ont été achevés à coups de machettes … on reste sans voix devant l’image d’un bébé de quelques mois qui a été jeté contre un mur …

Le parcours dans le musée veut expliquer toute la machination politique derrière ce sanglant évènement et le lourd héritage qu’ont laissé les colons dans le pays avec le classique «diviser pour mieux régner». Quoi qu’il en soit, la visite s’achève sur une note d’espoir avec une partie dédiée à l’approche utilisée par les Rwandais pour se réconcilier. Le pardon n’est pas un vain mot dans ce pays qui a vu des hommes charcuter leurs voisins ou même des membres de leur famille. En se basant sur une forme de justice traditionnelle appelée «Gacaca», qui se prononce «gatchatcha» où les coupables reconnaissent publiquement leurs tords devant les victimes, les Rwandais ont pu aller de l’avant. Le mot Gacaca signifie herbe douce en kinyarawanda (la langue du Rwanda) et désigne l’endroit où l’on se réunit pour régler les différends. Symbole de la réussite de ce modèle, les «villages de la réconciliation» où anciens bourreaux et anciennes victimes se côtoient.

Transport urbain

Les bus de Kigali sont «cashless». Pour les utiliser, il faut une carte de paiement NFC que l’on recharge avec de l’argent. Sinon, il y a les taxis et les taxis-motos. Dans les quartiers populaires, on note des vélos-taxis.