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À petit feu

Tollé mondial sur les incendies touchant la forêt amazonienne. Des cartes satellitaires faites par la NASA font apparaître les incendies vues de l’espace, et sur les images, stupeur, Madagascar, l’île « rouge » n’a jamais aussi bien porté son nom. Le carmin flamboyant s’étendant sur la quasi-totalité de son territoire témoigne de l’ampleur des incendies dont elle est victime.

Un problème brûlant

Dans notre pays, les « Feux de la mort » pour parodier l’interminable saga des « Feux de l’amour », nous les subissons depuis trop longtemps, et surtout presque dans l’indifférence, l’impuissance ou la tolérance générale. Feux de la « mort », car ils nous tuent … à petit feu, favorisant les maladies respiratoires, et les épidémies de peste, les rats privés de leur habitat naturel se rabattent vers les villages et les villes. Le phénomène bien que moins spectaculaire que les grands incendies amazoniens n’en est pas pour autant plus dévastateur, car insidieux. Le feu engendre de grands dégâts écologiques et environnementaux : érosion, infertilité des terres, disparition des espèces végétales et animales endémiques, etc. Le feu est un des grands facteurs de déforestation, 10 000 hectares de forêts sont perdus chaque année par le feu. Notons que les feux de brousse et les feux de forêts sont deux notions bien distinctes. Selon une étude publiée en juin 2018 dans la revue Biological Conservation, Madagascar a perdu 44 % de ses forêts naturelles sur les 60 dernières années. Les pertes annuelles résultant des feux de brousse sont estimées à 450 millions USD. Malgré les actions de sensibilisation entreprises depuis de nombreuses années, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur.

Des peines incendiaires

Les incendies peuvent être accidentels, mais beaucoup d’entre eux sont intentionnels. Au regard de la loi, les feux sauvages sont pourtant des crimes. L’article 34 de l’ordonnance n° 60-127 du 3 Octobre 1960 relative au régime des défrichements et des feux de végétation, modifiée par l’ordonnance 75.028 du 22 Octobre 1975, punit tous les cas de feu sauvage intentionnellement allumé ou provoqué d’un emprisonnement de cinq à dix ans. Le problème de la répression de ces actes criminels réside dans le fait qu’il est souvent difficile de retrouver les auteurs et quand ces derniers sont appréhendés, encore faut-il que les preuves se révèlent suffisantes. Souvent les malfaiteurs utilisent un système à retardement leur permettant de ne pas être détectés facilement. L’idée de poser des lois pour préserver les forêts contre les feux date déjà du roi Andrianampoinimerina. Dans le « Tantara ny Andriana », le RP. Callet relate qu’Andrianampoinimerina considérait la forêt comme un don de Dieu et qu’une, amende d’un bœuf et d’une piastre le prix de 2 maisons à l’époquedevait être payé par celui qui endommagerait la forêt. La reine Ranavalona II a posé dans le Code des 305 articles les premiers jalons de lois pour protéger les forêts contre les feux. En effet, l’article 101 de ce code dit que « Les forêts ne doivent pas être incendiées ; ceux qui les brûlent seront mis aux fers pendant dix ans ».

L’épreuve du feu

La criminalisation des feux de forêts et des feux de brousse ne date donc pas d’hier. Ces pratiques pourtant, non seulement perdurent, mais prennent de l’ampleur au fil des ans. Elles trouvent plusieurs « justifications » socio-économiques et culturelles ( feux de culture et de nettoiement ou de défrichement pour le tavy traditionnel, feux de pâturage, feux de charbonnières). Les feux peuvent être criminels : actes de sabotage, de diversion de dahalo ou de nettoyage de leurs traces. Face à la persistance de ces pratiques et l’échec constaté des actions de sensibilisation, un accompagnement et appui des communautés locales pour des solutions durables s’avère nécessaire. Une répression plus sévère s’impose également car l’impunité des malfaiteurs risque tout simplement de faire partir en fumée tous les louables efforts qu’entreprendra l’État pour la reforestation du pays. Ce sera l’épreuve du feu de renverse.