#4 Actualites Politique

40 ans d’existence – Le FFKM au cœur de l’avis politique

Le Conseil des églises chéretiennes de Madagacar, FFKM, célébre son quarantième anniversaire. Plutôt dans l’indifférence générale. Pourtant, cette entité religieuse a joué d’importants rôles dans la vie politique.

L e Fiombonan’ny Fiangonana Kristianina eto Madagasikara (FFKM) ou Conseil œcuménique des Églises Chrétiennes de Madagascar, célèbr,e cette année, ses 40 ans d’existence. Un culte œcuménique a été organisé à l’église catholique d’Antanimena pour marquer le début de la célébration qui ne prendra fin qu’en septembre 2020. Le FFKM a été témoin de presque toutes les crises politiques qui se sont succédé à Madagascar. Malgré son statut « religieux », il a toujours participé, entre autres, pour sortir le pays de la crise ou réconcilier les antagonistes politiques.

Genèse

Pour revenir à l’histoire du Christianisme à Madagascar, elle remonte au XIXe siècle, sous le règne du Roi de l’Imerina devenu Roi de Madagascar, Radama Ier (1810-1828). Ce souverain avait marqué son règne par une ouverture aux étrangers, notamment les Anglais, pour apprendre aux Européens les techniques de développement, pour avoir des armes… La London Missionary Society (LMS), créée en 1795, avait envoyé des missionnaires protestants à Madagascar, à l’instar de Thomas Bevan et David Jones, ce dernier étant arrivé à Antananarivo, le 3 octobre 1820. Ces missionnaires avaient pour tâche d’élaborer les bases d’une grammaire et d’une orthographe de la langue malgache. La même année, la LMS fonda ses premières écoles, dont l’une à Andohalo, devenue le collège protestant Razafindrahety, du nom de la princesse qui montera sur le trône sous le nom de Ranavalona III.

Elle comptait parmi les élèves de l’établissement. Les missionnaires de la LMS, utilisés par les Anglais, avaient joué un rôle d’une importance capitale dans le développement du christianisme à Madagascar. En 1823, l’écriture de la langue malgache en caractères latins était définitivement codifiée. L’année suivante, la traduction du Nouveau Testament fut terminée et celle de l’ancien en 1827. Radama I désigne neuf villages pour constituer les pôles de scolarisation. Ce sont Ambohimanga, Ilafy, Namehana, Alasora, Ambohidratrimo, Ankadivoribe, Fenoarivo, Ambohimanarina et Anosizato d’où rayonneront quarante instituteurs. En 1824, il existe au moins une école dans chaque district de l’Imerina: Avaradrano, Marovatana, Vakinisisaony, Mandiavato et Ambodirano. Dans Anatirova même, deux écoles étaient ouvertes. Il est à remarquer que si Radama ne voulaient qu’apprendre à administrer son royaume et à instruire ses jeunes sujets, les missionnaires, eux, ne pensaient qu’à convertir les Malgaches dans les écoles Mahaizamirindra et Antranovola, dans l’enceinte royale. Ce dernier établissement, destiné aux fils de nobles, avait formé treize élèves.

Conversion

Parmi les enseignants, des missionnaires anglais comme John Richardson, Jully, mais aussi des enseignants malgaches comme Ratany qui était aussi musicien et avait composé beaucoup de morceaux, notamment le recueil de cantiques protestants. La présence de la Bible a été déterminante dans l’histoire de Madagascar. Après la mort de Radama Ier, sa première épouse, Ranavalona Ire (1828-1861), accéda au trône. Entourée des Grandes conservateurs, elle craignait l’influence étrangère, et avait fini par fermer Madagascar à toute pénétration de la civilisation occidentale, se montra antichrétienne et anti-européenne, interdisant les baptêmes. Toute cette réaction qui allait crescendo, avait abouti à l’expulsion des missionnaires, dont certains étaient de grands techniciens. Toutefois, les conversions se poursuivaient, dans la clandestinité.

Revirement

En 1861, le roi Radama II, fils et successeur de la reine défunte, avait favorisé le retour des Européens donc des missionnaires chrétiens, ouvrant de nouveau le pays et le pays était de nouveau aux étrangers. Mais il n’avait régné que deux ans, assassiné en 1863, du moins c’est l’histoire officielle. Sa première femme, Rasoherina (1863- 1868) lui succéda au trône, puis sa seconde femme, Ranavalona II (1868-1883). Les conversions étaient plus nombreuses à partir du règne cette dernière, surtout sur les Hauts-plateaux. L’arrivée des jésuites catholiques en 1844 a marqué aussi l’histoire du christianisme dans le pays. Ils sont très connus en matière d’éducation, pour ne citer que la renommée du collège Saint-Michel à Amparibe à Antananarivo. C’est encore jusqu’à aujourd’hui, un établissement de référence, ayant sorti beaucoup d’élites du pays. En 1869, la reine Ranavalona II se convertit au protestantisme et l’imposa comme religion d’État, tout en tolérant cependant la présence des catholiques. Le temple protestant d’Anatirova fut inauguré le 8 avril 1880, sous son règne. Les travaux de construction étaient assurés par l’architecte William Pool, missionnaire de la LMS. Un culte y était célébré chaque dimanche jusqu’à la fin de la royauté. À partir de 1896, c’est-àdire pendant la colonisation (1896-1960), le temple a été transformé en pinacothèque. En parallèle au protestantisme, le catholicisme s’est développé rapidement surtout sur les Hautes-terres centrales, aiguisant une rivalité entre les Français et les Anglais, que l’on associait, à tort ou à raison, les premiers aux catholiques donc aux colonialistes, et les seconds aux protestants donc aux partisans de la royauté.