Reportage

Commerce – Les détails en épicerie

L’épicerie est le premier plus important secteur de l’industrie en termes d’emplois, dont la marge bénéficiaire est la plus faible de tous les secteurs du commerce de détail. Elle tient la deuxième place en termes de part de marché

Un commerce polyvalent. Il suffit d’aller dans n’importe quel quartier d’Antananrivo, notamment les quartiers populaires, pour constater que les épiceries, collées les unes aux autres, poussent comme des champignons à tous les coins de la rue. La plupart des clients de ces commerces de proximité viennent pour de petits achats.

proximité
Pour monter une épicerie, il faut louer un local, payer une patente à la ville et surtout avoir un stock de marchandises à revendre, principalement des produits de première nécessité ou PPN comme l’huile, le riz, le sucre, le sel. « Je tiens une petite épicerie et je sais que lorsque je refais le stock je dépense à peu près 400 000 ariary. Pour ce qui est des patentes et du loyer, c’est autre chose. L’idéal est d’avoir un local car une épicerie demande pas mal d’investissement mais rapporte très peu », mentionne Vero, une épicière à Ivandry. Sa clientèle est par ailleurs composée à 90 % d’habitants du quartier même s’il y a beaucoup d’épiceries à côté de son local. « La cigarette, le riz, le pain et les eaux minérales et la qualité des produits permettent de garder la clientèle et de la fidéliser. Il ne faut pas hésiter non plus à rendre service », explique t-elle. Malgré la stabilité des prix de ces produits de première nécessité (PPN), ceux-ci deviennent des produits de luxe qui ne sont plus à la portée de toutes les bourses. Cela fait bien des années que les ménages n’achètent plus ni en kilo ni en litre le riz, la farine, le sucre, l’huile alimentaire et le pétrole lampant, et ce, aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain.
« Heureusement, il y a des épiceries qui acceptent de vendre en petites quantités ces PPN à raison de 50 ariary et 100 ariary
sinon on ne peut plus en acquérir », témoigne Victorine Sahondra, une mère de famille.
Les détaillants ont la responsabilité de s’assurer que les produits alimentaires qu’ils fabriquent et vendent sont salubres. « On vérifie la date d’expiration sur l’emballage de chaque produit et choisit systématiquement la plus éloignée. Il est possible que l’aliment ait perdu de sa fraîcheur et de sa saveur ou que sa texture ait changé. Il est aussi possible que l’aliment ait perdu une part de sa valeur nutritive, par exemple, une partie de sa vitamine C », rassure Vero.
Pour vendre de l’alcool en épicerie, il faut demander une licence de vente à emporter et réaliser la formation obligatoire « permis d’exploiter ». Cette procédure s’effectue avant l’ouverture de l’épicerie. La licence s’obtient par une déclaration en mairie.

L’idéal est d’avoir un local car une épicerie demande pas mal d’investissement mais rapporte très peu

Peu de bénéfice

On ne peut pas tirer beaucoup d’argent sur les articles de produits vendus auprès des épiceries. « Nous ne tirons pas beaucoup de profits. Ce n’est pas rentable mais on arrive quand même à survivre. Au plus, on peut prendre 200 ariary à 500 ariary de bénéfice sur un produit. Je vends aussi des crédits mais vous n’imaginez pas combien on peut tirer. Avec 20 000 ariary de crédits d’e-recharge, on gagne 800 ariary seulement. Pour les ketchups, on soutire 200 ariary », explique Henriette, épicière à Ankorondrano. De ce fait, les épiciers ne peuvent pas économiser car ils pensent à l’approvisionnement. En principe, les épiciers vivent au jour le jour et dans la précarité totale. « Si nous avons de l’argent, nous priorisons le stock afin d’éviter la rupture. Il ne faut pas non plus que nous fassions de mauvais calculs car même 50 ariary peuvent engendrer des pertes », ajoute Henriette. Elle poursuit qu’en 1997, elle a démarré avec 100 000 ariary de fonds. Ensuite, elle a décidé d’inclure différents articles.

Les produits nouveaux

Les nouvelles marques de produits de première nécessité ne cessent d’augmenter. Les épiciers ne prennent que ce qui intéressent seulement les consommateurs. « Ceux-ci ont leur choix. Quand il y a de nouveaux produits lancés sur le marché, nous n’en prenons pas tout de suite. Nous réfléchissons d’abord sur le coût et aussi la qualité. Nous optons seulement pour des échantillons pour voir la réaction des consommateurs. C’est à partir de ce moment que nous nous approvisionnons un peu plus sur le produit », raconte Harinirina, épicière à Besarety. C’est le cas pour le riz, les huiles, les savons, les dentifrices, les produits laitiers et les biscuits.

Possibilités de bon

Les clients habitués, après quelques contacts avec leur épicier, commencent à s’accoutumer à une pratique courante connue sous le nom de « bon ».
« Il y a des moments où les familles traversent des coups durs. Ils viennent négocier et nous demandent d’inscrire dans un petit carnet les produits qu’ils veulent acquérir et ils promettent de tout régler au bout d’une semaine », témoigne Velonjara, épicier à Andravoahangy.
Odette Rasoaniaina, ménagère, indique qu’il lui arrive de payer en différé certains articles. « À l’approche d’une fin du mois, j’évalue les produits qui nous manquent et demande à mon mari de préparer le budget. Je les prends à l’avance et règle la facture vers la fin ou le début du mois », rapporte-t-elle. Cette mère de famille confie qu’elle essaie le moins possible de dépendre du « bon » car elle ne veut pas être endettée tous les mois. Elle ajoute qu’une pratique fréquente du bon altère la relation avec les commerçants.

 

Heureusement, il y a des épiceries qui acceptent de vendre
en petites quantités ces PPN à raison de 50 ariary et 100 ariary sinon on ne peut plus en acquérir

Par Julie Razakarinaivo
et Mamisoa Antonia