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Réveil passager

Une surprise passée presque inaperçue. L’euro au Marché interbancaire de devises, MID, est passé en-dessous des 4 000 ariary. Cela fait des mois qu’une telle cotation en faveur de la monnaie nationale ne se produit. D’autant qu’elle survient sur le tard, eu égard au dernier décaissement de la dernière tranche de la Facilité élargie de crédit, FEC, du Fonds monétaire international, FMI, censée remettre à flots l’ariary par le mécanisme de l’aide à la balance de paiement.

Était-ce alors l’effet de la déclaration présidentielle d’étoffer les réserves de l’or? Une hypothèse plus ou moins plausible. Le pays regorge d’or, mais l’apport de ce potentiel au Produit intérieur brut, PIB, tout comme celui des
autres richesses minières, ne dépasse pas les 8%. Alors qu’un seul fokontany, Antanimbary, dans le district de Maevatanàna peut produire 10 kilos par semaine. Un comptoir de l’or y est installé, mais l’exploitation se vautre
toujours dans l’anarchie avec la domination du secteur informel. Une situation valable sur tout le territoire national, avec des gisements aurifères dans plusieurs communes dont la population ne jouit d’aucune retombée palpable dans leur existence précaire.

Après, les « orpilleurs » laissent derrière eux des paysages lunaires, des excavations, des cratères et des béances un peu partout. Un univers de désolation, un environnement détruit de façon irréversible. Mais des spécialistes ont remarqué que le métal jaune n’est plus une monnaie-étalon acceptée comme telle. Et cela depuis des siècles. Dans la foulée, ils se posent des questions sur la destination finale de ces lingots en partance pour l’étranger, interceptés in extremis sur le tarmac de l’aéroport d’Ivato.

Cette remontée de l’ariary sur les valeurs transactionnelles coïncide aussi avec la fin de la périodique mission d’évaluation par des émissaires du FMI, conduits par Charalambos Tsangarides. Comme le projet de loi de finances 2020 n’est pas encore adopté par les députés et les sénateurs pour être effectif, les « moniteurs » du FMI n’ont pas pu l’évaluer en tant que document de base de futures négociations. Charalambos Tsangarides s’est contenté d’évoquer des généralités superficielles.

Il a salué la maîtrise du taux d’inflation en glissement annuel, aux alentours des 6 %. Une belle performance alors que l’émission des billets de 20 000 ariary, une grosse coupure aux couleurs du HVM, a fait craindre le pire. Car les autres « coupons » ont gardé leur valeur libératoire. Ce qui aurait pu déboucher sur une densité plus importante de la masse monétaire en circulation. À l’origine des dérives inflationnistes d’une ampleur impressionnante. Ce fut le cas au Zimbabwe de Robert Mugabe où il fallait avoir un million de dollars zimbabwéens pour acheter un poulet de taille moyenne.

Les déductions du FMI ont aussi touché deux sujets sensibles. La situation catastrophique de la Jirama et les prix du carburant. La pénurie de l’eau, le retour intempestif du délestage ont démontré que la Jirama n’est pas
encore sortie du tunnel. Que l’éviction du directeur général, Olivier Jaomiary et six de ses proches collaborateurs, puis son ministre de tutelle, Vonjy Andriamanga, n’ont pas suffi à faire de la Jirama une société d’État capable de remplir ses missions essentielles. Le service public devient sévices publics. Seuls les syndicalistes, adeptes de la promotion interne et du népotisme à grande échelle ont eu gain de cause de ces « remous-ménages ». Ils ont toujours détesté que des éléments venus d’ailleurs tiennent la direction de leur entreprise. Un ancien de la maison est très bien placé pour succéder à Olivier Jaomiary. Mais depuis des années, des cadres de la Jirama ont pris le contrôle de tous les « boutons », et les résultats chiffrés ont été catastrophiques.

La dernière étude de la Banque Mondiale a décelé 1600 milliards d’ariary de dette. Alors que l’État, son actionnaire principal, a injecté des millions d’ariary de subvention depuis la Transition jusqu’à maintenant. Il y a aussi eu
l’augmentation conséquente des tarifs de l’eau et de l’électricité. Les subsides alloués à tout-va sont une pratique dénoncée par les bailleurs de fonds, car inefficaces et ruinant les caisses du Trésor public. Le président de la République, Andry Rajoelina, suivant sa formule fétiche, qu’à chaque problème il existe une solution, a promis de trouver une issue à ces difficultés, des adductions d’eau aux délestages, qui ont gagné en intensité. Il n’a pas encore dévoilé de quelle solution il s’agit.

Pour le carburant qui a des impacts négatifs sur la gestion de la Jirama, la dernière fluctuation des prix, des baisses insignifiantes, remonte au mois de juin. Après d’âpres discussions du chef de l’État, du Premier ministre
Christian Ntsay et de l’ancien ministre Vonjy Andriamanga. Il a été demandé de revoir les contrats aux clauses léonines conclus par la Jirama avec ses fournisseurs d’électricité. Et de proposer une nouvelle structure des coûts
de revient du carburant avant les marges bénéficiaires des pétroliers. Ces derniers, sans le dire, devaient s’accommoder, depuis une année, au gel de ces prix. La « vérité » voulue par les partenaires financiers n’est plus appliquée.

Peut-être que frustrés par cet « excès de gel », des pétroliers ont répondu par la désorganisation de la distribution du sans plomb dans la capitale et ses environs. Ce qui a fait ressurgir les longues files d’attente devant les stations-services et la vente au marché noir vite réprimée par les forces de l’ordre. Les sanctions, sous forme d’amendes, infligées à trois pétroliers par le ministre Vonjy Andriamanga avant qu’il ne soit relevé de ses fonctions, ont attesté ce relent d’animosité entre les deux parties. Mais ces défaillances rappelant les années socialistes, ont terni l’image du régime en place.