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Commune rurale Androka : L’amer à boire

L’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement demeure un sérieux problème dans les régions du Sud. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants utilisent au quotidien de l’eau saumâtre, une habitude qui leur coûte parfois la vie lorsque les maladies liées à l’eau sale les frappent

Goût salé, couleur de boue. Voilà le genre et la qualité d’eau qu’on rencontre dans les fokontany de la commune rurale d’Androka, du district d’Ampanihy, dans la région Atsimo-Andrefana. À Bevoalavo, un fokontany localisé à environ 50 kilomètre du chef-lieu de la commune, les habitants s’approvisionnent en eau auprès de deux points, dont l’un dans un puits au cœur d’une résidence clôturée, et l’autre dans un puits non couvert à 2 kilomètres du village.

Ceux qui visitent et travaillent dans ce fokontany ne tiendraient pas jusqu’à dix jours, surtout lorsqu’il faut s’accoutumer au strict minimum de confort et d’hygiène, soit prendre une douche, faire ses besoins dans un endroit cloisonné. La réalité est tout autre dans cette petite localité. Si vous demandez aux villageois où se trouvent les toilettes, ils vous répondent simplement « ambalika ao ny ladosy » ou « dirigez-vous derrière cette clôture et vous verrez une douche ».

À ciel ouvert

Finalement, tout missionnaire devrait comprendre la notion de « douche » comme un petit espace clôturé dépourvu de toiture qui fait en même temps office de douche et d’urinoir. Comment fait-on alors pour évacuer les grosses commissions ? Toutes les parcelles que vous apercevez, servent de WC. Il faut faire avec les toilettes à ciel ouvert, avec la défécation à l’air libre. Il est normal que des enfants souffrent de forte fièvre, de diarrhées voire de bilharziose dans ce fokontany en raison des excréments qui s’éparpillent partout. L’unique toilette répondant aux normes se trouve dans l’école primaire publique, mais les villageois préfèrent toujours satisfaire leur transit intestinal en plein air. Curieusement, ce fokontany ne dispose que d’un dispensaire géré par un guérisseur et il est rare qu’un infirmier passe dans les parages pour soigner les habitants.Heureusement, certains missionnaires prévoient un purificateur d’eau. « Nous nous servons de Sûr’eau avant l’utilisation de toute eau. Comme boisson, nous portons à ébullition l’eau de riz parfumée afin de prévenir toute contamination », explique Fleurica Bodanahary, missionnaire. Une de ses collègues ajoute que les eaux embouteillées ne suffisent pas à couvrir tous les besoins. « J’ai prévu deux packs d’eau minérale et au bout du compte, il fallait utiliser une bouteille par jour pour les toilettes intimes. »

 Odeur nauséabonde

Des villageois se déplacent en charrette pour aller chercher de l’eau au puits non couvert. Des bouviers utilisent cette eau pour apaiser la soif de leur bétail, des pêcheurs qui rentrent le soir viennent s’y ressourcer et prennent leur douche dans les fourrages de cactus au vu de tous.À Androka, le problème persiste toujours. Dans les chambres d’hôtel, la couleur de l’eau ne vous donnera jamais envie de prendre une douche, de vous brosser les dents. L’assainissement n’est pas le point fort pour certains hôteliers car les douches dégagent une odeur nauséabonde et insupportable et il vous appartient de chercher du savon en poudre et de laver le dallage à grande eau avant de les utiliser.  Le calvaire s’arrête à Itampolo où les missionnaires peuvent se rafraîchir dans des hôtels, mais encore avec de l’eau « salée ». Ils ne retrouvent la véritable aisance qu’à Toliara.  Si vous envisagez de vous rendre dans un des fokontany de cette commune, munissez-vous de plusieurs jerricans d’eau potable en provenance de Toliara, plusieurs packs d’eau minérale, un flacon de purificateur d’eau, des lingettes, du gel-main ainsi que d’autres produits que vous jugerez utiles.

Eau payante

Dans le fokontany de Kilibory, l’eau devient un luxe, un produit rare. La citerne du centre de santé de base de niveau I est à sec. Les agents de santé attendent les pluies pour jouir d’une eau à gogo, mais à court terme. Dans ce fokontany, le prix d’un bidon d’eau coûte 1 500 ariary.

Le deuxième adjoint au maire de la commune rurale d’Androka, Antenaina Randrianjatovo, raconte que plusieurs fokontany souffrent du manque d’eau. « On trouve une nappe à plus de 100 mètres de profondeur. Une nouvelle borne-fontaine sera installée d’ici peu et avec le point d’eau qui se trouve chez les sœurs, les deux mille habitants pourront assouvir leur soif », indique-t-il.

Autrement, des puits existent, mais il faut payer pour avoir de l’eau, moyennant 200 et 1 000 ariary le bidon. Des villageois effectuent alors 20 kilomètres pour leur ravitaillement.

Libre-service à Saodona

Après la traversée du désert de Linta, un grand réservoir avant la bifurcation qui mène vers Androka, impressionne. Bienvenue à Saodona. Cet endroit abrite le plus grand point d’eau de la commune. L’eau la plus sûre, la plus potable, la plus douce y est.

Des charretiers parcourent des kilomètres transportant jusqu’à plus de dix bidons jaunes ou une dizaine de tonneaux à remplir.

L’anarchie totale y règne et gare à celui qui ne suit pas le rythme. Jusqu’à dix personnes puisent de l’eau avec leur propre corde, versent le contenu de leur seau dans celui qui est en attente. Des femmes et des enfants les déplacent par la suite, reviennent à la charge et la même action s’opère jusqu’à ce que les bidons, les seaux, les barriques soient remplis.