Actualites Social

Commissaire Ny Aina Randriambelo : « Le viol n’éparg ne personne »

Que peut-on dire sur la situation de la violence basée sur le genre (VBG), particulièrement sur le viol à Madagascar ?

Le viol est une réalité. De plus en plus de parents dénoncent les viols commis sur leurs enfants. De plus en plus de victimes portent plainte. Mais on sait que ce n’est que le sommet de l’iceberg car les préjugés demeurent. On pense que seuls les enfants en sont victimes, que les prostituées ne sont pas concernées car cela fait partie de leur métier,… Les vieilles personnes ou les religieuses sont épargnées croit-on. Et pourtant, nous constatons que de plus en plus de garçons sont victimes. En vérité, tout le monde, quel que soit son sexe, sa situation sociale ou son âge est concerné. Et malheureusement, plus les femmes disposent d’un statut social, d’un niveau d’éducation élevé, plus la loi du silence prévaut. Le phénomène est tu, au nom de l’honneur, du qu’en dira-t-on.

Vous êtes particulièrement active, très engagée sur le sujet. Quelle est votre motivation ?

Je suis formateur en matière de lutte contre les VBG et je suis actuellement le point focal VBG du ministère de la sécurité publique. J’étais parmi les premiers policiers à travailler sur le sujet en 2005 alors que j’occupais le poste de chef de service central de la police des mœurs et de la protection des mineurs. Depuis je suis dans la lutte, de par ma fonction de policière, mais personnellement engagée parce que mes premières activités dans le domaine m’a permis de constater que trop de femmes vivent dans la violence et avec la violence. J’ai de la chance de ne pas la vivre et d’avoir les compétences et le pouvoir légal de faire quelque chose.

Les défis sur cette question doivent certainement être majeurs?

Quand nous avons commencé en 2005 la prise en charge des cas de violence conjugale, les gens nous considéraient comme si nous venions d’une autre planète. L’opinion publique en général pense que la violence conjugale est une affaire privée, qu’une affaire de couple relève du domaine de l’intime. En bon Malgache, on n’a pas le droit de s’immiscer. “Adin’ny mpivady e, tsy tokony ho sarotiny alohan’ny tompony.” Comme la principale concernée ne s’en plaint pas, pourquoi intervenir, de quel droit ?

Comment les victimes se défendent-elles ?

Se défendre de la violence ? C’est inimaginable. Il est très difficile pour une victime de se défendre. Elle échafaude toutes sortes de stratégies pour pouvoir endurer son calvaire à l’abri des regards. Elle change de comportement, de mode de vie et se conforme aux règles imposées par la société. Dans tous les cas, elle est à la merci de son agresseur. D’autant plus que d’autres facteurs comme les enfants, la dépendance, l’honneur de la famille, la situation matrimoniale en conjugaison avec les engagements communautaires ou religieux, interviennent, et les empêchent de prendre des mesures. La bonne question est peut-être la suivante: comment peut-on l’aider à refuser la violence ou l’amener à la dénoncer ?

Comment faites-vous pour convaincre ?

Pour convaincre, il nous a d’abord fallu être convaincus nous même de la légalité de notre démarche et de nos actions. Sans formation spécifique, on ne peut pas effectuer une prise en charge « centrée sur la victime ». Il faut comprendre que la violence constitue la normalité chez les victimes. Pour une femme battue par son conjoint, c’est le lot de toute femme mariée. C’est ce qu’on lui a inculqué. Alors, il nous faut lui persuader du contraire. Ce que les victimes subissent est avant tout une création de la société basée sur la place de l’homme et de la femme en son sein. Une personne agressée occupe la place de la victime, pas celle d’une épouse, d’une mère ou d’un partenaire. Tous les Hommes sont nés égaux en droit.

Êtes-vous confiante malgré tout ?

Si je suis aussi engagée, c’est que mes collègues le sont également. Je ne saurais comment remercier mes supérieurs qui m’ont toujours soutenus. Depuis 2014, la protection des personnes vulnérables et l’intégration
du genre font parties intégrantes de la politique du ministère de la sécurité publique. 

Add Comment

Click here to post a comment