Editorial Opinions

Classico sans saveur

Que les partisans irréductibles et radicalisés de Marc Ravalomanana se rassurent. L’article qui suit ne sera pas un test de goût de leur boisson préférée. Mais une prospection de deux affiches alléchantes du week-end footballistique, mais qui peuvent déchanter les férus du ballon rond.
Au Nou Camp, FC Barcelone reçoit son rival de toujours, le Real Madrid. Le seul et vrai classico. Cette fois-ci, l’affrontement risque de manquer du piment. Au contraire des éditions précédentes. Les locaux seront privés de leur maître à jouer, Lionel Messi. Blessé au bras droit face au FC Séville dans le choc de la neuvième journée de la Liga. Il est indisponible pour trois semaines. En face, Christiano Ronaldo a déjà tourné la page madrilène pour rejoindre la Juventus de Turin.
Alors que l’opposition entre ces deux joueurs a toujours marqué et pimenté, durant des années, le classico. Avec en toile de fond, les animosités sur les bancs des deux fortes personnalités, José Mourinho et Pep Guardiola. Le premier est connu pour ses propos vénimeux et ses phrases assassines, lors des conférences de presse d’avant ou d’après-match. Le second se distingue par sa pondération. Entre le prof de gym anonyme, devenu un vilain calculateur, et le flamboyant milieu de terrain de la « Roja », la différence est énorme sur la conception même du football. Les deux meilleurs ennemis se retrouvent dans la Première ligue anglaise, à Manchester, mais l’un à United, l’autre à City. Le classico a ainsi perdu de ses principaux acteurs.
N’empêche, il s’agit toujours d’un rendez-vous important sans être décisif pour l’octroi du titre. Avant le coup d’envoi, les Blaugruana comptent 18 points, soit quatre de plus que les Merengue. Une défaite de ceux-ci offrirait une confortable avance aux Catalans. Mais peut aussi signifier le départ de l’entraîneur de la Maison Blanche, Julen Lopotegui. La défaite à domicile face à la modeste équipe de Levante, 1 à 2, sur deux fautes grotesques du champion du monde français, Raphaël Varane, a mis Julen Lopotegui sur une chaise éjectable. Lui qui a été évincé de son poste d’entraîneur de l’équipe nationale espagnole, la veille du début de la Coupe du monde en Russie, pour l’avoir annoncé un peu trop tôt, au goût du président de la Fédération espagnole du football, Luis Rubiales.
Il est aussi vrai qu’il a été difficile et compliqué pour lui d’hériter l’immense palmarès de Zinedine Zidane, parti sur trois titres consécutifs de Champions d’Europe. La barre est placée assez haut. L’intérêt de ce match réside ainsi sur le sort de Julen Lopotegui soutenu par le capitaine Sergio Ramos. Il estime qu’il n’appartient pas aux joueurs de prononcer le verdict. L’autre classico n’en est pas un aussi. L’Olympique de Marseille face au PSG. Une « haine » réciproque inventée par Bernard Tapie quand il était aux commandes de l’OM. Mais depuis que l’ère qatarie plane sur la capitale française, les deux équipes jouent dans des catégories différentes.
Le PSG, à coups de millions d’euros, s’est attaché les services des meilleurs joueurs et coaches du monde. Javier Pastore, Zlatan Ibrahimovic, Thiago Sylva, Thiago Motta, Neymar JR, Kylian Mbappé, Thomas Meunier, Gianluigi Buffon, Marco Verrati, Angel Di Maria, Edinson Cavani, Julian Draxler, Laurent Blanc, Carlo Ancelotti, Unaï Emery et Thomas Tuchel. En face, des joueurs quelconques hormis Steve Mandanda, Adil Rami, Florian Thauvin et Dimitri Payet. Le « Mc Court Project » tarde à se concrétiser. Les olympiens n’ont plus gagné la moindre des confrontations. Se contentant des « nuls héroïques ». Comme la saison passée où Edinson Cavani a sauvé in-extremis les siens, sur un magistral coup franc à la dernière minute du temps réglementaire.
Mais les Marseillais ont une avance inaltérable sur les Parisiens. Ils sont les seuls à gagner la Coupe d’Europe des Clubs Champions, le 26 mai 1993 à Munich, en battant 1 à 0, l’AC Milan de Sylvio Berlusconi, sur une tête rageuse de Basile Boli à la 43e minute. «  À jamais les premiers » clament et scandent les supporters du stade Vélodrome, pour se consoler et oublier leur déboire, un cycle infernal à n’en plus finir. Vont-ils capitaliser ce sursaut d’orgueil pour renverser la vapeur et la tendance en leur faveur ? Face à un PSG qui vient d’aligner dix victoires de rang en Ligue 1, la tâche s’annonce compliquée pour les Phocéens. Même si en football, tout est désormais possible. Les Barea l’ont démontré de la plus belle des manières.

Par Eric Ranjalahy