#2 Actualites Interview

Rivo Rakotondrasanjy – « L’industrie locale, fer de lance de l’essor économique »

Des améliorations ont été constatées par les acteurs du secteur industriel ces trois derniers mois si l’on se réfère aux résultats du troisième baromètre de l’industrialisation. RIvo Rakotondrasanjy, président de l’alliance pour l’industrialisation de Madagascar nous fait la lumière sur les faits.

Pouvez-vous nous parler brièvement de l’Alliance pour l’industrialisation durable de Madagascar?

Alliance pour l’Industrialisation durable de Madagascar (AIDM) est une association qui rassemble cinq organisations toutes issues du milieu économique et social; dont deux organisations patronales, le Syndicat des Industries de Madagascar (SIM) et le Fivondronan’ny Mpandraha Malagasy (FIVMPAMA), deux plateformes syndicales, la Conférence des Travailleurs Malagasy (CTM) et la Solidarité Syndicale de Madagascar (SSM), et un think tank d’économistes, le Cercle de Réflexion des Économistes de Madagascar (CREM). Elles partagent la ferme conviction qu’il ne peut y avoir d’essor économique sans le développement de l’industrie locale.

Quelle est la finalité du Baromètre de l’industrialisation ?

Le baromètre est basé sur une étude régulière des perceptions des différents acteurs du secteur industriel, c’est à dire les chefs d’entreprises et les travailleurs. Il est conçu comme un instrument de mesure utilisant trois indices distincts, l’Indice global qui mesure le climat global dans le secteur et donne la perception des différents acteurs ; ensuite, l’Indice social qui permet d’évaluer le degré de satisfaction des travailleurs, si l’industrialisation leur est aussi profitable; et enfin, l’Indice de la perception de la conjoncture future. Sinon, il sert aussi d’outil de lobbying et d’aide à la prise de décision.

Quels sont les résultats de ce baromètre 3ème édition?

Pour l’indice global, les acteurs du secteur industriel ont attribué une valeur de 47 cette fois, contre 30 au mois d’octobre de l’année dernière, ce qui marque une nette évolution que l’on peut traduire par un optimisme certain. L’indice social est également passé de 43 à 78. Il représente le niveau de satisfaction des travailleurs par rapport à leurs conditions, et l’état de leur motivation au sein de leur entreprise. Quant au troisième indice, celui de la conjoncture future, il a aussi atteint 78 cette fois contre 63 au précédent baromètre. Cet indice quant à lui, donne la perception de la projection sur les trois à six mois à venir concernant la situation du secteur industriel. On peut donc dire que ce baromètre édition 3, révèle un optimisme ressenti des acteurs du secteur industriel sur la conjoncture des deux prochains trimestres.

L’industrialisation est-elle une préoccupation du nouveau régime en place?

À en croire la perception des deux tiers des questionnés, travailleurs et chefs d’Entreprises confondus, l’industrialisation aura une place importante dans le programme économique de l’administration actuelle. Toutefois, les industriels estiment qu’ils sont encore moins influents dans les débats stratégiques sur la politique économique.

Quelles sont les difficultés majeures auxquelles font face nos industriels?

Le principal fléau qui mine l’industrie locale est incontestablement la concurrence déloyale. Vient ensuite la défaillance de l’approvisionnement énergétique, puis le coût de transport, l’insuffisance de la demande locale et la faiblesse du pouvoir d’achat domestique, la difficulté d’accès au financement, et toujours l’insécurité.

Et le problème des facteurs de production?

Aussi paradoxal soit-il, 71% des industriels affirment que l’approvisionnement en intrants au niveau local n’est pas suffisant, malgré l’abondance de nos ressources naturelles. En réalité, la matière première disponible localement ne répond pas toujours à l’exigence qualitative, quantitative et de régularité d’une activité industrielle. Du coup, l’industrie locale se trouve encore obligée d’importer jusqu’à la moitié de ses besoins en intrants. Et à l’inverse de cette tendance Par contre, il y a une satisfaction affirmée, 61% des industriels sur la compétence de sa main d’œuvre, et de leur disponibilité sur le marché du travail. Toutefois, près du tiers des Entreprises affirme avoir recouru à un renforcement de capacité de son personnel. Sur la question de l’énergie, la quasi-totalité des répondants aux questionnaires affirment la nécessité d’une transition énergétique. Les industriels ressentent même une évolution positive allant dans ce sens depuis l’année dernière dans les intentions du gouvernement. Une nette majorité, un peu moins de 70%, sollicite même l’État pour jouer les premiers rôles. Enfin, la question du financement de son exploitation reste un problème majeur des Entreprises industrielles. Un peu moins de la moitié des Entreprises seulement ont recouru aux offres bancaires pour financer leur investissements, et ou leur fonds de roulement. Et elles n’en sont que très moyennement satisfaites.

Par rapport à cela, comment les industriels perçoivent-ils les interventions de l’État ?

Les interventions de l’État, que ce soit contre l’importation sauvage, pour l’amélioration des infrastructures publiques, pour l’insécurité ou pour l’approvisionnement en énergie sont encore jugées insuffisantes par les industriels. Par contre, la prise en compte de l’industrialisation et du développement de l’industrie locale parmi les priorités de l’administration actuelle a été bien perçue par le secteur. Sinon, il faut quand même ne pas perdre de vue un certain pessimisme des travailleurs, dont presque trois quarts ne voient pas d’amélioration de la politique générale de l’emploi à très court terme.

Comment évaluer la situation des activités économiques du secteur industriel en amont et en aval ? Durant les trois derniers mois, comment la situation de la concurrence  dans chaque branche d’activité a-telle-évolué ?

Durant les trois derniers mois, la situation n’a pas assez évolué en ce qui concerne la création d’entreprises industrielles. Et la moitié des industriels interviewés ont affirmé que la concurrence dans le secteur industriel est plutôt caractérisée par une concurrence malsaine, notamment dans les branches d’activités agroalimentaires et le textile.