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Des charges éléctirques – Coup de taser pour la Jirama

Mille milliards de mille … arriérés. Les chiffres concernant les problèmes de la Jirama ont toujours été astronomiques ou plutôt abyssaux. Une nouvelle étude commandée par la Banque mondiale a une énième fois mis en exergue la situation incongrue dans laquelle la société se trouve actuellement. Les auteurs ont par ailleurs proposé des solutions pour son redressement et cela passe par une hausse des tarifs.

La Jirama a accumulé des arriérés de plus de 1 600 milliards d’ariary au 30 juin 2019. En 2018, la société a perdu 290 milliards en 2018 malgré une subvention de 315 milliards. Si rien n’est fait d’ici 2025, les pertes en une année pourraient atteindre 1 400 milliards d’ariary. Dire que la situation est grave est un euphémisme. N’importe quelle société aurait déposé le bilan depuis longtemps. Mais la Jirama est toujours là et persévère dans l’absurdité : le coût moyen opérationnel était de 983 ariary par kWh en 2018 contre un tarif établi à 516 ariary. Nul besoin d’être un expert comptable pour voir que la société perdait de l’argent à chaque kWh vendu et continue d’en perdre. Voilà l’état des lieux de la Jirama d’après les auteurs de la nouvelle étude diligentée par la Banque mondiale qui s’intéresse cette fois au redressement de la société.

Baisse du tarif

Les conclusions principales de l’étude ont été présentées en début de semaine. Il a été dit qu’il est possible de redresser la société fin 2025. Cela passe d’un côté par une augmentation du tarif moyen entre 10 et 13% et une augmentation conséquente des subventions dans un premier temps. Pour le spécialiste en énergie Jan Kappen, il n’est plus concevable que la Jirama vende de l’électricité à perte. Il parle plus ainsi d’optimisation du tarif que de hausse à proprement parler car l’étude préconise en parallèle l’amélioration des performances opérationnelles de la société. En agissant sur les pertes techniques liées notamment aux installations vétustes et aux pertes non techniques qui ont plus trait à la mauvaise gouvernance, la Jirama peut couvrir jusqu’à 32 % de son déficit. Pour ce qui est de l’augmentation du tarif, il a indiqué que cela ne devrait pas impacter de manière significative les revenus modestes dans la mesure où leur niveau de consommation n’est pas important contrairement aux catégories socio-professionnelles élevées et aux industries qui au final ont été les principaux bénéficiaires de la baisse des tarifs.

La longue descente aux enfers de la Jirama a commencé lorsque les dirigeants ont eu l’idée de baisser le prix de vente de l’électricité de 2 5% il y a dix ans alors que le cout d’exploitation a augmenté de 70%. À un moment donné, pour maintenir la société à flot, l’État a alors dû injecter des sommes colossales avec le ballet des subventions aux montants toujours plus saugrenus d’année en année. La Banque mondiale a d’ailleurs toujours soutenu que cet argent aurait dû aller dans des secteurs sociaux prioritaires comme la santé et l’éducation.

L’étude a par ailleurs tenu à souligner tout l’argent que la Jirama perd à travers les contrats qui la lient à ses fournisseurs d’électricité. Les auteurs sont formels : l’équilibre opérationnel de la Jirama pourrait être atteint en 2023 si ces contrats étaient révisés avec des gains de 193 milliards d’ariary par an entre 2020 et 2030. Cette révision des contrats, le Premier ministre l’avait déjà évoquée en février, le Président de la République l’avait reprise fougueusement lors de son discours des «cent jours» en avril en expliquant à son auditoire que sur certains contrats, la Jirama paie, non pas la puissance fournie mais la puissance installée. «C’est du vol, je n’accepterai jamais cela», avait-il lancé dans les travées du Palais des Sports. Force est de constater que rien n’y fait plusieurs mois après. Pourtant, en plus de ces incohérences, Jan Kappen a indiqué que les contrats ne reposent sur aucun cadre légal. «Comment gagner la confiance des investisseurs ainsi ?», a-t-il lancé. La Banque mondiale étant particulièrement impliquée dans la mobilisation des investissements privés à travers la mise à disposition de garanties partielles de risques, il a estimé qu’il est essentiel de restaurer la confiance des investisseurs.

Le dernier conseil des ministres a pondu le nom du nouveau président du conseil d’administration de la Jirama. Il s’agit de Solo Andriamanampisoa. Ce dernier s’est illustré lors de la présentation du projet Tanà-masoandro à l’Université d’Antananarivo en tant que chargé de mission auprès de la Présidence qu’il représente d’ailleurs au sein du conseil d’administration. Quant à la nomination du nouveau directeur général, elle attendra la sélection des dossiers des prétendants. Un procédé contesté par des syndicalistes de la Jirama qui préfèrent les promotions internes, avec un fort relent de népotisme.

Coût de connexion au réseau

Le taux d’électrification de l’île est actuellement d’environ 15 %. Pour Jan Kappen, la baisse du tarif de la Jirama n’a aucun effet sur ce taux dans la mesure où le problème se situe au niveau de la connexion au réseau. Madagascar affiche tout bonnement le cout de connexion le plus cher du continent, a souligné Jan Kappen qui a avancé qu’il faut parfois jusqu’à quatre mois de salaire pour faire entrer l’électricité dans un logis. Au-delà de ce budget exorbitant, il a également fustigé le manque de transparence dans les opérations. Pour augmenter le nombre de Malgaches ayant accès à l’électricité, Jan Kappen a évoqué les solutions alternatives que représentes les kits solaires. Compte tenu l’extrême ruralité du pays, il est en effet difficile d’étendre le réseau de la Jirama sur tout le territoire.