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Akany Avoko Faravohitra – Second sweet home des mineures en perdition

Elles sont des enfants des rues, abandonnées, fugueuses ou encore en conflit avec la loi. Elles ne choisissent pas l’endroit où elles vont vivre après le placement de la justice. Certaines ont l’opportunité d’être sous les ailes des éducateurs d’un foyer ou d’un centre d’accueil

L’ espoir renaît dans l’Akany Avoko Faravohitra. Ce foyer pour jeunes filles se veut être un centre de rééducation et de réinsertion sociale pour les mineures en situation difficile. Elles peuvent être des victimes de maltraitances physique et morale, de problèmes comportementaux ou des cas pénaux. Une fois que les juges d’enfants rendent leur verdict et placent les jeunes filles dans ce centre, il appartient à ces dernières de penser à leur avenir en marge de l’éducation et du civisme qui leur sont proposés. Les voilà devant une nouvelle opportunité, devant un nouveau départ dans une nouvelle famille.
Dans la majorité des cas, des parents munis d’une ordonnance de garde ramènent les mineures au centre. « Il se peut qu’un agent de police aussi s’en charge. Une éducatrice les reçoit, leur prône une leçon de vie et l’espérance à laquelle elles devraient aspirer. Nous n’oublions pas de leur véhiculer la vision de l’akany, la discipline qui régit notre petite communauté. Nous n’oublions pas de les guider sur les comportements à adopter lorsqu’elles sortiront d’ici, qu’elles devraient abandonner leurs anciennes attitudes et habitudes. Nous leur faisons comprendre que la vie est un choix. Soit, elles acceptent l’étiquette de jeunes dangereuses définie par la société, soit elles décident de changer car quiconque peut devenir meilleur », anticipe Ivelohanta Randrianarimalala, directrice de l’Akany Avoko Faravohitra.
Quarante-six enfants, jeunes filles, adolescentes et jeunes adultes vivent actuellement dans le centre. « Je témoigne de mon éternelle reconnaissance envers les responsables du centre qui m’a accueillie et qui accepte mes deux enfants nés ici. Mes parents m’ont abandonnée et j’ai vécu avec ma grand-mère. Quand j’ai été inculpée dans une histoire de vente de drogue, le tribunal m’a placée dans ce foyer où tout le monde est devenu ma deuxième famille. Depuis que je suis ici, ma vie a changé. J’y ai appris la vannerie et je compte me professionnaliser dans cette discipline pour en faire une activité génératrice de revenus. J’aimerais tant que mes deux fils connaissent ce qu’est l’éducation et s’en sortent plus tard en tant qu’hommes responsables et bons citoyens », relate Saholy, artisane et mère de deux garçons. Après avoir été un cas pénal, Saholy a été récupérée par la responsable du centre ayant sollicité son nouveau statut de cas social pour qu’elle n’ait plus à vivre dans les rues ne pouvant lui donner un meilleur lendemain.

Mode de vie
Les éducateurs et formateurs jouent le rôle de parents et de coaches à l’akany. Les jeunes filles participent à toutes les tâches ménagères, une manière de les responsabiliser car toutes les activités auxquelles elles s’attèlent contribuent à leur épanouissement et au développement de leur entourage. Nadia, une adolescente de 14 ans raconte comment se passe la journée. « Tous les matins, nous nous réveillons à 4 heures, nous rangeons nos lits, prenons notre douche, notre petit déjeuner et nous nous occupons des différents services comme le balayage des chambres, du couloir, du réfectoire, de la cour, le nettoyage de la douche, des toilettes », détaille-t-elle.
Toutes les pensionnaires contribuent au service. Les responsables dressent à l’avance la liste des menus de la semaine et les filles qui se divisent en groupes se relaient pour la cuisine. Cette tâche ne concerne pas celles qui partent à l’école, elle revient aux plus grandes en formation professionnelle. La vaisselle et le choix du menu de dimanche, par contre, se font par tour de table.

Ce qu’en dit la loi

Une mineure ne choisit pas l’endroit où elle va après son jugement. Le juge des enfants décide d’un mandat de dépôt ou de l’ordonnance de placement provisoire selon son appréciation, suivant la gravité de l’acte, la personnalité de la prévenue et de son âge, sachant que la responsabilité pénale commence à 13 ans. La plupart du temps, les enfants en conflit avec la loi sont placés à l’Akany Avoko Faravohitra. Outre l’emprisonnement, il existe une mesure alternative telle que la liberté surveillée (l’enfant se trouve au niveau de son cocon familial mais un éducateur spécialité le suit de près), le travail à la communauté, la liberté provisoire ou encore le contrôle judiciaire (l’enfant justifie sa présence périodique à la police). « La loi 2016-018 relative aux mesures et à la procédure applicables aux enfants en conflit avec la loi définit toutes les dispositions concernant les mineurs. Concernant la détention, si le jeune atteint la majorité et que sa peine n’est pas encore expirée, il est transféré dans le quartier des mineurs de la maison centrale d’Antanimora », explique Felantsoa Vololoniaina Rambolahanana. L’article 92 de la loi n° 2016-018 du22 aout 2016 prévoit des délais de détention préventive distincts pour les affaires correctionnelles des affaires criminelles. Elle stipule qu’« en matière correctionnelle, la durée de la validité de la détention préventive qui était auparavant de six mois, prorogeable deux fois pour une période de trois mois chacune est réduite à trois mois prorogeable une seule fois seulement pour une période de trois mois. Ce qui donne un maximum de six mois au lieu de deux mois. En matière criminelle, la durée de la validité de la détention préventive qui était auparavant de huit mois, prorogeable deux fois respectivement pour une période de six mois pour la première et quatre mois pour la seconde est réduite à six mois prorogeable une seule fois seulement pour une période de trois mois. Ce qui donne un maximum de neuf mois au lieu de dix-huit mois. »
Le juge des enfants Felantsoa Vololoniaina Rambolahanana expose que les enfants et jeunes commettent toutes sortes d’infractions, le vol à la tire, l’attentat à la pudeur, le viol entre enfants. « Les parents vivent dans une extrême pauvreté. Ces derniers ne peuvent pas subvenir aux besoins des membres de leur famille, voilà pourquoi les enfants n’accèdent pas à l’éducation et ils sont livrés à eux-mêmes », conclut-elle.

Ivelohanta Randrianarimalala« Des parents marginalisent nos pensionnaires »

 Comment le centre fonctionne-t-il actuellement ?
Auparavant, le centre est fermé en avril 2015 et a rouvert ses portes en mars 2016. Pendant des années, le centre a dû fonctionner grâce à l’aide en provenance des bienfaiteurs étrangers. Disons, que les Malgaches commencent à prendre conscience qu’ils devraient aussi apporter leur contribution et ils s’y vouent. Des organismes et fondations nous appuient. En ce moment, l’État malgache, à travers le ministère de la Justice, prend en main le frais de garde de 1 000 ariary par pensionnaire par jour, ce qui n’est pas minime mais ne parvient pas à couvrir tous les coûts. Des parrains prennent en charge également les frais de scolarité de certaines jeunes filles et cela allègent nos dépenses.

D’après vous, quels problèmes empêchent les jeunes en situation difficile de jouir de leurs droits ?
La marginalisation. Toutes les filles scolarisées fréquentent des établissements confessionnels. Nos filles travaillent bien à l’école, elles brillent mais des parents viennent à la rencontre d’un directeur pour lui dire ouvertement que nos pensionnaires risquent d’influencer leurs enfants, qu’elles vont contaminer leur sauvagerie aux leurs. Bien au contraire, nous voudrions démontrer à tous que ces filles ont traversé des épreuves, ont connu un passé douloureux et elles essaient de remonter la pente en suivant le bon exemple et la bonne éducation que nous leur avons inculquée.

Que faites-vous pour que les filles retrouvent confiance en elles ?
Nous privilégions la relation et les échanges. Nous nous parlons ouvertement pour régler les différends. Dans un rapport, les pensionnaires émettent leurs problèmes et nous leur demandons d’apporter les solutions. Si jamais quelqu’un voudrait avoir un entretien individuel, je leur prête mes oreilles attentives. Des fois, certaines souhaitent garder l’anonymat, nous leur proposons une boîte à idées et nous discutons ensemble des problèmes. Nous les encourageons à intégrer des branches comme le scoutisme et la chorale au sein des églises et le contact avec la société forgent leurs caractères.

Réinsertion
Ces jeunes enfants et adolescentes vivent séparément de leurs parents, de leurs frères et sœurs. Cependant, elles se sentent comme chez elles avec un abri, une protection, de la nourriture, d’une couverture médicale et de l’éducation sur tous les plans. Elles jouissent de tous les droits. « L’éducation spirituelle passe avant tout. Le lieu, créé en 1963, appartient au Fiombonan’ny fiangonana protestanta malagasy (FFPM) et dans ce sens, nous éduquons chaque pensionnaire à prendre Jésus Christ comme son Seigneur et Sauveur qui guérit sa déception, son cœur brisé et qui lui donne l’espoir. Elle sera alors capable d’améliorer son futur », renforce la directrice de l’akany.
Ensuite, Akany Avoko propose l’éducation, dont le type formel enregistre sept enfants en primaire, quinze en secondaire et une universitaire. L’alphabétisation fonctionnelle compte quatre adolescentes et jeunes adultes. La formation professionnelle incluant la vannerie, la broderie, la coupe et couture, la cuisine, la coiffure, l’informatique et le crochet dénombre dix-neuf apprenantes. Dix éducateurs permanents et six éducateurs bénévoles assurent leur encadrement.
La directrice envisage un nouveau projet de réinsertion professionnelle à réaliser au cours du deuxième semestre. Il s’agit de regrouper les jeunes professionnelles, de valoriser leurs talents et savoir-faire sur une plateforme et leurs gains seront épargnés pour leur servir de fonds de roulement lorsqu’elles seront en mesure de démarrer leurs projets autonomes et voler de leurs propres ailes.

Des rêves et des ambitions

Iangolaina
étudiante en droit
« Cela fait deux et demi que je vis dans ce centre. C’est loin de mes parents mais je m’y adapte très bien. J’aimerais que tout le monde connaisse et applique la loi. Nous savons que ceux qui ignorent la loi se laissent duper. Plus tard, j’ambitionne de représenter Madagascar au sein de l’Union africaine. »
Nadia, artisane
« Je suis plutôt artisane et je maîtrise la broderie, la coupe et couture, la vannerie, le crochet et la coiffure. Je vais me focaliser sur la coiffure et je rêve de travailler dans un grand salon pour valoriser la beauté des femmes. »
Ravo, collégienne
« Je suis en classe de troisième et je suis sûre que je vais passer mon BEPC cette année. Plus tard, je deviendrai assistante sociale et je relaierai notre directrice dans ses fonctions. Ce sera une manière de servir la société et de rendre aux autres le bien qu’ils m’ont fait. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Farah Raharijaona