Editorial Opinions

Gilets et bidons jaunes

GJournée mouvementée en France ce samedi 17 novembre et les jours d’après. Les « gilets jaunes », pour contester la hausse des prix du carburant, ont érigé des barrages filtrants un peu partout. Ils étaient 287 710 selon les décomptes revus à la hausse effectués par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, répartis sur 2 000 points de blocage. Au final, la mobilisation a été importante, mais pas massive, comme l’a si bien décrit le ministre de la Transition écologique et de la solidarité, François de Rugy. Car la hausse des prix à la pompe concerne la majorité des foyers français. À cause des surtaxes imposées par le régime d’Emmanuel Macron, le long du différentiel des coûts.
Alors que les cours du Brent, le pétrole de la mer du Nord, ont connu une forte baisse de 86 à 69 dollars en un mois.
Et la menace saoudienne de réduire son volume journalier de productivité, afin de remonter les prix de l’or noir sur le marché international, attendra quelques semaines pour être ressentie aux stations-services. Et la faiblesse de la contestation sociale a été d’autant plus étonnante car elle voulait rameuter tous les frustrés et mécontents du macronisme. Les dégoûtés de phrases mesquines, un brin provocatrices, de l’actuel président de
la République. Qui, une fois n’est pas coutume, a bien fait de se taire. Il réagira à froid depuis Bruxelles, en campagne pour les prochaines élections européennes. Laissant son Premier ministre, Edouard Philippe, mener la bataille sur le front face au vent de fronde sociale.
Chez nous, les automobilistes ont eu droit à un répit, une aire de repos. Sachant que les prix du carburant ici ne suivent pas la logique des fluctuations des paramètres qui les régissent.
Que les cours du baril baissent ou augmentent à Londres, New-York ou Tokyo, que l’ariary perde ou gagne des points face au dollar au Marché interbancaire de devises, MID, la courbe de l’application de la vérité des prix devait être suivie à la lettre. Aux derniers réajustements, il manquait encore 470 ariary par litre pour atteindre l’objectif conclu avec les bailleurs de fonds. Ils ont poussé le gouvernement malgache à abandonner les subventions improductives, ruinant le Trésor public. Quand bien même, des transporteurs privés assurant des services publics, par des offres plus que déplorables, bénéficient encore de compensations financières. Pour ne pas pénaliser les pauvres usagers. Mais ils ont passé outre ce deal en passant à la vitesse supérieure. De 400 à 500 ariary le ticket. Saisissant cette « injonction » des partenaires financiers, le gouvernement d’Olivier Mahafaly, bien avant celui d’Edouard Philippe, a décidé de majorer davantage les Taxes uniques sur les produits pétroliers, les fameuses TUPP. Des recettes fiscales faciles à cueillir.
Les assujettis n’ont aucune échappatoire pour s’évader. Des dirigeants de coopératives de taxis-be, dans leurs divagations, ont avancé comme solution, a contrario, dans ces conditions, une baisse des prix du gasoil. Une proposition indécente en elle-même.
Mais la situation politique a sauvé le pouvoir d’achat des automobilistes pris à la gorge par la spirale inflationniste. Puisque chaque élection présidentielle peut déboucher sur un conflit armé, une appréhension renforcée par la présence des géniteurs des crises politiques parmi les trente-six candidats, mieux vaut mettre entre parenthèses ces contraintes des « généreux donateurs ». Qui prendrait le risque de mettre le pays sur une poudrière par une éventuelle dérive incontrôlable des prix?
La question qui se pose désormais sera de savoir la durée de cette embellie inattendue. La mise en place du nouveau régime, à la place de celui du HVM, va clarifier ce brouillard épais. Il est presque acquis que « rompre avec le passé » serait un acte suicidaire. Déjà que l’attente des déblocages au titre de la Facilité élargie de crédit, FEC, du Fonds monétaire international, FMI, fragilise le précaire équilibre de l’ariary face au dollar et à l’euro au MID.
À ses craintes des lendemains qui déchantent s’ajoutent les soucis du quotidien. Comme les difficiles approvisionnements en eau de plusieurs communes de l’Atsimondrano. Des désagréments qui ont fini par inciter les « bidons jaunes » à manifester leur colère. Les responsables de la Jirama affirment avoir pris les mesures adéquates pour mettre un terme aux souffrances des victimes du « déleaustage ». Le retour à la normale serait le plus beau des cadeaux des fêtes de fin d’année pour elles. Deux préoccupations majeures pouvant être exploitées par les deux rescapés du premier tour de la présidentielle. Des niches de voix pénétrables.

Eric Ranjalahy