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Centenaire de l’armistice du 11 Novembre – Le devoir de mémoire – le meilleur hommage

Musé́e Rafiliposaona a Fandriana
Musé́e Rafiliposaona a Fandriana

Une grande date de l’histoire du monde qui démontre comment l’humanité, au milieu des souffrances, des ruines et des destructions, est encore capable de faire l’espoir du retour de la paix et de la liberté

C’est avec ces propos que le général de corps d’armée Béni Xavier Rasolofonirina, ministre de la Défense nationale qualifie la journée du 11 novembre dernier, marquant le centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 et celui de la guerre mondiale 1914-1918, à côté de l’Ambassadeur de France à Madagascar, Véronique Vouland-Aneini.
C’était à la Résidence de France d’Ivandry, dimanche 11 novembre en fin de matinée après une cérémonie combien solennelle et symbolique au monument du lac Anosy, avec l’inauguration d’une plaque commémorative du centenaire de la Grande Guerre.

importance

En ce grand moment de l’Histoire, le ministre malgache trouve importante la participation de nos aïeux à une guerre loin de plusieurs kilomètres de notre pays : « Nos vaillants soldats méritent notre devoir de mémoire et le sang qu’ils ont versé continue et continuera à arroser notre patriotisme et notre fierté d’être citoyen de nos pays respectifs ». Visiblement, il éveille la flamme patriotique chez les concitoyens pour un meilleur vivre ensemble.

Le minstre des Affaires étrangères Dovo Maxime lors d’un hommage aux tirailleurs malgaches
à Paris (12 ème Arrondissement) le 10 novembre dernier

Dynamisme du duo ONACM-Tadio

Le ministre de la Défense nationale a rappelé que depuis 2014, son département n’a pas oublié de rendre hommages aux soldats malgaches blessés ou tombés sur le champ d’honneur, « avec en perspective de mieux vivre et d’une paix durable pour la présente génération comme pour la future ». Plusieurs colloques universitaires, un muni musée à l’Office national malgache des Anciens combattants et Victimes de guerre (ONMAC) ainsi que plus d’une cinquantaine d’activités à travers des expositions de photos et d’objets historiques, des contributions dans des ouvrages sur la Grande guerre ont été réalisées par la direction de l’ONMAC durant ces quatre dernières années. Sans oublier la construction d’une stèle de 5 m de hauteur à Toamasina en hommage aux premiers tirailleurs malgaches embarqués vers le sol français. Dirigée par le général de brigade aérienne Jean José Randrianirina la DONACM – avec le soutien de ses collègues, les généraux de division Léon Jack Ramarosaona (directeur des Anciens combattants nationalistes) et Rarasoa Ralaialomady (directeur de la communication) – affiche un dynamisme dans ce processus.
Les activités de commémoration du centenaire de la Grande guerre proprement dite ont démarré par une exposition et un colloque international pluridisciplinaire à Toamasina du 24 au 26 octobre, puis par une exposition sur les tirailleurs malagasy et sénégalais au ministère des Affaires étrangères les 28 et 29 octobre. Ce sont des expositions imposantes de près de 40 panneaux sur les tirailleurs de l’Afrique noire et d’ouvrages sur la Grande guerre. En collaboration avec « Tadio », une association présidée par notre co-citoyenne Saholy Letellier, chargée de cours à l’Université de Rouen Normandie, ces expositions se sont terminées au musée « Johanesa Rafiliposaona » du nom d’un concitoyen ayant combattu en France, à Fandriana, le 1er novembre dernier.
Mme Letellier a salué la contribution du Colonel Bruno Maet, Attaché de défense de l’Ambassade de France à Madagascar, qui avait pris en charge dans la valise diplomatique plus d’une centaine de kilos des matériaux ramenés de France pour l’exposition.
A noter que fin aout- début septembre, la direction du général José Randrianirina a participé à La Réunion à des festivités intitulées « Les grands oubliés de l’Océan Indien ». à part l’exposition, ont eu lieu des représentations culturelles durant dix jours, avec la participation du groupe Violette, avec entre autre l’artiste Dolly.

Reconnaissance française

Dans son allocation, Mme Véronique Vouland-Aneini a lu un message du président français Emmanuel Macron pour cette journée. Dans lequel, il reconnaît les efforts de ceux qui ont aidé la France :
« Nous nous souvenons aussi de la souffrance et de l’honneur de tous ceux qui ont quitté leur terre et sont venus d’Afrique, du Pacifique et d’Amérique sur ce sol de France qu’ils n’avaient jamais vu et qu’ils ont pourtant vaillamment défendu. Nous nous souvenons de la souffrance et de l’honneur des dix millions de combattants de tous les pays qui ont été envoyés dans ces combats terribles »
La veille, le 10 novembre 2018 l’association Cefmad (centre de formation de Madagascar), présidée par Christophe Gasnot, a organisé à Paris une cérémonie en hommage aux troupes malgaches qui ont combattu aux côtés des troupes métropolitaines pendant la Grande Guerre, en présence du ministre des Affaires étrangères Maxime Dovo et du Secrétaire d’état français aux Affaires étrangères, Jean Baptise Lemoyne ainsi que de Cathérine Baratti-Elbaz, Maire du 12ème arrondissement de Paris.
Un dépôt de gerbes a été réalisé au Jardin d’Agronomie Tropicale, où se dresse la stèle à la mémoire des artilleurs malgaches morts au combat. Des représentants de la diaspora malgache étaient présents à cette cérémonie, dont les descendants des soldats ayant donné leur vie lors de la Grande Guerre.
Rappelons qu’en margé du sommet de la Francophonie d’Antananarivo, le Président français de l’époque François Hollande a visité la stèle des Anciens combattants de la Grande guerre et a rendu hommage aux victimes des évènements de 1947 qu’il avait qualifiés de « répression brutale ».

Les futurs historiens s’y intéressent

Le monde universitaire n’est pas en reste. Les étudiants du parcours Histoire de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines ont vu juste en organisant une conférence-exposition sur le thème « Que reste t-il des traces mémorielles laissées par la présence malgache durant ce conflit mondial », le 9 novembre dernier à l’université d’Ankatso. Une manière pour l’historienne Lucile Rabearimanana de développer « la première guerre mondiale et l’effort de guerre » et pour le général de division Amédée Ramihone Andriamanisa d’intervenir sur « la politique publique mémorielle ».
La participation malgache à la première guerre mondiale a beaucoup intéressé les futurs historiens à travers ce débat. D’autre part, la recherche est problématique car les documents d’archives sont rares et difficiles à trouver.
Nationaliste et impliqué dans l’histoire du pays, le général Béni Xavier Rasolofonirina devait solliciter auprès de la France, lors de la réception à la Résidence de France « la facilitation d’accès des citoyens malgaches aux archives de notre histoire, car mes compatriotes et surtout nos jeunes en ont besoin ».Il rejoint le slogan d’Alain Foka du Rfi, comme quoi « nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple car un peuple sans histoire est un peuple sans âme ».

La France évoque la question sécuritaire

Terminant son discours, lors de la commémoration du centenaire de la Grande guerre, l’ambassadeur de France, Véronique Vouland-Aneini, a saisi l’occasion de la présence du général de Corps d’Armée Béni Xavier Rasolofonirina, ministre de la Défense nationale pour évoquer à nouveau la question sécuritaire à Madagascar, à laquelle est confrontée sa communauté.
« En l’espace de trois semaines, trois de nos ressortissants (ndlr : français) en sont victimes, regrette t-elle, dont un est assassiné, un autre enlevé ayant récemment recouvré la liberté alors qu’un autre, kidnappé est toujours détenu » En réplique, le ministre de la Défense nationale a pris acte et a promis de transmettre à qui de droit ces désidérata.
Mme l’Ambassadeur a fait, ce 11 novembre dernier allusion entre autre au cas de Riaz Hassim, patron de Makiplast enlevé le 9 novembre, qui entre temps précisément a été libéré (ndlr : le 15 novembre dernier). Un autre opérateur français en la personne de Nassir Sivjee, PDG du Conforama a été enlevé le 14 novembre mais a retrouvé sa liberté lundi 19 novembre dans la soirée. Pour un membre du cabinet du ministre de la Défense nationale, l’absence de collaboration franche avec la famille des victimes constitue une sorte d’entrave au bon déroulement de l’enquête et à la répression de ce fléau en général.

45.083 tirailleurs malagasy

Selon toujours le ministre de la Défense nationale, la mobilisation des Malgaches à la première guerre mondiale de 1914-1918 avait lieu sous la houlette du gouverneur général de la colonie de l’époque, Hubert Garbit. « Le premier contingent fut envoyé en octobre 1915 vers la métropole, suivi de cinq autres en 1916 (…) Les combattants malgaches constituant le 12 ème bataillon de tirailleurs malgaches a obtenu trois citations, pour la défense de Villeneuve-sur Fère le 29 mai 2018, pour la prise de Dommiers le 18 juillet 2018 et pour la prise de Terny et Sorny le 2 septembre 1918 »
Il y a eu réellement 45.083 Malgaches qui avaient servi dans les rangs de l’Armée française dont 1835 blessés et près de 4.000 tués, soit en plein combat, soit morts de suites de maladies ou de blessures.
Si auparavant, on regroupait sous le terme générique de « tirailleurs sénégalais » les combattants africains pour la France durant la première guerre mondiale, l’on s’achemine actuellement vers une appellation de « tirailleurs de l’Afrique noire ».
Dans le pays, on évoque désormais des « tirailleurs malgaches » parlant de nos combattants pour les guerres mondiales.
Mathieu Maurice Ramaroson, habitant à Antohamadinika ayant combattu lors de la deuxième guerre mondiale 1939-1945 en Afrique du Nord, comme Razafindrazaka Jean-Louis sis à Ambohimalaza ayant été en Indochine et en Algérie, présents à la Résidence de France d’Ivandry dimanche dernier, se souviennent encore de leurs actes d’antan. Ils regrettent la disparition progressive de leurs collègues, comme pour l’année 2017 des Rabonary, Rakotozafy Michel et Rakotoarisolo Auguste.
Leurs progénitures trouvent qu’il y a deux poids deux mesures dans la prise en compte de la République française de leur cas. D’un ton direct, terminant son propos, le ministre Béni Xavier Rasolofonirina a sollicité de vive voix ce que les cocitoyens pensent tout bas. Celui d’exiger auprès de la France « un traitement sur le même pied d’égalité de ceux qui ont combattu durant les guerres mondiales »

Par Eric Ranjalahy