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Gouvernement – Tableau d’honneur pour redoublants

Après la recomposition faite par l’Exécutif, pratiquement les mêmes têtes ont été reconduites à leur place. Évaluation. Fausses notes. Une seule ministre a été remerciée, deux sont des revenantes tandis que les autres ont réussi à garder leur fauteuil. Tel est le constat majeur effectué à première vue. À s’en tenir à la déclaration du Secrétaire général de la Présidence, trois jours, c’est le temps qu’il fallait pour procéder à l’évaluation de chacun des ministres. Les critères sont basés sur la concrétisation des engagements présidentiels, du programme « Initiative pour l’émergence de Madagascar » (IEM), et la politique générale de l’État (PGE). Est-ce à dire que les ministres étaient tous à la hauteur, à l’exception de Félicitée RejoFienena, ancienne ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation ? Tentons quelques éléments de réponses.

Poudrières

Sur le plan de la sécurité, les efforts entrepris par le ministère de la Défense nationale sont visibles. Le déploie- ment des éléments de pacification dans les zones qualifiées « rouges » pour éradiquer le phénomène des « dahalo », a apporté un peu de répit à la population en milieu rural à travers la Zone rurale prioritaire de sécurité (ZRPS). Pareillement, la sécurité dans les grandes villes s’est améliorée grâce à la circulation du peloton de patrouille dans les quartiers sensibles en actes de banditisme. Cependant, des lacunes sont également constatées, avec entre autres les bavures perpétrées par des éléments des forces de l’ordre. Depuis l’intervention des éléments de pacification, l’affaire de tuerie des trois hommes, dont les corps ont été découverts à Antanifotsy, a sali l’image de l’armée. Des actes de même nature sont dénoncés dans de nombreuses régions, ainsi que des actes de torture et l’abus de pouvoir faits vis-à-vis des citoyens. Sur le plan diplomatique, le dynamisme de la politique malgache est à mettre à l’actif du ministre Naina Andriantsitohaina. Preuve en est le ton volontariste employé par le président Andry Rajoelina lui- même lors des négociations sur le cas des Îles éparses avec le gouvernement français. Les relations actuelles avec les ins- tances internationales et régionales remettent définitivement Madagascar sur l’échiquier, constatent les observateurs avertis. Cependant, l’initiative du gouvernement de rapatrier les ambassadeurs malgaches a mis un grain de sable dans les rouages de la machine. Neuf ambassadeurs ont été abrogés depuis le début du mandat d’Andry Rajoelina mais jusqu’ici aucune décision de nomination n’a été prise.

Du côté de la justice, le renforcement de la lutte contre la corruption est observé. Les mesures prises à l’encontre des personnes impliquées ont été plus que sévères. C’est le cas notamment des magistrats de Toamasina, englués dans le dossier kidnapping. Le ministre Jacques Randrianasolo, lui-même, a enclenché les poursuites à leur encontre. Mais des parts d’ombre se dessinent en toile de fond. Malgré ses efforts, le ministère de la Justice ne peut nier le cas de transfert des deux détenus condamnés aux travaux forcés, à perpétuité, à la maison de force de Tsiafahy vers la prison de Vohitany Ejeda. Censés être enfermés dans la prison de Vohitany, ces deux criminels sont désormais libres dans la nature, indiquent des sources locales. Vu la dégradation de l’infrastructure carcérale à Ejeda, aucun détenu n’y est gardé alors que le ministre Jacques Randrianasolo a cautionné la décision de transfert en mois d’avril. Le traitement d’autres affaires brûlantes au sein du tribunal, d’importants dossiers sont en instance, que ce soit ceux de Claudine Razaima- monjy, Mbola Rajaonah ou Eddy Maminirina. Le bilan du secteur économique est mitigé. Le déblocage de la cinquième tranche de l’appui dans le cadre du programme de Facilité Élargie de Crédit (FEC) a connu une difficulté. D’après les analystes, la procédure pour le décaissement de la FEC 5 s’est ralentie par rapport à la FEC 4. La raison en est que Madagascar a du mal à se référer aux conditions exigées par le Fonds Monétaire Internationale (FMI). Mais à entendre le représentant résident du FMI, Marc Gérard, le décaissement de la FEC 5 devrait intervenir dans les prochains jours.

Délicates

A l’énergie, le ministre Vonjy Andriamanga retrouve son poste après une tentative avortée de démission. Il doit résoudre des dossiers brûlants dont, entre autres, la baisse du prix des carburants. Si auparavant, les usagers s’étaient habitués à la hausse mensuelle des carburants, la situation s’est stabilisée au cours des derniers mois. Après une longue négociation entre l’Éxécutif et les opérateurs pétroliers, les deux parties se sont mis d’accord sur la fixation d’un nouveau tarif à la pompe. Cependant, par rapport à ce qui a été promis, c’est-à dire une baisse pouvant atteindre jusqu’à 700 Ariary, les usagers ont dû se contenter, au mois de juin, de réductions symboliques. 500 Ariary pour le pétrole lampant, 150 Ariary pour le gasoil et 100 Ariary pour l’essence. Au niveau de l’éducation, les choses ne sont pas encore très claires. Depuis la démission de la ministre de l’Éducation nationale Marie Thérèse Volahaingo en raison de sa candidature aux législatives, des problématiques majeures ont été soulevées dans le secteur éducatif. Le calendrier scolaire est remis en cause. La reforme de l’éducation, un programme conçu pour améliorer la qualité et le niveau de l’enseignement, semble être tenue en échec. Le planning de départ qui a prévu le changement de la rentrée scolaire en mars est boycotté. La communication n’est pas passée entre le ministère et les parents d’élèves par rapport à la mise en œuvre du pro- gramme. Le retour au bercail de la ministre Marie Thérèse Volahaingo remettra-t-il en ordre toutes ces questions ?

Menaces

Dans le secteur de la santé publique, une volonté de devancer et faire face aux menaces des épidémies est constatée. Le gouvernement a annoncé la mise en place des dispositifs nécessaires. Ebola, peste, rougeole sont surveillés de près. Mais sur le terrain, les doléances des usagers se font entendre dans les centres hospitaliers publics concernant la hausse des frais de soins ainsi que le coût des médicaments.

Au niveau de la communication, le ministère de tutelle s’est investi dans la sensibilisation et l’éducation. « Tagnamaro » se veut être la vitrine de cette politique. Effective- ment, chaque mois, cette action citoyenne est initiée. Sa mise en œuvre est, en quelque sorte, une réussite pour ce ministère du fait que tous les fonctionnaires sont censés y participer. Mais l’initiative n’a pas essaimé au niveau de la population. Et même au niveau des départements ministériels, certains traînent du pied et parlent plus de contraintes. Les plus récalcitrants ont même vu de quel bois madame la ministre se chauffe et ont été remerciés pour leurs bons et loyaux services. Certains messages passent mal. Jour J+2 du gouverne- ment Ntsay Christian numéro trois. Attendre et voir venir.