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Andrew Mccartor – « La lutte contre la pollution de l’air dans la volonté politique »

La pollution de l’air nuit à la fois à la santé humaine et à l’environnement. Le directeur de la politique globale et de la planification de l’ONG Pure Earth Andrew McCartor, brosse la situation à Madagascar et lance un appel au gouvernement qui peut agir sur la lutte.

Que pouvez-vous dire sur la pollution de l’air ? 

On distingue deux sortes de pollution de l’air. La première concerne la pollution de l’extérieur dite ambiante, et la deuxième touche les foyers.

Quels en sont les facteurs ?

La pollution extérieure découle de la combinaison des fumées que dégagent les vieilles voitures particulières et les véhicules du transport en commun. Ils ne disposent pas d’un système pouvant contrôler la pollution et consomment les carburants de manière inefficace. De plus, la qualité du fuel est inférieure, contenant beaucoup de sulfure et de benzène. À part cela, il existe la fabrication de briques, la culture sur brûlis, l’incinération des déchets sans oublier les industries. La pollution au sein des foyers, en revanche, résulte de l’utilisation des bois de chauffe et elle devient par la suite, une pollution ambiante.

Pourquoi dit-on que la pollution de l’air est la première cause de dé- cès ?

Chaque type de pollution a des particules qui attaquent le cerveau, les poumons, les reins et le foie. La vérité universelle dévoile que les enfants en sont les plus touchés. À Madagascar, la pollution au sein des foyers tue les enfants et elle contamine aussi l’eau potable. Un lien direct entre les deux n’existe pas, mais l’eau qui n’est pas nettoyée, affecte la santé de l’enfant en raison des matières fécales qui s’y trouvent. En somme, la fumée dans les ménages ou la contamination de l’eau conduisent toutes les deux à la mort et c’est pire si les deux agissent ensemble.

Comment fait-on pour mesurer la pollution extérieure à Madagascar?

Aucun mécanisme de calcul ne permet pas en- core de mesurer les incidences. On peut, toutefois, noter une certaine avancée, dont l’achat d’une machine par l’ambassade américaine à Antananarivo située en périphérie, pour évaluer la pollution dans la capitale. Cette machine coûte cher, mais d’autres organismes peuvent s’en offrir à 200 ou 250 USD, avec lesquelles ils pourront analyser la qualité de l’air.

Quelles méthodes devrait-on alors adopter pour gérer cette pollution ?

En 2018, le ministère de la Santé publique et celui de l’Environnement avec sept autres départements ont ratifié un plan d’actions de lutte contre la pollution, financé par l’Union Européenne. Ils ont retenu trois priorités, à savoir l’air dans les foyers, la qualité de l’air à l’extérieur et la lutte contre la pollution engendrée par les produits chimiques. La pollution de l’eau n’y est pas intégrée car elle a son propre programme et plan d’actions.

Justement, le secteur WASH ne devrait-il pas être associé à ce programme sachant que la pollution devient un problème de santé pu-blique ?

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Uni- cef) a déjà mis l’accent sur l’intégration de WASH dans les projets d’autres ministères et le ministère de la Santé publique reste convaincu qu’importe d’in- sérer des activités de WASH dans les projets de chaque institution. On entend que la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre a son propre financement.

Ne devrait-on pas investir dans la lutte contre la pollution de l’air ?

En effet, ce programme doit avoir son propre budget qui doit être inscrit dans la ligne politique du gouvernement, à condition que ce dernier considère la pollution de l’air comme une priorité nationale. Les bailleurs de fonds n’attendent que cette décision. Alors, il s’agit d’une solution politique… Tout à fait. La lutte contre la pollution de l’air réside dans la volonté politique. Notons que des gens portent des masques pour se protéger le nez. En réalité, ils empêchent les liquides provenant de l’intérieur de l’organisme de sortir, mais ne bloquent pas l’air polluée d’entrer. Ils protègent juste le nez et la bouche. Venons au fait que le gouvernement a un grand rôle à jouer dans le programme de lutte. Les besoins devraient sortir de la population et le gouvernement les inscrira dans son programme et lancera un appel au financement. Ces actions se font en parallèle car ce serait une grave erreur si l’une vient après l’autre.

Qu’en est-il des données. Sont-elles disponibles ?

Le manque de ressources affecte les don- nées. Le gouvernement s’occupe de ses collectes et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en a également. Les images satellitaires qui ne sont pas à 100% parfaites ne sont pas non plus suffisantes, mais elles nous aident à comprendre la pollution. En revanche, l’OMS et l’Institute for Health metrics and evaluation collectent, analysent les données, établis- sent un rapport et fournissent des informations en faveur du grand public. Les deux parties ont signé une convention de partenariat qui entre dans le cadre des études sur le poids des maladies causées par la pollution.

Comment voyez-vous l’engagement du gouvernement dans le pro- gramme de lutte ? Le gouvernement sou- tient déjà les projets de différents ministères tels que la santé et l’environnement. La preuve ?

Il a pu réunir sur la même plateforme onze autres départements, quatre agences onusiennes, dix ONG malgaches, la Corée, les États-Unis et l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ). D’ailleurs, l’Unicef s’active en encourageant les autres parties et les bail- leurs de fonds à rester proactifs. Quelle est la contribution de l’ONG Pure Earth à Madagascar ? À Madagascar, l’ONG Pure Earth finance un pro- jet du Centre national de recherches sur l’Environnement qui consiste à identifier et nettoyer un site contaminé et à constituer une base de données de ce site. Ensuite, nous appuyons le ministère de l’Environnement et le Programme des Nations unies pour l’environnement dans la mise en place d’un Ob-servatoire des produits chimiques (ChemObs). Nous travaillons alors sur la de- mande de financement des projets inscrits dans des plans d’actions. Nous essayons également de mobiliser d’autres ONG pour qu’il y ait plus de synergie dans la lutte contre la pollution de l’air.

Quelle alternative ou mesures concrètes proposez-vous pour remédier à la pollution au ein des foyers ?

Les pays qui ont réussi à changer les habitudes des citoyens en les incitant à abandonner le bois de chauffe et à booster l’utilisation de l’éthanol et le gaz de pétrole liquéfié, sont ceux qui ont mis en place une politique de réduction des prix du gaz. Ce qui ne va pas arriver tout seul. L’État doit le faciliter sachant qu’une taxe s’appose sur le GPL. Il est donc envisageable de proposer un package à la population en mettant sur le marché le propane et le butane. Le reste n’est qu’une question de mentalité. Beaucoup de gens croient que ces gaz favorisent des risques d’explosion. Aux États-Unis, les ménages recourent aux gaz pour les grillades, mais une précaution est de mise, éviter l’utilisation de bouteilles de mauvaise qualité.