Rencontre

Septième art – Alex Moussa Sawadogo à cœur ouvert

Alex Moussa Sawodogo embrasse plusieurs cultures

Il s’est spécialisé dans la création et la gestion de projets culturels, et dirige le seul et unique Festival des films d’Afrique de Berlin (Afrikamera). Nous avons rencontré Alex Moussa Sawadogo en marge des Rencontres du film court qui ont lieu cette semaine à l’Institut français de Madagascar. Il nous livre ses impressions sur le cinéma malgache et africain en général

L’industrie du cinéma comme vecteur

Alex Moussa Sawodogo embrasse plusieurs cultures

Les écoles de cinéma sont importantes dans un pays où il n’a pas encore véritablement sa place dans la politique culturelle de l’Etat. On en a vraiment besoins, pour y former les gens autour des b-a ba du cinéma, à
savoir la réalisation, la production, l’écriture scénaristique, le montage, toute cette chaine de la production d’un film qui sont à connaître. En même temps, une école ne doit pas être le seul atout pour l’émergence d’une industrie culturelle à Madagascar. Le fait est qu’il faut aussi d’abord prendre en considération le contexte et la réalité dans ces pays, il faut des écoles de cinéma qui puissent s’y adapter. Au Burkina Faso par exemple, on a des écoles de cinéma public et privé, mais on ne peut pas dire qu’on a une industrie du cinéma qui soit aussi consistante que ça. J’ai monté un collectif qui se prénomme « Génération films » il y a quatre ans à Ouagadougou avec des amis réalisateurs, producteurs et journalistes locaux. Ensemble on a monté le « Ouaga film lab », ainsi qu’un fond qui nous permet d’aider les jeunes réalisateurs locaux à créer et à produire.

Le Burkinabais citoyen du monde

Le septième art suscite un engouement certain auprès
du jeune public malgache

Je suis d’origine Burkinabais, je vis depuis une dizaine d’années entre le Burkina Faso et l’Allemagne, là où j’ai fais des études en management culturels et médias, en rapport avec la production en cinéma entre autres. J’y ai monté un festival de cinéma africain depuis douze ans maintenant avec des camarades cinéphiles, et qui s’appelle « Afrikamera ». Il s’affirme depuis quelques années comme l’unique festival permanent du genre en
Allemagne. Je suis également programmateur dans plusieurs festivals de cinéma en Europe, de même, je suis consultant Afrique au festival de film de Venise et aussi attaché artistique du Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne en Suisse.

Afrikamera, au confluent de l’Europe et de l’Afrique

Laza, infatigable promoteur du septième art malgache
lors d’un atelier avec les enfants

C’est un festival qui fait le lien entre l’Allemagne et l’Afrique. En tant que Burkinabais, j’ai eu le privilège de grandir dans un pays où le cinéma occupe quand même une grande place. Nous avons, comme vous le savez, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision d’Ouagadougou (Fespaco), qui a largement nourri notre passion pour le cinéma. Après mes études, je suis arrivé en Allemagne. Etant étranger, dépaysé linguistiquement et culturellement à la fois, j’ai découvert un pays où il n’y avait aucune activité en rapport avec l’Afrique. De là, je me suis quand même posé des questions. L’Afrique est tout un continent, comment peut-il être aussi absent là où les capitales comme Paris et Londres ou New York sont bien représentés ? Alors je me suis lancé le défi de monter un festival de films africains dans ce pays qui n’avait pas beaucoup de rapport avec le continent africain. Nous avons lancé cette initiative, pas pour les africains, mais vraiment pour les allemands, les berlinois en l’occurrence, pour qu’ils puissent découvrir et s’imprégner de notre culture aussi. On s’y plait à montrer d’autres réalités de notre continent : l’Afrique qui bouge, qui est talentueuse et surtout qui possède une riche culture du septième art.

Regard sur le cinéma malgache

Ils ont beaucoup de potentiel et de talent ici, ils peuvent fièrement manifester leur créativité. Je suis en contact avec plusieurs réalisateurs et cinéastes malgaches, j’avoue être toujours agréablement surpris de la qualité des œuvres. La preuve en est, le cinéma malgache est très bien accueilli outre-mer, on a des Malgaches qui ont remporté de prestigieux prix au Fespaco, entre autres Lova Nantenaina qui y a reçu le prix « Poulain d’or ». Des considérations que la politique culturelle malgache se doit de valoriser et de booster, car si ces réalisateurs qui se sont auto-produits arrivent à avoir des prix comme ça, cela démontre du fort potentiel du cinéma malgache. Tout est priorité en Afrique certes, mais il faut aussi savoir que le développement c’est aussi de pouvoir promouvoir sa culture. Cela passe par les Rencontres du film-court (RFC), mais ça doit aussi s’élargir pour qu’une industrie du cinéma malgache puisse s’épanouir.

Jeunes créations francophones 

Le fond « Jeunes créations francophones » dont je suis le gestionnaire, a été créé d’après l’initiative de plusieurs partenaires francophones comme TV5 Monde ou encore le Film Fund Luxembourg. L’idée c’est de donner un premier coup de pouce aux jeunes réalisateurs, qui en sont à leur premier et second film à se faire valoir. On espère pouvoir booster ces réalisateurs qui ont des difficultés à avoir accès à des fonds, on les aide aussi à développer leur projet. Aussi bien à l’écriture, qu’à la réalisation, mais aussi à la post-production. On veille sur le son, les images, la musique et même le sous-titrage, pour le moment c’est donc le seul fond qui prend en compte toute ces différentes étapes de la réalisation d’un film. Le fond « Jeunes créations francophones » est déjà lancé et on invite vivement les cinéastes malgaches à y participer.

Par Andry Patrick Rakotondrazaka – Photos Mamy Mael