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Carburant : Queue sera sera

La semaine a commencé par la pénurie artificielle du carburant. Avec des explications se voulant rassurantes, les principaux responsables n’ont pas dissipé la psychose ambiante.

L’essence de la panique. De longues files d’attente d’automobilistes et de motards devant les stations-services de la capitale. Cette scène pour le moins surréaliste  a surpris tout le monde à la fin du mois d’octobre. Car le dernier « choc pétrolier » remonte en 2002. Lors de la grave crise politique. Quand des milices armées, partisans de Didier Ratsiraka, contestant l’auto- proclamation comme président de la république de Marc Ravalomanana,  ont érigé des barrages sur les routes nationales, ayant empêché les camions-citernes de rallier la capitale, sous embargo de fait. Le litre du gas-oil ou du sans-plomb écoulé au marché noir revenait à 10 000 ariary.

Cette fois-ci, des alertes lancées sur les réseaux sociaux, mi-canulars, mi-sérieuses, invitant tout un chacun à faire le plein des réservoirs car une pénurie du carburant était à craindre aura été à l’origine de cette ruée vers les stations-services, prises d’assaut et « mises à sec » en quelques minutes.

 Insuffisantes

Le directeur de l’Office malgache des hydrocarbures, Laurent Rajaonarivelo, a admis que la livraison par le navire Gulf Coral, prévue pour le 18 octobre, n’a été livrée qu’une semaine plus tard. Mais des importations « spots » ou extras ont été aussitôt organisées. Insuffisantes pour dissiper la psychose qui a vite parcouru la ville de part en part. Des membres du Groupement des pétroliers de Madagascar, GPM, ont joué les pompiers de service pour éteindre l’étincelle avant qu’elle ne se transforme en brasier. Alain Soumoundronga, son secrétaire général, un  des artisans de la concrétisation de la privatisation des activités des hydrocarbures,  a révélé qu’il existe 1million de litres de réserve pour le sans-plomb 95. Soit une semaine de consommation pour la capitale. Et 7 millions de litres pour le gas-oil.

Au-delà de ces « ruptures d’approvisionnement », la question sur l’application ou non de la vérité des prix sur le carburant apparaît en filigrane. Voilà maintenant douze mois que ces prix n’ont pas connu la moindre hausse. Un an plus tôt, l’élection présidentielle a été la raison évoquée et invoquée pour ne pas toucher à ces prix très sensibles pour les produits de consommation courante. Le gouvernement du Premier ministre Christian Ntsay, choisi par le candidat Andry Rajoelina, ne pouvait pas desservir celui-ci par une augmentation des prix à la pompe, une mesure toujours impopulaire, quels qu’en soient les motifs. Les émeutes  Équateur ont démontré que toucher aux prix du carburant peut mettre en péril les dirigeants en place. Ils ont fait marche arrière.

De même, le mouvement des Gilets jaunes en France a été enclenché par la lourde imposition sur le carburant. Emmanuel Macron a fini par céder en adoptant  Pas moins de 60% du prix.    Une fois élu à la tête du pays, Andry Rajoelina a martelé la possibilité de baisser ces prix par des modifications de la structure du différentiel des coûts. Les autorités hésitent à réduire le niveau des Taxes uniques sur les produits pétroliers hissé plus haut par le gouvernement d’Olivier Mahafaly. Afin de satisfaire les critères de performances, nouvelle appellation des conditionnalités, recommandés par les bailleurs de fonds. Il s’agit d’une ressource interne intarissable et facile à cueillir.  À chaque litre vendu, la caisse de l’État engrange sa part du « butin ». Au mois de juin, à l’issue d’âpres surenchères avec les pétroliers, toutes professions confondues, Andry Rajoelina a obtenu des réductions symboliques. 100 ariary par litre pour le sans plomb 95 et 500 pour le pétrole-lampant. Loin des possibilités de décrues qu’il a laissées entrevoir lors de son long exposé marquant les cent jours qu’il a passés à la présidence de la république. Aujourd’hui, la tension persistante au Moyen-Orient met les cours du baril sur une courbe ascendante, l’hiver dans les pays occidentaux peut augmenter la demande mondiale du brut, la perte de valeur de l’ariary au profit du dollar depuis des mois, sont autant de facteurs justifiant une reprise de la hausse des prix du carburant. Sans la revendiquer, les pétroliers et les gérants des stations-services n’en espèrent pas moins. Pour eux, l’excès de…gel a assez duré.  Il reste le timing. À un mois des fêtes de fin d’année, ce serait un peu suicidaire pour le pouvoir qui… carbure à l’aune de sa popularité. Un mauvais cadeau pour les consommateurs. Presque une proposition indécente. 

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