Reportage

Dans les chaumières – L’enthousiasme et la difficulté dans l’esprit de fête

Chaque année, les Malgaches célèbrent la fête nationale le 26 juin. Une journée qui est toujours marquée par des commémorations patriotiques et familiales dans toute l’Île

Pour la commémoration du 58e anniversaire de l’Indépendance qui coïncide avec celui des forces armées, de nombreuses festivités et cérémonies aux couleurs blanche, rouge et verte, se déroulent toujours un peu partout dans le pays. Si les manifestations s’étendent sur quelques jours, les évènements les plus importants se déroulent la veille avec la retraite aux lampions et les feux d’artifices, et surtout le jour de la célébration avec les défilés militaires, le grand podium… Il y en a pour tous les goûts et tous les âges. Le programme sera chargé et riche en manifestations jusqu’au 29 juin.

Feux d’artifice
Parmi les points forts des festivités, de gigantesques feux d’artifices qui brillent de mille couleurs, illumineront chacune des 22 régions et quelques districts auront également leur part. Certaines communes et quelques villes projettent aussi de lancer leur propre spectacle et tout cela avec la coopération des artificiers de la Défense nationale. Dans tous les cas, le lancement se fera le même jour, le 25 juin, à la même heure, à 19 heures précises, dans tout Madagascar. Pour Antananarivo, les intéressés se donneront rendez-vous autour du lac Anosy où se dresse la statue de l’Ange noir (qui change souvent de couleur) comme à l’accoutumée.
Concernant les feux d’artifices en dehors du lac Anosy, leur lancement doit obtenir une autorisation émanant du ministère de la Défense. Cette semaine une formation des artificiers de l’armée a été effectuée afin que le spectacle soit exempt de tout incident, notamment en ce qui concerne les distances de sécurité des lanceurs, la disposition des fusées, la gestion des spectateurs ainsi que la préparation des secours et des pompiers. Avec ces projections de proximité, la grande majorité de la population aura l’opportunité d’admirer et de se réjouir des beaux spectacles de ces lumières scintillantes et hautes en couleur.
Mais ces festivités permettent-ils d’oublier la réalité ? Car d’un côté, il est bien de faire vivre, un moment, à un maximum de Malgaches, une ambiance festive, mais de l’autre, compte tenu du coût de ces produits face à l’extrême pauvreté à Madagascar, dépenser autant d’argent risque d’être interprété comme un acte déplacé par les détracteurs du régime. En tout cas, les jeunes finiront la soirée en discothèque ou dans les rues animées, les voitures seront garées devant les vendeurs de brochettes et de THB (bière nationale)- qui doit bien faire 50% de ses recettes annuelles durant ces deux jours, tandis que les parents ramèneront à la maison les plus petits qui ont des étoiles plein les yeux.

La volaille au menu

Repas somptueux. Les familles malgaches profitent de l’Asaramanitra pour se partager un festin de fête. « C’est la fête et ce n’est pas n’importe quelle fête, il s’agit de la fête de l’Indépendance, alors il faut faire quelque chose d’inhabituelle, sans être au dessus de nos moyens. Et il faut faire plaisir aux enfants. Comme d’habitude, le 25 juin, nous sortons pour voir les feux d’artifices puis souper quelque part. Le 26 juin, nous organisons un petit festin avec des poulets et quelques brochettes de viande », prévoit une mère de famille. Mais les temps ont changé car au lieu d’acheter une dinde ou une oie, la plupart optent pour des brochettes-partys ou un poulet garni à la maison : le prix d’un poulet gasy (élevé à la malgache) varie entre 10 000 et 15 000 ariary alors qu’un dindon coûte jusqu’à 100 000 ariary. Il faut souligner que le festin traditionnel de l’Asaramanitra est composé de volailles (dinde, oie et canard). Le poulet n’y est pas compris. Le riz qu’accompagnent ces volailles est le « rojo mena », typique de Fianarantsoa. Malgré la « modernisation » de la gastronomie et les différentes manières de se nourrir, la célébration de la fête nationale ne s’éloigne pas trop de la tradition, car le riz reste l’aliment de base et les volailles sont cuites en gardant l’art original. En parlant d’originalité, les dindons sautés aux épices sont toujours adopté par la plupart des familles. Une façon très simple qui ne fait pas perdre trop de temps. Pour donner un peu de goût aux volailles, ils sont aussi arrosés de liqueurs de fruit ou de vin.

Les lampions malgaches en difficulté

Réalisés à la main, les lampions de fabrication artisanale ont du mal à concurrencer les gadgets lumineux en provenance de la Chine. Faisant partie intégrante de la célébration de l’Asaramanitra, les lampions se listent parmi les produits les plus demandés en cette période de l’année. Présentés sous de multiples formes, ronde, hexagone, carrée… et sous plusieurs couleurs, les lampions ont fait leur entrée sur le marché depuis quelques jours. Actuellement, l’esplanade d’Analakely, un des marchés les plus fréquentés de la capitale, est orné par ces produits. Conçus à partir de papier, fil de fer et d’un petit bougeoir à l’intérieur, ils se négocient à partir de 700 ariary jusqu’à 8 000 ariary. Les prix varient en fonction de leur taille et de leur design. Quant à la vente, « à deux semaines des festivités, nous écoulons une dizaine de lampions par jour. Nous avons quelque problème car les produits adversaires suscitent plus d’intérêt auprès des acheteurs. Toutefois, j’espère que le marché va s’améliorer en fin de semaine et lundi », confie Franck, artisan qui commerce ses produits à Analakely.

Rude adversaire

Deux types de marques se disputent le marché. D’un côté les lampions fabriqués par les artisans malgaches et de l’autre, les gadgets lumineux conçus par les Chinois. Produits de façon artisanale et vendus à assez bas prix, les lampions « vita Malagasy » ne font pas le poids contre les gadgets « made in China ». À en croire un commerçant d’ Analakely, les gadgets lumineux chinois semblent être plus attractifs et attirent davantage les regards des enfnats et des parents : « Même si les lampions que nous fabriquons se négocient à un prix largement moins cher que ceux de production chinoise, les clients ont plutôt tendance à se ruer vers ceux-ci », déplore t-il.
Petits sabres, colliers, serre-tête, bracelets, bagues…, ces petits gadgets étincelants détrônent littéralement les lampions artisanaux locaux et pourtant ils se négocient à partir de 1 500 ariary. « Pour des raisons de sécurité, je préfère les petits gadgets chinois pour mes enfants au lieu des traditionnels lampions. Ceux-ci risquent de prendre feu », s’excuse un parent.

Textes par Mamisoa Antonia et Julie Razakarinaivo