Faits divers

Partis politiques – Opposition entre conscience et pouvoir

Une certaine pratique politique, disparaît avec Manandafy Rakotonirina

Confus. Le nombre des partis politiques ne cessent d’augmenter à Madagascar. Vont-ils contribuer au développement de la société ? Grande est la surprise en découvrant presque chaque jour un nouveau parti politique et se dire que, pourtant, il existe depuis cinq ans sans avoir organisé un seul congrès

Une certaine pratique politique, disparaît avec Manandafy Rakotonirina

Il faudra mesurer la capacité voire la participation de ces partis tant dans la vie politique, économique que sociale ou culturelle. Si c’est pour renforcer la liste des partis existant, autant changer de statut en association ou, pourquoi pas, se consacrer tout simplement à des œuvres sociales sans perdre de temps à constituer un parti quelque peu virtuel .Vu la politique générale de l’État, vu les différentes arrestations sans fin, vu le projet de planter des arbres sur une surface de quarante mille hectares, tous les ans la liste est longue, pour dire que l’État devrait prendre une mesure pour limiter les créations de partis politiques, sinon fixer des critères notamment concernant les membres fondateurs, les membres permanents et les membres actifs puisque si l’on continue sur cette voie, il serait possible pour Madagascar de remporter le record du plus grand nombre de partis politiques, tout en étant pauvre. Si nous étions tous riches, ç’aurait été, tout autre.

Le parti politique se définit comme un groupe de personnes qui possèdent et partagent des idées politiques et sont réunies en association. Pourtant, c’est loin d’être le cas à Madagascar. Aux États-Unis, il existe aujourd’hui deux grands partis politiques : le Parti républicain et le Parti démocrate. Dans l’ensemble du champ politique, les forces politiques sont  la droite, la gauche, le centre et les extrêmes (extrême droite et extrême gauche). Toutefois, à Madagascar il en est autrement. Un parti politique doit avoir une idéologie dans tous les cas, qu’il soit progressiste, conservateur, réformiste, fondamentaliste, radical, etc. Faute de quoi, c’est la politique politicienne qui dicte les règles. L’article 10 de la loi 2011-012 relative aux partis politiques stipule : « Tout parti politique doit disposer de statuts, d’un siège, d’un programme politique comprenant un volet éducation civique et développement. » L’élaboration d’un programme surtout politique nécessite le suivi d’une étape alors que la plupart des partis politiques à Madagascar n’en possèdent de bien structuré. Concernant l’opposition, elle devrait être constructive. Selon le juriste Honoré Rakotomanana « le parti politique doit jouer un rôle d’éducateur, les fondateurs devront être des diplômés et la conquête du pouvoir ne devrait jamais se faire par la force, mais par la persuasion ». Il faudrait un changement radical de mentalité si les Malgaches veulent faire bouger les choses. Avec la mentalité actuelle, même après cinquante ans les Malgaches vivront toujours dans la pauvreté, pire une pauvreté extrême.

partis pour toujours

Il faudra mesurer la capacité voire la participation de ces partis tant dans la vie politique, économique que sociale ou culturelle

Didier Rratsiraka, un vrai politicien

La politique est la gestion de la cité, contrairement au politique, ces différents partis politiques qui veulent gérer la société. Or, la gérance de la société requiert une capacité du moins intellectuelle que seuls quelques-uns possèdent Oligopistos. À commencer par le Vy Vato Sakelika (VVS) littéralement « Fer, Pierre, Ramification », une société secrète malgache créée en 1913 par de jeunes étudiants en médecine, des nationalistes qui luttaient pour la libération nationale car Madagascar était colonie française. Deux cent vingt trois personnes ont été arrêtées. Puis lors de la première guerre mondiale, plusieurs de ces militants s’étaient engagés dans l’armée française. Le Parti national malgache (Panama) créé en 1941 et la Jeunesse nationaliste malgache (Jina) en 1943 par Lucien Andriamiseza, Edmond Ravelonahina et Monja Jaona. Ils avaient pour objectif de reconquérir l’indépendance de Madagascar. Le 11 février 1946, Paris a vu la création du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) par Joseph Ravoahangy, Joseph Raseta, Rakoto Ratsimamanga et le poète Jacques Rabemananjara. Son but à court terme était l’indépendance de Madagascar dans l’Union française.
Le 2 juin 1946, le Pasteur Ravelojaona a créé le Parti démocratique malgache (PDM), un parti protestant, nationaliste et légaliste. Il a écrit le livre « Le Japon et les Japonais » parue entre 1913 et 1915, alors qu’il dirigeait le temple FJKM d’Ambohitantely fréquenté par la haute bourgeoisie d’Antananarivo. Il collaborait aussi au journal Ny Mazava créé en 1915. Cet organe de presse est très apprécié par la population par « sa clarté ». La plupart des responsables du journal furent arrêtés le jour de la parution du premier numéro, le 23 décembre 1915. Ces mouvements (MDRM et PDM) faisaient partie des éléments déclencheurs de l’insurrection malgache de 1947.

genèse

En juillet 1946, le Parti des déshérités de Madagascar (Padesm) créé à Toliara par Philibert Tsiranana, les frères Zafimahova, Pascal Velonjara, Celestin Aridy…, est principalement formé par les Côtiers en opposition avec le MDRM et le PDM. En malgache, le nom officiel du Padesm était « Firaisan’ny tanindrana sy ny Mainty enin-dreny ary ny Karazany rehetra eto Madagasikara » (l’Union des Côtiers et des Mainty enin-dreny et assimilés de Madagascar), ce qui excluait les Merina d’origine indonésienne des castes Andriana et Hova. D’ailleurs, l’article 7 de son statut le précise explicitement et son slogan le confirme : « Madagascar aux Malgaches, les Malais (les Merina) en Malaisie ». De 1947 à 1956, la vie politique en sourdine à Madagascar. Le Parti social démocrate (PSD) alias Pisodia a été fondé en 1956, par Philibert Tsiranana alors membre de l’Assemblée nationale française avant de devenir président de Madagascar. Le 8 novembre 1958, le parti Antoko ny Kongresin’ny Fahaleovantenan’i Madagasikara (AKFM) ou Parti du Congrès de l’Indépendance de Madagascar voit le jour, sur l’initiative d’un pasteur protestant, Richard Andriamanjato. L’AKFM, parti communiste, est dominé par les militants d’origine merina. Gisèle Rabesahala fut la secrétaire générale de l’AKFM de 1960 à 1990, en tant qu’opposant au régime Tsiranana durant la Ire République. Le parti Madagasikara otron’ny Malagasy (Monima) ou Mouvement national pour l’Indépendance de Madagascar, fondé en juillet 1958 par Monja Jaona, le père de l’ancien Premier ministre de la transition en 2009, Monja Roindefo Zafitsimivalo.

métamorphose

Le parti Avant-garde de la Révolution malgache (Arema) fondé en 1976, par Didier Ratsiraka au pouvoir de 1975-1991, puis de 1997-2002. Le Leader Fanilo,  Libéralisme économique et démocratique de l’action de redressement national est fondé en 1992 par Herizo Razafimahaleo. Le parti Tiako i Madagasikara (TIM) est créé en juillet 2002 pour soutenir l’industriel Marc Ravalomanana, arrivé au pouvoir de 2002 à 2009. L’association Tanora (mala)gasy vonona (TGV) créé en 2007, par Andry Rajoelina l’a soutenu à la course à la mairie en 2007. Il est élu maire de la capitale avec 63% des voix. Le TGV est devenu le noyau autour duquel se sont regroupés d’autres partis et organisations politiques pour former le Mapar (Miaraka amin’ny Prezida Andry Rajoelina) plate-forme de formations politiques. La naissance du parti Hery Vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) a été annoncée le 29 mai 2014 avec comme président Rivo Rakotovao qui est devenu président de la République par intérim de septembre à décembre 2018. Après la défaite de son candidat en 2018, ce parti commence à s’affaiblir. On peut également citer d’autres partis politiques, entre autres, le Kintana Renouveau pour la démocratie sociale (RDS), le Mouvement des jeunes fédéralistes (MDF), le Groupe pour la refondation et le fihavanana (GRF), le Parti conservateur de Madagascar (Pacoma), le Rassemblement des citoyens responsables (RCR), le Vitantsika io, le Malagasy Miara-Miainga (MMM), l’Union nationale pour la refondation et la reconstruction de Madagascar (UNRRM)…

 

Par Rija Andrian Ravelojaona