alaune Politique

FMI – Madagascar – Relations per-FEC-tibles

Les relations avec le Fonds monétaire international, FMI, sont d’une importance capitale pour un pays comme Madagascar. L’actuel régime, plus enclin au populisme de bas étage, ne peut y échapper

Marshall Mills, Richard Randriamandranto et Hervé Rasolofondraibe essaient d’accorder leurs violons

Un des principaux acquis du régime HVM aura été la Facilité élargie de crédit ou FEC du Fonds monétaire international, FMI, d’un montant total de 310 millions de dollars à décaisser en plusieurs tranches. Sachant l’importance des relations avec le FMI, le président élu à l’issue d’une longue et douloureuse transition, Hery Rajaonarimampianina, s’est déplacé à Washington pour renouer au plus vite des relations gelées en décembre 2017. Quand le ministre des Finances et du budget de Marc Ravalomanana, Hajanirina Razafinjatovo n’a pas pu expliquer de façon satisfaisante les conditions d’achat d’un second avion présidentiel chez Lauda Air, la compagnie de l’ancien champion autrichien de Formule 1, Nicky Lauda. Une rupture inattendue qui a sonné le glas du pouvoir sans partage de Marc Ravalomanana, très fier « d’avoir mis » dans sa poche les bailleurs de fonds.

Déroutes

Christine Lagarde a changé l’image du FMI

Confronté à la « révolution orange » d’Andry Rajoelina, il a pris la poudre d’escampette le mardi 17 mars 2009, plongeant le pays dans une situation anticonstitutionnelle par ses deux ordonnances tout aussi illégales. Dont l’une a institué une Directoire militaire utopique à qui il a transféré le pouvoir du gouvernement. La Transition née de cette confusion, présidée par Andry Rajoelina, non-reconnue par la communauté internationale a été privée de financements extérieurs. Hery Rajaoanarimampianina a tout fait pour
réparer cette « anomalie » par un Politique générale de l’État, PGE, aux objectifs plus cohérents et moins fantaisistes. Comme ceux du Premier ministre Roger Kolo qui a « envisagé » un taux de croissance de l’économie, en termes réels du Produit intérieur brut, PIB, de 7,5% en six mois. Alors que le tourisme et le textile, deux mamelles nourrissantes de cette progression, ont été sinistrés durant la Transition.
Le premier souffrait des images insoutenables des vindictes populaires ayant massacré deux européens à Nosy-Be. Le second exclut du marché américain à travers l’AGOA. En tout cas, même les dragons chinois au temps de leur prodigieuse émergence n’ont réalisé une telle performance tout à fait inouïe. Tout a été remis en ordre et le FMI a donné son feu vert pour ces 310 millions de dollars. Le montant importe peu. Cela paraît dérisoire par rapport aux 143 milliards de dollars obtenus par l’Argentine ou la Grèce. L’essentiel est ailleurs. Cette décision du FMI constitue une sorte de gage de crédibilité pour le gouvernement en place et une assurance pour les investisseurs désireux de venir s’installer dans la Grande île. Mais surtout, cette appréciation ouvre les vannes des autres financements comme celles de la Banque mondiale, de l’Union européenne et des partenaires bilatéraux et multilatéraux.

Contraintes

Les subventions pour la Jirama, inquiètent le FMI

Mais la « générosité » du FMI est souvent accompagnée par des critères de performance. Un terme plus assoupli que « les conditionnalités » des années socialistes ayant fait mal aux tympans fragiles des nationalistes endurcis. Par exemple, lors de sa dernière visite, Marshall Mills, l’émissaire principal du FMI, a rappelé ses préoccupations sur les subventions accordées par l’État à la Jirama. Le régime en place qui cultive sa popularité sur des décisions spectaculaires n’a pas trop d’objection à cette pratique. Le retour du délestage qui a irrité les abonnés de la ville d’Antalaha, le réveil des syndicalistes exigeant le départ du directeur général de la Jirama , Olivier Jaomiary, confortent l’État dans ses convictions. Un procédé justifié par le gouverneur de la Banque centrale, Hervé Rasolofondraibe, par la hausse continuelle des cours du baril du pétrole sur le marché international. Une approche un peu gauche, sinon maladroite, car c’était plutôt la chute de ces fluctuations en question qui a effondré l’économie du Venezuela, à l’origine de la grave crise politique actuelle. L’autre souci permanent du FMI consiste à cette application de la vérité des prix du carburant. Pourtant, durant la Transition Andry Rajoelina a décrété le gel de ces prix pour éviter une spirale inflationniste à partir des coups de pompe. Ce qui aurait pour conséquence une éventuelle révolte des plus démunis de la société chez qui il a bâti sa base politique. Une démarche qui a plongé de nombreux gérants de stations services dans le précipice de la faillite financière.
L’actuel ministre de l’Énergie, des hydrocarbures et de l’eau, Vonjy Andriamanga, a plutôt opté pour des modifications sur la structure du différentiel des coûts. Il est à rappeler que le gouvernement d’Olivier Mahafaly, dans ses derniers mois d’existence, a majoré de façon conséquente les fameuses taxes sur les produits pétroliers, TPP. Afin de renflouer les recettes fiscales de l’État par ce dispositif facile à « rentabiliser ». Les automobilistes n’ont aucune échappatoire. À chaque litre vendu, ils versent une grosse part à l’État. Quand bien même, les redevances pour le Fonds d’entretien routier, FER, affichent un déficit d’encaissement de plusieurs milliards d’ariary. Des pétroliers font, semble-t-il, une forte pression pour avoir une augmantation des prix du carburant. Sur un autre plan, le régime fiscal des importations sur le « vary mora » fait tiquer les bailleurs de fonds.
Enfin, les projets présidentiels devraient-être inclus dans la loi de finances rectificative en pleine préparation.
Au bout du compte, les satisfécits de Marshall Mills s’adressent plutôt à l’équipe sortante. L’efficacité de Christian Ntsay, sa disponibilité à suivre « la thérapie » du FMI, des pilules amères à avaler, vont être jugées et jaugées plus tard. Avec, peut-être, un accent particulier sur les dettes extérieures. Un aspect plus moins occulté par l’absence des réunions des Clubs de Londres et de Paris. L’autre paire des manches.

Par Eric Ranjalahy – Photos: l’Express de Madagascar