Dossier

16 jours d’activisme – Contre la violence faite aux femmes

Fourm sur les violences envers les femmes reunissant plus de 180 femmes

Des manifestations ont fait connaître tous les aspects des violences basées sur le genre. En seize jours, l’opinion publique a été alertée sur le danger et l’horreur que courent les femmes d’une région à l’autre et d’une classe sociale à une autre. Des violences prennent une dimension considérable et concernent mères, filles, vieilles dames. Selon les cas recensés, c’est entre quatre et soixante-dix ans que se situe l’âge des victimes de violences. Plusieurs interpellations à travers des événement ont marqué les journées entre le 25 novembre et le 10 décembre.

Les violences envers les femmes doivent cesser
Des sensibilisations sur les réseaux sociaux ont déclenché le début des seize jours d’activisme. Il était question d’attirer l’attention des femmes quant à la possibilité de fuir les violences en quittant le foyer conjugal, de se plaindre afin d’être écoutée, de porter plainte en cas de préjudice subi. S’ensuivaient des séances au niveau de l’école nationale supérieure de la police et au sein de l’école nationale de la gendarmerie entre le 26 et le 30 novembre. Les ondes de la Radio Nationale
Malagasy ont fait retentir les cas et les réponses aux violences basées sur le genre. À tout cela se sont ajoutées d’autres activités.
L’Hôtel Colbert a hébergé le 5 décembre l’atelier autour des violences basées sur le genre(VBG). L’atelier de présentation organisé par l’UNFPA, qui a collaboré conjointement avec le cabinet Focus Développement Association dans l’étude du phénomène de violences basées sur le genre lors de
l’attaque des dahalo, Faisant ressortir le lien de l’attaque des dahalo surtout dans la partie sud du pays avec les violences subies par la population locale. « Les dahalo sont aussi des auteurs de violences basées sur le genre » c’est ce qui a été dénoncé, hier, pendant la pré- sentation de cet étude. Cette dernière met l’accent sur les types de violences que ce soit psychologiques ou physiques durant les attaques des dahalo. « Les femmes et les enfants en bas âge sont contraintes de fuir dans la forêt avec les enfants pour y prendre refuge jusqu’ au retour du calme au village. Quant aux hommes, ils sont les premières victimes puisque le devoir familial et le dina communautaire les amènent à se confronter avec les dahalo » C’est ce qui a fait l’objet de présentation
durant l’atelier de présentation de l’étude effectuée conjointement par l’UNFPA et le focus développement
association. « À l’issue de cet atelier de présentation, Le but de l’étude est d’avoir une idée sur le lien entre la
prévalence des VBG et les attaques des dahalo», souligne Holy Ravololomboahangy, responsable auprès du
Focus Développement Association. D’après le rapport, l’étude s’est axée sur les trois communes où les raids des dahalo sont fréquents et sur la base d’indications résurgence de raids de dahalo. « Le choix des sites de l’étude s’est fait de manière raisonnée fournie par des personnes bien informée sur la situation des zones ciblées. Les communes suivantes ont été choisies. Ranotsara Nord (district d’Iakora dans la région d’Ihorombe), Ivahona (district de Betroka dans la région d’Anosy)et Ankazoabo Atsimo (district d’Ankazoabo Atsimo dans la région Atsimo Andrefana) ». La présentation s’est axée sur l’existence des violences
subies par les femmes, les hommes et mêmes les enfants. Selon le rapport 21.5 % des femmes enquêtées ont affirmé avoir été victimes de violences psychologiques à un stade de l’attaque, et 3,7 % ont subi des violences physiques. Il a été déploré que dans les cas de violences, les recours appropriés en cas de VBG sont insuffisants, mais également, les services offerts par les centres de recours habituels des femmes se limitent aux secours d’urgence. Ces derniers manquent de capacité et de compétence pour offrir des services de prévention et de soutien aux survivantes.

Une exposition photo sur les résiliences des femmes et des filles

Le gouvernement nippon a soutenu également le ministère de la population et de la promotion de la femme ainsi que le fonds des Nations unies pour la population. La contribution du peuple japonais a permis de grandes réalisations en matière de santé
maternelle d’après l’UNFPA, c’est le cas par exemple du CHRR d’Ambovombe Androy qui a bénéficié de l’extension de la maternité, de la dotation d’une ambulance, de l’équipement et de la réhabilitation du bloc opératoire, des lits, des matelas, des kits de dignité. Ces contributions ont permis une nette amélioration de la condition de vie des femmes ainsi que l’accès à l’accouchement sans danger, à une meilleure prise en charge des complications obstétricales ainsi que la réparation des fistules obstétricales . À l’issue de cette rencontre Fidéline, une femme qui a bénéficié de ce partenariat a temoigné l’importance de cette contribution. cette femme ayant bénéficié d’une intervention chirurgicale d’urgence gratuite auprès du CHRR d’Ambovombe à la suite d’une grossesse extra-utérine:
«Je vis à Ilakaka et j’ai entendu dire que l’hôpital et les soins se sont beaucoup améliorés à Ambovombe. Comme mes parents résident à Ambovombe, ils ont confirmé cette information. C’est pour cela que même si Tuléar est plus proche, je suis venue à Ambovombe. Je peux vous dire que la qualité de
l’accueil, l’hygiène du bâtiment, la qualité des soins et des équipements, c’est comme dans les films. Ils sont professionnels et je suis contente d’avoir été sauvée au sein d’un hôpital bien équipé comme celui-ci ».
Dans le cadre du renforcement de ce partenariat, des matériels et équipements médicaux sont remis conjointement par le Gouvernement Japonais et l’UNFPA au Ministère de la Santé pour la prise en charge gratuite des complications liées à l’accouchement et des interventions d’opération césariennes des femmes enceintes les plus démunies dans la maternité de Befelatanana. Il s’agit d’équipements et de médicaments qui permettront la prise en charge gratuite de 75 opérations césariennes et 30 complications obstétricales.

L’émancipation de la femme et l’avortement
Parfois faire naître un enfant constitue une charge majeure pour une femme surtout si la grossesse est apparue dans des conditions non-souhaitées par la femme. L’émancipation de la femme se traduit alors par cette possibilité de jouir pleinement de son propre corps, en prenant des mesures par rapport à la contraception, à l’interruption de la grossesse, aux choix des études et du travail à faire et surtout au choix de situation matrimoniale. L’exemple français montre qu’il est possible de recourir au choix de la communauté des biens réduit aux acquêts qui permet au mari comme à la femme de jouir chacun de leurs côtés de leurs biens propres.
Lors du dernier forum des femmes au Palais des cheminots Soarano, l’avortement thérapeutique a été rappelé comme étant une solution nécessaire. Selon le témoignage de la commissaire Mandimbin’ny Aina Mbolanoro
Randriambelo, directrice de l’école nationale supérieure de la police: «Dans le cadre d’une affaire, une
mère de famille a appris que le gardien de sa résidence a violé et a mis enceinte ses deux filles. Elle a enjoint ces dernières d’avorter ».

Centre d’Écoute et de conseils juridique qui prend en charge les victimes de VBG

L’avortement est très problématique. Parfois choisie comme solution, elle peut-être un problème. « J’ai été violé à l’âge de treize ans. En apprenant la triste nouvelle, ma tante m’amenée à la campagne et mes amies croyaient à tort que j’ai déménagé. L’avortement y a été pratiqué sur moi. Agée maintenant de vingt-six ans je n’arrive pas à avoir d’enfant même si ça fait quelques années que je suis mariée », évoque un témoignage diffusé dans le cadre du forum des femmes. La dépendance économique de la femme envers son mari conduit au choix délibéré
entre continuer à faire naître des enfants ou à cesser d’être en gestation. « Mon mari désire beaucoup d’enfants alors que je me sens faible à l’idée de satisfaire tout le temps ses demandes. Or en cours de grossesse, je n’ose jamais avorter même si porter l’enfant est déjà dur pour moi », déplore une jeune femme dans un autre témoignage diffusé. Le milieu médical reste partagé face au meurtre que constitue l’avortement selon le code pénal malgache. « J’ai pourtant regretté de refuser de faire avorter un enfant. Une jeune fille souffrante est venue me voir
un jour dans le but de me persuader à lui faire un avortement. J’étais la seule sage-femme en activité dans la
localité où elle habitait. Au nom de l’étique, j’ai refusé à maintes reprises de faire avorter son enfant. Mais un beau matin, on l’a amené chez moi car elle était évanouie. Grand fut mon étonnement car à cause de mon refus
répétitif, elle a choisi d’avorter en insérant des plantes dans son appareil génital suivant les conseils d’une tradipraticienne. Ces plantes étaient censée dégager une odeur pouvant étouffer le fœtus dans l’utérus. Avec l’évacuation de ces plantes, elle rendait l’âme. L’avortement aurait pu lui permettre d’éviter la mort. Je me sens coupable d’être à l’origine de la perte de deux vies, celle de la jeune mère et celle de son enfant. Au moins, une des deux aurait pu être sauvée». ,souligne le témoignage d’une sage-femme exerçant en brousse.

La femme et les droits de l’Homme
Récemment, le soixante-quinzième anniversaire de l’adoption de la déclaration universelle des droits de l’homme vient d’être célébré. En parallèle, les violences faites aux femmes prennent de l’ampleur au point de se demander en vertu de quels droits elles méritent d’être protégées.
Les femmes constituent une imposante composante de l’humanité, elles sont des êtres humains au même titre que les hommes et les enfants et en raison de leur existence juridique elles ont des droits. Au regard de la situation physiologique qui classe les femmes parmi l’espèce humaine, femme et homme sans distinction de sexe ni d’âge ont les mêmes droits. Les textes internationaux à l’instar de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, le Pacte International relatif aux Droits Économiques Sociaux et Culturels réaffirment l’existence de ces droits et enjoignent les États signataires à faire valoir et à garantir ces droits sur l’étendue de leurs territoires respectifs. Plusieurs législations nationales
prennent en considération la valeur de ces droits de l’Homme tout en appliquant les textes internationaux
désormais incorporés dans les ordonnancements juridiques internes, mais malheureusement le Droit se heurte souvent à la Culture qui n’est jamais favorable à une égalité de statut entre femme et homme. Là où
la différence de situation en raison du genre existe, là apparaît le problème des droits de la femme.
Certes les droits de l’homme dans leur globalité concernent tout être humain et en vertu de la théorie des droits naturels, les droits de l’homme existent déjà car ils sont intrinsèques à la qualité humaine. Cependant les considérations culturelles ont toujours fait que la femme ne peut être acceptée comme homme.
Selon les faits remontant à l’époque datant d’avant l’émancipation des femmes, la femme ne jouissait d’aucun droit, vu qu’elle est censée passer de la tutelle paternelle à la tutelle maritale : cette conception est reconnue dans presque toutes les sociétés humaine, faisant alors de la femme un être inférieur et soumis à l’autorité masculine.
Il a fallu la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948 pour introduire un concept nouveau et moderne. Tous les êtres humains naissent libres et égaux, tous les êtres humais méritent
d’accéder à un même enseignement pour les deux genres féminin et masculin, tout homme et toute femme est libre de se marier à partir de l’âge nubile, à salaire égal, travail égal.
Dans les familles actuelles, cependant, les droits des femmes connaissent des problèmes. On peut citer le viol conjugal, le nombre d’enfants à naître, la monoparentalité, les violences conjugales.
Dans les États adoptant la loi islamique ou Charia, aucun droit n’est véritablement reconnu à la femme si l’on porte une analyse sur la maternité même : car ce ne sont pas elles qui décident du nombre d’enfants à naître et le droit de choisir une contraception pour être responsable vis-à-vis d’elles- mêmes et des autres.

Par Diamondra Randriatsoa – Tsiory Fenosoa Ranjanirina