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Législatives indécises – À qui peur gagne

Législatives indécises

Au contraire des idÈes rÈpandues sur leur prÈtendue insignifiance les lÈgislatives vont faÁonner líactuel mandat prÈsidentiel díAndry Rajoelina. Dío˘ leur soudaine importance

 

Andry Rajoelina a senti le danger qui le guette. L’éventuelle émergence d’une autre majorité qui ne sera  pas la sienne à l’Assemblée nationale, à la sortie des législatives, risque de lui jouer de mauvais tours pour le reste de son premier mandat présidentiel. Il a eu le besoin imprévu de descendre sur le champ de bataille électorale. Par les poses de premières pierres des futures réalisations, par le début de l’insertion des puces aux zébus afin de mieux suivre leur mouvement, par les promesses à n’en plus finir, reprise de l’usine sucrière de Brickaville dans huit mois, par exemple, et par cette descente dans les rues de la capitale. S’il a le droit de se soucier des conditions de vie dans les quartiers défavorisés, en étant un ancien maire de la capitale,  sa présence auprès des candidats aux législatives dans trois arrondissements qui le  soutiennent a fait réagir ses principaux opposants.

 

désorganisés

 

Le TIM de Marc Ravalomanana, en première ligne de ses aristarques les plus virulents. Olga Ramalason, secrétaire générale du TIM, parle d’une violation de l’article 49 de la Constitution qui interdit au président de la République de s’adonner à des activités politiciennes. Même si Andry Rajoelina n’a pas incité la foule de ses partisans à voter pour ses protégés, le mélange des genres a donné du grain à moudre à ses détracteurs.  Ils scrutent le moindre faux pas du chef de l’État pour le monter en épingle. Mais il est aussi vrai que les Ravalomanana, à la direction de la mairie de la capitale, n’ont rien fait de concret. Rues cabossées, marchés désorganisés, éclairages publics défaillants dans tous les quartiers, embouteillages à longueur de journées partout, ordures non ramassées enveloppent l’environnement de la vie au quotidien. Sinon la vente des trottoirs, des espaces disponibles aux commerçants plus fortunés, au détriment des moins lotis. Andry Rajoelina veut convaincre les électeurs du bien-fondé de son programme. Même si ce conflit entre le pouvoir central et la mairie de la capitale a toujours tourné en faveur de l’édile de la première ville du pays. Il en sait trop pour ne pas ignorer qu’il a mis ses pieds sur un terrain miné. L’excuse ou l’explication selon laquelle ces candidats ont croisé son chemin en cours de route, apparaît presque fallacieuse pour être une bonne ligne de défense. Un prétexte trop léger pour peser lourd dans la balance de la polémique.  Que dira la Haute cour constitutionnelle, HCC, décidée à sévir contre ceux et celles qui enfreignent les dispositions régissant les lois électorales ? Les ténors du TIM caressent déjà le rêve  d’un empêchement définitif du président de la République.

Dans un passé récent, Hery Rajaonarimampianina a été pris en flagrant délit de violations répétées de la loi fondamentale par une large majorité des députés, mais il a pu échapper à la sentence suprême.

D’abord par le « Pacte de responsabilité », une issue de secours anticonstitutionnelle, dont même les supposés signataires, des députés pro-régime HVM, ne savaient pas le contenu. Ensuite, la HCC, a contourné la question à laquelle elle devait répondre, en exigeant des considérations politiques. Tout à fait hors-sujet.  Départ du Premier ministre Olivier Mahafaly, pour une fois innocent dans toutes ces accusations à l’encontre de son patron, formation d’un gouvernement de consensus, sous la direction d’un Premier ministre, proposé par la majorité relative des députés de l’Assemblée nationale formatée par les législatives de décembre 2013. Ce qui revient à donner au groupe parlementaire Mapar le droit de choisir un Premier ministre à nommer par Hery Rajaonarimampianina. Ce que ce dernier a toujours refusé durant ces années jusqu’à 
« notre drame  du Parvis » du samedi 21 avril 2018. Il a fini par appliquer dans sa lettre et dans son esprit l’article 54 de la Constitution. En posant quelques conditionnalités sur le profil de celui ou celle qui va supplanter Olivier Mahafaly.

 

coulisses

 

Un côtier ayant une expérience de l’organisation administrative et qui conviendrait aux bailleurs de fonds. Christian Ntsay a rempli les caprices présidentiels tout en étant proposé par Andry Rajoelina, à l’insu de ses députés, devenus accros de la Place du Treize-Mai, pris au dépourvu par ces négociations en coulisses, qui ont brillé par leur opacité. En outre, Hery Rajaonarimampianina devait quitter la présidence de la République, soixante jours avant  le premier tour de la présidentielle, s’il briguait un autre mandat à la tête du pays, a rappelé la HCC dans sa décision, irrévocable et applicable dès sa publication.

BLOQUAGE

Andry Rajoelina ne veut pas vivre ce que son prédécesseur a enduré. Hery Rajaonarimampianina et ses Premiers ministres ont été pris en otage en permanence par la versatilité des députés. Autorisés par la HCC à changer de camp politique au gré du vent et par le rythme  des cliquetis des mallettes. Pourtant, eux aussi, s’exposent à la déchéance au regard de l’article 72 de la Constitution. Contre toute attente, un sénateur TIM devenu candidat aux législatives sous la bannière des pro-Andry Rajoelina, a été puni sans ménagement par les juges constitutionnels. Fernand Jeannot, il s’agit de lui,  a été le premier parlementaire à connaître une telle humiliation.  Ainsi  Andry Rajoelina a-t-il intérêt de se méfier de cette HCC des plus imprévisibles, dont la plupart des membres ont été choisis et nommés par Hery Rajaonarimampianina. Pour le déranger justement.  Pour Marc Ravalomanana, ces législatives seront un tremplin tout indiqué pour jouer les trouble-fêtes dans la parfaite légalité  depuis le Palais de Tsimbazaza. Il ne sera pas nécessaire de descendre dans la rue pour secouer le régime d’Andry Rajoelina. Le blocage des adoptions des projets de loi suffirait à enrayer la belle machine de l’IEM. Mais en cas d’échec dans ses démarches, l’heure de sa retraite politique va sonner. Et il se peut que les caciques du TIM pensent à écrire de nouvelles pages et de nouveaux chapitres de l’histoire de leur parti. Andry Rajoelina, de son côté, doit savoir que le propre des dirigeants, c’est d’être impopulaire. Bien sûr, son vis-à-vis direct a retenu la leçon… Les deux protagonistes et géniteurs de la crise  politique de 2009, dix ans plus tard, jouent à quitte ou double avec ces législatives pour le moins indécises. Vae victis !

Andry Rajoelina sur le front de la campagne

Textes : Ricky Ramanan / Photos :  Tojo Razafindratsimba, Claude Rakotobe