Editorial

Sale temps pour des ministres

Echéance respectée. Les contrats-programmes des membres du gouvernement de Christian Ntsay arrivent à expiration ce jour. Après les évaluations individuelles, un remaniement s’impose. Et même le Premier ministre Christian Ntsay n’est pas à l’abri d’une crue qui peut l’emporter loin du cadre enchanteur et paisible du palais de Mahazoarivo. Selon des indiscrétions ayant fuité, des manœuvres insidieuses et des actions sournoises se développent dans les arcanes du pouvoir pour l’évincer. Christian Ntsay possède, cependant, des atouts majeurs à faire valoir pour signer un long bail à la primature.

D’abord, il a été choisi par Andry Rajoelina à la suite de la décision controversée de la Haute cour constitutionnelle datée du 26 mai 2019. Elle a été saisie par la motion de requête en déchéance du président de la République, Hery Rajaonarimampianina, déposée par les « 73 députés pour le changement ». Les juges suprêmes ont pris tout le monde à contrepied en exigeant l’avènement d’un gouvernement de consensus et le départ du Premier ministre Olivier Mahafaly. Il a été aussi prescrit le retour à la majorité issue des législatives de décembre 2013 à l’Assemblée nationale. Ce qui a permis à la plateforme Mapar d’imposer « un seul Premier ministre » à Hery Rajaonarimampianina, ce qu’il a toujours refusé. Il a souhaité que ce soit un côtier habitué à gérer l’Administration. Christian Ntsay a eu le profil de l’emploi.

Et sa reconduction après l’accession d’Andry Rajoelina à la présidence de la République a été des plus logiques. Par la suite, il a été adoubé et apprécié par les députés de l’actuelle mouvance présidentielle, composant une confortable majorité à l’Assemblée nationale. Ils ont été séduits par la prestation de Christian Ntsay, patient et compréhensif à l’égard des avalanches de questions des députés sur le Programme du gouvernement. L’heure tardive des débats n’a pas entamé sa concentration et sa constance dans ses réponses, précises et concises. La présumée fronde des « insatisfaits » a tourné court.

En outre, en assurant l’intérim au ministère des Affaires étrangères, un poste laissé par Naina Andriantsitohaina, candidat de l’IRD à la mairie de la capitale, Christian Ntsay, déjà haut fonctionnaire d’un organisme international, a pu nouer et tisser de nouvelles relations avec des représentants des bailleurs de fonds. Toujours aussi indispensables pour obtenir les financements nécessaires aux multiples projets de développement.

Bien sûr, Christian Ntsay n’a pas encore réussi le décollage économique tant attendu. Encore moins l’émergence du pays, épine dorsale des intentions présidentielles. Mais il est très complémentaire avec Andry Rajoelina que cette idée de le démettre de ses fonctions paraît risquée.

En revanche, des ministres savent déjà qu’ils ne seront plus retenus dans la prochaine équipe gouvernementale. Même si aucun indice n’a été donné sur les critères et paramètres d’évaluation, ce qui est arrivé à Vonjy Andriamanga, ministre de l’Énergie, des hydrocarbures et de l’eau, peut faire réfléchir. Incapable de trouver des solutions à la pénurie d’eau, au choc pétrolier tout à fait inattendu, au retour en force du délestage, il a été sacrifié sur l’autel du limogeage. Avant d’être récupéré comme directeur général de la Jirama. Son impressionnant CV a sauvé sa carrière professionnelle. Le seul « centralien » de la troupe.

Nombreux parmi les ministres n’auront pas cette seconde chance inouïe. Alors qu’ils étaient eux aussi confrontés à des crises qui ont percuté de plein fouet le régime. Pour ne citer que la fuite des sujets au baccalauréat, le faible taux de croissance de l’économie cette année, les « paniers dégarnis »… Mieux vaut partir avant que l’épée de Damoclès ne tombe sur vous.  

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