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Tana-masoandro – Le monde merveilleux d’Andry Rajoelina

Tana-Masoandro est l’un des nombreux projets-phares, si ce n’est le projet phare d’Andry Rajoelina. L’équipe dirigée par son conseiller spécial Gérard Andriamanohisoa parle d’une ville moderne, propre et sécurisée, à des années lumières de ce qu’on voit actuellement à Antananarivo. Le projet se heurte actuellement à une certaine forme de scepticisme et d’incrédulité de la part du public, mais la Présidence y croit dur comme fer.

L e candidat Andry Rajoelina n’a pas été avare de promesses durant la campagne présidentielle. Des promesses qui sont devenues l’architecture de la politique générale de l’Etat à travers les fameux « Velirano » qui se veulent être plus que de simples engagements comme le traduit si bien le Président de la République. Parmi ses Velirano figurent les nouvelles villes avec en tête Tanà-Masoandro. Durant la campagne, Andry Rajoelina en a mis plein la vue avec Tana-Masoandro qui n’était encore qu’un projet 3D avec entre autres, son grand boulevard, ses immeubles ou encore sa circulation fluide. Bref, un mirage, une illusion pour les Tananariviens qui se débattent aujourd’hui entre les embouteillages, les ordures et la pollution mais une note d’espoir pour les pro-Rajoelina.

Quelques mois après son élection, le Président maintient le cap et a donné de la matière au projet en l’inscrivant dans la loi de finances rectificative. Pour défendre et leader le projet, il a choisi un pur technicien de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire en la personne de Gérard Andriamanohisoa. Dans chacune de ses sorties, l’ancien directeur général de l’Aménagement du territoire présente TanàMasoandro comme le symbole de l’émergence. Il ne manque pas de superlatifs pour définir le projet en évoquant notamment une vitrine de l’Afrique de l’Est ou encore une agglomération digne d’Antananarivo. Avec TanaMasoandro, Gérard Andriamanohisoa parle d’un changement d’approche car d’après lui, il n’y a plus rien à faire dans l’ancienne Antananarivo. « Plusieurs projets y ont été menés mais le résultat n’a pas suivi », lance-t-il en évoquant notamment l’aménagement d’Anosibe et ce qu’il en reste aujourd’hui. « On a besoin d’un nouveau modèle urbain sans marchands ambulants ni de personnes qui urinent dans les rues », souligne-t-il en mettant en avant l’éducation citoyenne dans cette nouvelle ville qui se veut moderne et sécurisée.

Emplacement

« Je me suis penché depuis 2004 sur le développement urbain d’Antananarivo. J’ai coordonné divers projets dans la capitale au sein du ministère de l’Aménagement du territoire », déclare Gérard Andriamanohisoa qui affirme que l’actuelle Antananarivo n’est plus viable. « Nous avons mené une campagne de sensibilisation quant à cette situation de la capitale avec un taux de bidonvilisation important. 90% de la croissance de la ville va dans les bidonvilles. C’est une tendance qui va se poursuivre dans les 20 prochaines années si on ne fait rien », lance-t-il, un brin alarmiste. La croissance de la ville doit ainsi être planifiée.

Par ailleurs, il n’est plus techniquement possible de construire dans l’ancienne Antananarivo qui n’a plus de réserves foncières. C’est pour cela que pour gagner des mètres carrés, on s’attèle à remblayer. Des remblais qualifiés de suicidaires par Gérard Andriamanohisoa. Antananarivo a besoin de stocker 15 000 000 de mètres cubes d’eau sur la rive droite d’Ikopa sinon elle est menacée d’inondation. La capitale est en effet située au milieu des fleuves Ikopa, Sisaony et Mamamba qui se rejoignent au niveau d’Ambohitrimanjaka au seuil de Bevomanga. Lorsqu’il y a trop d’eau, l’évacuation n’est plus possible et l’eau remonte vers la ville. Dans ce cas, la station de pompage ne sert plus à rien et c’est l’inondation. Dans ce sens, l’emplacement de TanaMasoandro est stratégique car la ville ne peut s’étendre que sur la rive gauche d’Ikopa. L’emplacement est d’autant plus stratégique qu’il permet le développement d’Ambohitrimanjaka avec une ouverture sur Itaosy et par extension sur l’Atsimondrano, le district qui la plus forte croissance démographique.

Dixième

La croissance démographique d’Antananarivo est justement l’un des enjeux des urbanistes dans les prochaines années. La structure actuelle d’Antananarivo est mononucléaire avec les activités au centre et des cités-dortoirs autour d’après toujours les explications de Gérard Andriamanohisoa. Ainsi, sur les 3 500 000 habitants du Grand Tana, près de 1 700 000 vivent en périphérie. Ces personnes rentrent dans le centre-ville le matin et le quittent le soir, ce qui explique les embouteillages monstres dans plusieurs points noirs correspondant essentiellement aux sorties de la ville. Le conseiller spécial du Président attire l’attention sur les 3 millions de personnes à venir dans les deux prochaines décennies. D’après lui, l’idée est de développer les localités aux alentours d’Antananarivo pour qu’elles ne soient pas que des cités-dortoirs. C’est le cas d’Anosiavaratra, Ambohidratrimo, ou Itaosy avec la création de nouveaux centres urbains. « Il est important de mettre en place des services et des activités commerciales dans ces zones pour ne pas que ces personnes aient besoin de se rendre à chaque fois dans le centre ville. Le but est ainsi de limiter le mouvement de la population », souligne-t-il. Par ailleurs, le projet d’extension de l’axe Antananarivo – Toamasina (TaTom) prévoit de développer les pôles relais extérieurs comme Ambatolampy, Anjozorobe, Moramanga ou Ankazobe afin de limiter la croissance d’Antananarivo.

Tana-Masoandro n’ambitionne pas d’accueillir la totalité des nouveaux venus mais seulement un dixième. Elle se veut toutefois être le nouveau centre urbain d’Antananarivo en abritant entre autres tous les bâtiments ministériels à terme. Par ailleurs, elle fera office de vitrine pour les autres nouvelles-villes prévues par le gouvernement. « Le plus important dans Tana-masoandro c’est la création d’emplois avec sa zone industrielle » souligne Gérard Andriamanohisoa. Outre la zone industrielle, la nouvelle-ville prévoit la construction de 10 000 boxes commerciaux. En tout, TanàMasoandro verra la création de 200 000 emplois, d’après le conseiller spécial qui prévoit d’un autre côté 100 000 emplois créés dans la mise en place avec 10 000 pour la première phase.

Appréhensions

Malgré les efforts de communication du gouvernement, le projet suscite encore plusieurs questions teintées d’appréhensions. Parmi les questions qui reviennent le plus souvent figure le financement. Dans ce sens, le chargé de mission auprès de la Présidence Solo Andriamanampisoa a expliqué que la concrétisation de Tana-Masoandro se fera grâce au système 3P, partenariat public-privé. « Nous avons déjà la loi qui régit ce type de partenariat. Notre rôle est de trouver les investisseurs intéressés », explique-t-il en ajoutant toutefois que des modifications devront être apportées à ce cadre légal, les expériences depuis son application en 2015 ayant montré certaines failles. « Ce n’est pas l’Etat qui va payer. L’État est là pour faciliter dans le foncier et l’aménagement. Nous allons appeler des développeurs qui vont mettre en place les infrastructures suivant notre cahier des charges. Ensuite ces développeurs vont vendre leurs services », précise Gérard Andriamanohisoa qui a indiqué lors d’une conférence qui s’est tenue à l’université d’Antananarivo que 21 investisseurs seraient déjà intéressés pour participer au projet.

Autre question soulevée, celle de la pertinence du projet en sachant que nombre de présidents africains se sont lancés dans des initiatives similaires avec un résultat plus ou moins mitigé. Gérard Andriamanohisoa d’indiquer que le succès à venir de Tanà-Masoandro réside dans sa mixité opérationnelle et fonctionnelle. L’ancien doyen de la Faculté d’EGS, l’économiste David Rakoto a déclaré que le fait que Tanà-Masoandro soit une ville mixte alliant zone commerciale, zone industrielle et zone administrative est un motif d’espoir. Wait and see.