#4 Actualites Interview

Andry Ramaroson – « Quatre centrales hydrauliques pour assurer l’avenir énergétique

La convention de construction de la centrale hydro-électrique de Sahofika vient d’être paraphée et des centrales fonctionnant à l’énergie solaire verront le jour. A côté de tout cela, une délégation de financiers du Fonds Monétaire International est arrivée à Madagascar spécialement pour constater de visu la situation énergétique dans la Grande-île. Premier responsable directement concerné par ces enjeux, Andry Ramaroson accepte d’évoquer les réalités actuelles du secteur de l’énergie à Madagascar. Andry Ramaroson est directeur général de l’énergie (DGE) auprès du ministère de l’Énergie, de l’eau et des hydrocarbures.

Dans quel état se trouve actuellement la production énergétique à Madagascar ?

600 Mégawatts de puissance installée et 420 Mégawatts de puissance consommée sont les chiffres clés de la production énergétique à l’heure où l’on parle. Mais le Président de la République Andry Rajoelina priorise le doublement de cette production énergétique. En cinq ans, l’objectif fixé est de produire 840 Mégawatts afin donc de doubler la production énergétique actuelle. Cela ne veut pas dire que chaque année jusqu’à l’épuisement du délai imparti de cinq ans, le cinquième des 840 Mégawatts sera annuellement produit. Car si l’on désire par exemple obtenir une production énergétique à partir d’une centrale hydroélectrique nouvellement construite, il va falloir quatre ans pour faire uniquement la construction.

Les avantages d’un tel procédé?

Plus une centrale à construire est destinée à produire davantage d’énergie, mieux la durée de sa construction est longue. Il faut un à trois ans pour construire une petite centrale dont la production avoisine les 5 Mégawatts. C’est pourquoi plusieurs formules sont adoptées pour développer simultanément la production d’énergie solaire, d’énergie thermique, d’énergie hydraulique. Il faut 9 mois à 2 ans pour construire une centrale fonctionnant à l’énergie solaire, 6 mois à 9 mois pour une centrale thermique, et 1 an et demie pour une centrale dotée de l’énergie éolienne.

Un avenir est-il alors envisageable actuellement pour le secteur énergétique marqué par des dysfonctionnements persistants?

Il faut plutôt souligner la célérité dans la prise de décisions cette année en matière d’énergie. En cinq mois, l’essentiel des dossiers concernant les grands projets hydroélectriques est bouclé. Il s’agit là des quatre centrales à construire à Volobe, Antetezambato, Sahofika, Ambodiroka. L’appel d’offres pour ces travaux est lancé en 2015 et à la fin de l’année 2018, 30 % du traitement des dossiers est réalisé. Depuis Janvier, tout s’accélère et le démarrage des travaux effectifs pour chacun de ces projets va maintenant avoir lieu. 70 % du traitement des dossiers est fait seulement en quelques mois. Cela dénote un intérêt stratégique pour le secteur, car ces quatre projets constituent l’avenir de l’énergie à Madagascar.

Pourquoi faut-il que ce soient ces projets qui déterminent l’avenir de l’énergie à Madagascar ?

Le fonctionnement de ces centrales va permettre de dégager une production énergétique dont le prix proposé aux consommateurs sera le minimal possible. De l’énergie à bas prix accessible à tous, c’est un velirano du Président de la République AndryRajoelina. Pour concrétiser l’accès de tous à de l’énergie moins chère, il a obligatoirement fallu passer par le règlement de la question de ces quatre grands projets laissés auparavant en suspens. Le prix prévu de l’énergie produite dans ces quatre centrales sera moins de 7 centimes de dollars pour le KWh. Pour rappel, le prix de l’énergie produite en centrale thermique est de 25 à 30 centimes de dollars le KWh. La JIRAMA vend pourtant au consommateur cette énergie produite à 16, voire 18 centimes de dollars le KWh. Dans cette configuration actuelle, la JIRAMA fait une vente à perte car au moindre KWh produit et revendu, il y a une perte enregistrée.

En quoi la société nationale de distribution d’électricité peut-elle bénéficier de l’irruption de ces quatre centrales hydroélectriques dans le parcénergétique au niveau national ?

Lorsque la JIRAMA pourra acheter l’énergie produite dans ces nouvelles centrales à 7 centimes de dollars le KWh, c’est là qu’elle est en droit d’opter pour une revente à moins de 16 centimes de dollars. Dans cette démarche, le consommateur sera enfin bénéficiaire d’un tarif d’énergie réduit. Il y a là donc tout un processus et il appartiendra à chacun de constater par la suite la réduction de prix promise par le Président de la République. C’est maintenant que tout avance concrètement dans l’optique définie par le Président.

Pouvez-vous alors mieux parler de la mise en oeuvre de ces projets dont le traitement des dossiers a rapidement évolué selon vous ?

En toute logique, c’est la signature du contrat pour chacune des constructions des quatre centrales qui est l’étape suivante. Passée cette étape, les constructeurs vont effectuer ce qu’on appelle le « closing  financier  » ou ensemble de rapports entre un constructeur et son bailleur. Six à neuf mois après, les constructions proprement dites débutent.

Et qu’en est-il de la capacité de production d’énergie attendue de ces quatre centrales ?

120 Mégawatts seront produits à Volobe. Pour la centrale de Sahofika, 192 Mégawatts y seront produits. Le type de contrat appelé « IPP » régit ces deux projets. Dans le cas d’espèce, le cocontractant avec l’État vient s’installer pour produire de l’énergie et vendre celle-ci à l’État par la suite. Pour le cas des deux autres à savoir Ambodiroka et Antetezambato, le type de contrat appelé « EPC+F » les encadre. Dans un tel contrat, le constructeur s’engage à ériger la centrale et la remettre à l’État une fois construite. Trois sur les quatre projets ont connu une avancée significative dans l’acheminement vers leur mise en œuvre. Le projet à Antetezambato s’accompagne encore de pourparlers.

N’est-ce pas là un travail de longue haleine et de longue durée qui mettra encore le consommateur dans une position d’attente ?

Entretemps, il ne faut pas manquer d’évoquer la transition énérgétique . C’est l’alternative pour bénéficier d’une énergie à prix réduit aux alentours de 10 centimes de dollars le KwH. Par transition énérgique, on veut faire entendre la combinaison de deux ou trois sources d’énergie différentes. En effet la production d’énergie thermique et d’énergie solaire est bien possible à la fois. On peut citer le cas de Morondava où la partie de la centrale fonctionnant avec l’énergie thermique est opérationnelle à 100% et la partie fonctionnant avec de l’énergie solaire est à 20% de sa capacité de fonctionnement. Des exemples concrets?

À Sambava, Antalaha, Andapa, les situations sont similaires où l’énergie thermique prend une large avance sur l’énergie solaire. À Mahazo et Miandrivazo, tout démarre, qu’il s’agisse de l’usage de l’énergie thermique ou de l’énergie solaire. À Antsohihy, Port-Bergé, Maevatanana ,Ambanja, la transition énergétique fait également son œuvre. Un fait marquant : l’énergie solaire est fortement utilisée à Antsohihy où la donne s’est inversée donc par rapport au fait habituel où l’énergie thermique reste prépondérante. À Ambilobe, tous les dossiers sont déjà bouclés pour l’usage de sources différentes d’énergie.

N’y-a-t-il pas une mesure prise pour les centrales existantes fonctionnant à l’énergie thermique ?

Une extension de la centrale à Maevatanàna a maintenant lieu. En matière de chiffres, voici un fait révélateur : le besoin initial en énergie d’Antalaha est de l’ordre de 2,1 Mégawatts mais depuis l’installation d’infrastructures lui permettant d’assurer une production énergétique de 3 Mégawatts, le besoin s’est rapidement accru en l’espace d’un mois. Maintenant à Antalaha, le besoin en énergie atteint 2,4 Mégawatts. Plus il y a augmentation de la capacité énergétique produite au niveau d’une infrastructure donnée, plus la demande s’accroît en même temps. On ne peut cependant pas s’engager à prendre des mesures à outrance en augmentant partout les capacités de production. Si besoin est, on peut revoir s’il est opportun de doter une infrastructure d’un moyen supplémentaire permettant d’accroître la production énergétique.

En terme de prix, la transition énergétique permet-elle d’atteindre l’objectif de consommer de l’énergie avec un prix stablement moindre ?

Ce qui est très intéressant, c’est l’énergie solaire dont le prix du KWh est de 12 centimes de dollars. Le souci c’est que sur le plan purement technique, la production d’énergie solaire ne peut pas être stable. Ce n’est donc pas que l’énergie solaire offre une possibilité d’exploitation et d’utilisation à bas prix qu’il faut se précipiter pour l’adopter définitivement.

Est-ce que des études sont préalablement menées pour assurer la réussite de la diversification des sources d’énergie utilisées dans toute l’île ?

Depuis Janvier, nous les responsables, nous nous concentrons sur des calculs pour voir l’opportunité des installations nouvelles. Le schéma directeur y afférent est déjà élaboré. Toutes les études nécessaires sont déjà achevées. Ce sont les partenaires qui accourent en ce moment. Des protocoles ont été déjà signés pour permettre l’installation d’une usine de production de panneaux solaires.

Quels apports significatifs l’implantation d’une usine de fabrication de panneaux solaires présente-elle pour Madagascar ?

Mahajanga accueillera cette usine de fabrication. C’est un complexe industriel qui va vite voir le jour. Pour ce projet, ce sont des infrastructures d’une usine en Allemagne qui seront délocalisées ici à Madagascar. Le démontage des infrastructures en Allemagne et leur transport vers Madagascar vont s’effectuer. Dans un an, du concret sur ce sujet sera perceptible.

Et parallèlement, à quel stade se situe la renégociation des contrats avec les fournisseurs d’énergie à la JIRAMA ?

80% des étapes dans cette renégociation sont réalisés. On est arrivé à un stade où les discussions s’articulent autour du prix d’achat de cette énergie produite par des fournisseurs de la JIRAMA. Leur acheter le KWh à 22 centimes de dollars figure dans le marchandage même si ce n’est pas le prix satisfaisant pour la transaction. Deux décisions sont prises du côté de l’État : l’une, c’est de ne plus payer un parc installé, et l’autre c’est de mettre en place des contrats d’achat d’énergie. Désormais, c’est le volume de KWh produit qui sera acheté.

Le milieu rural est le grand oublié du secteur énergétique, y-a-t-il des efforts entrepris pour favoriser l’usage des différents types d’énergie dans les zones campagnardes ?

40 Mégawatts seront produits. L’électrification rurale connaît un lent dynamisme mais des actions sont entreprises avec l’Agence de Développement de l’Électrification Rurale ou ADER pour accélérer l’accès à l’énergie en zone rurale.

Et le délestage en milieu urbain ?

Au mois de Janvier, 45 sur 115 centres de production d’électricité sont victimes de délestage. En juillet, ce nombre s’est réduit de 45 à 19.Auparavant il y a eu 194 heures de délestage et il importe de préciser que, par heure, il y a une quantité de fuel utilisé pour faire fonctionner une centrale. Le délestage est tributaire du lien entre la capacité de production et la disponibilité des moyens financiers pour assurer la couverture des dépenses liées à cette production. Par cette définition, le délestage a lieu lorsqu’on opte pour une économie des moyens alloués à la production. En juillet, il n’y a plus eu que 40 heures de délestage et une baisse progressive de ce volume horaire du délestage se réalise d’ici la fin de cette année.