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Toni morison est morte

T oni Morison est morte. C’est étrange ce sentiment de vide qui envahit. Cette immense écrivaine noire américaine, a reçu le Prix Pulitzer en 1988 pour son roman «Beloved», puis le «Prix Nobel de littérature» prix Nobel de littérature en 1993. C’est une éditrice qui a donné aux « Noirs » leurs lettres de noblesse, en publiant les biographies de Mohamed Ali dit Cassius Clay et d’Angela Davis et d’autres très grands auteurs et icones intellectuelles mondiales comme Chinua Achebe, Wole Soyinka, Athol Fugard, professeur dans des universités prestigieuses comme Yale ou Princeton, Toni Morison est d’abord une femme noire, née dans les États Unis de la discrimination raciale, « Ne compte que sur toimême, fait-elle dire à une de ses héroïnes dans un de ses récits ‘ home’. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. » « Laisse l’esclave (qui a retrouvé au fond de lui la liberté) faire du bien dans le monde. » Ce fut, pour cette femme, un principe qui a guidé toute sa vie. Et quand on sait à quel point il est difficile d’être noire, femme, donc comme diraient certains « négresse », on ne peut être que subjugué par la force de cette écrivaine qui a porté à son plus haut niveau les mots, la mémoire et la dignité de son peuple, mais aussi les mots, la mémoire et la dignité du peuple noir américain et avec eux des noirs et de tous ceux qui sont victimes de l’oppression, du racisme et du mépris, Toni Morison, l’écrivain de la dignité. « Refuser que d’autres décident à votre place, assumer sa propre vie, ses décisions, ses fantômes, faire le bien. ». Philosophie extrêmement difficile à appliquer. C’est cette philosophie qui sous-tend son principal roman « Beloved », du nom de cette jeune femme qui vient vivre avec Sethe et sa fille Denver qui essayent de reconstruire leur vie après avoir échappé à l’esclavage. Qui est Beloved si ce n’est le fantôme de l’enfant de Sethe, l’héroïne de Toni Morison, Beloved, cette enfant que Sethe a tué, pour lui éviter l’esclavage ? Comment échappe-t-on à cette image là ? Dans la vie réelle qui est Beloved, sinon pour Toni Morison, la voix de ses ancêtres, la voix de ses parents, ses grands parents qui eux ont connu cette situation de mépris extrême ? Et ce mépris qui ne l’a vécu ? Qui ne le connait pas ? Ne l’a jamais croisé ? et comment échapper aux voix de ce ou de ceux à qui nous avons dû renoncer pour pouvoir faire vivre les nôtres, et comment accepter de vivre avec nos silences ? Comment éviter la haine et la colère si ce n’est en refusant la haine de soi et en cherchant sa dignité au plus profond de soi, et de son histoire, assumant tout ? Toni Morison, fut, est, un écrivain majeur, de ces écrivains dont la voix vous hante et vous accompagne toute votre vie, en redonnant une mémoire, des voix, des mots à ceux à qui on a retiré le droit à l’histoire, aux mots pour la dire, elle a créé pour combler tous les vides. Ce fut sa manière de combattre pour les droits des siens, en leur donnant le droit d’exister. Et ils ont existé, ils ont le droit à la parole dans le concert des Nations. Barack Obama est devenu le président des États Unis. « Maty namela mamy », dit-on en malgache. Que la terre lui soit légère. Misaotra Tompoko.