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L e mois de septembre s’annonce compliqué pour de nombreux ménages; par la prolongation du calendrier scolaire, sous l’impulsion du Plan sectoriel éducation, PSE, remis en cause par l’actuel régime et l’imminence de la nouvelle année académique. Déjà les inscriptions et réinscriptions sont ouvertes, avec des charges financières non négligeables. Pour une école privée d’expression française, de moyenne réputation, avec des notions d’anglais, d’informatiques, et des activités parascolaires au choix mais obligatoires- natation ou karaté ou judo ou musique ou une autre langue vivante-, il faudra au moins débourser 200 000 ariary par élève pour les droits d’inscriptions et les frais généraux.

En sus, et ce ne sera pas des moindres, l’achat des fournitures scolaires et leurs figures imposées. Des marques précises pour les cahiers, stylos, stylos-feutres, gommes, crayons, crayons de couleurs, trousses, les livres d’auteurs recommandés, et les tenues vestimentaires de rigueur. Comme les enfants adorent venir, voir ou revoir leurs petits copains, sapés comme jamais, l’acquisition des habits neufs suivant les tendances du moment, devient une obligation pour les parents.

Au bout du compte, il s’agit d’un investissement lourd et « improductif » sur le court terme, qui peut ruiner les portefeuilles dégarnis de la majorité des Malgaches. Sentant le coup et les coûts à venir, des banques primaires offrent des crédits faciles à décaisser, mais difficiles à rembourser. Avec des formalités simplifiées au strict minimum, mais accompagnées de taux d’intérêt rédhibitoires. Pour venir au chevet d’une foule de « nécessiteux ».

Pour les futurs bacheliers, le parcours qui les attend, sera davantage parsemé d’embûches que les sujets d’examen eux-mêmes. Ils ne connaîtront leur sort, au plus tôt, que la dernière semaine du mois d’octobre. Alors que les concours d’entrée dans les universités et les instituts d’enseignement supérieur s’organisent bien avant. Il se peut que des admis à ces tamis sélectif d’un élitisme naissant et arrogant n’aient pas obtenu le sésame qui devrait ouvrir à toutes ces portes de nombreux privilèges. Aussi, les efforts financiers consentis pour tenter leurs chances à ces différentes sélections auront-ils été de l’argent jeté par les fenêtres. De leur côté, les rares boursiers vont rater le début des cours qui débutent, en général, en septembre, dans les prestigieux campus étrangers.

Le cas des recalés du baccalauréat sera tout aussi préoccupant. Après douze mois d’études sans interruption, ils vont devoir revenir au lycée et tout recommencer. Il ne sera point question d’aller en vacances, au risque de louper la reprise illico des cours. Leurs cadets, les passants comme on les appelle, piaffent déjà d’impatience, ont des fourmis dans les jambes, pour être en classe de terminale. Des « bataillons » formés par des seuls redoublants, comme les membres du gouvernement, peuvent être envisagés. Mais cette option générera des charges supplétives, financières et organisationnelles, pour ceux qui vont l’expérimenter.

Bien sûr, toutes ces tracasseries financières et administratives n’ont même pas effleuré l’esprit du Premier ministre Christian Ntsay. Il annonce le retour à l’ancien système avec qui « nous n’avons pas eu des problèmes », soutient-il. Il a, peut-être, oublié le taux élevé de l’abandon scolaire dès la sortie du cycle du primaire. Pour diverses raisons, entre autres la pauvreté en milieu rural et urbain. Des écoliers sont plus « rentables » comme main-d’œuvre directe, en travaillant pour subvenir aux besoins de leurs familles, estiment bien des parents, pris à la gorge par les difficultés existentielles. Leurs progénitures sont leurs seules richesses. Comme le laisse entendre un proverbe malgache bien connu. « Ny zanaka no harena ». Dans la plupart des cas, ils en ont beaucoup. Sans se soucier des régulations de naissance, souhaitées par Richard Randriamandrato, ministre des Finances, du budget et de l’économie. Une fausse bonne-idée pour mieux repartir les fruits de la croissance économique. Dérisoire et famélique qu’elle est. Rapportée à l’essor démographique.

Mais des failles dans les rouages de l’éducation nationale ont aussi contribué à ces « fuites de cerveau ». Au sens péjoratif de l’expression. D’où l’idée de proposer de nouvelles orientations et d’exploiter d’autres pistes de pensée. Dans le creuset de cette ardeur de corriger les erreurs du passé, le PSE a pris forme. Avec l’appui des bailleurs de fonds. Ce retour en arrière n’augure rien d’exceptionnel et peut avoir une connotation ethnique. Des enseignants des Hautsplateaux l’ont défendu sur la base d’arguments plus superficiels que pédagogiques. Craignant une brusque riposte de leur part, ils peuvent sécher les cours à tout moment, ou boycotter les corrections des feuilles d’examen, comme à leur habitude. Le gouvernement a fini par abonder dans le sens de leurs caprices.

Tout va se compliquer pour septembre. Par de nouvelles hausses programmées des prix du carburant. La trêve obtenue de haute lutte par Andry Rajoelina, des baisses symboliques et insignifiantes à l’échelle de l’économie nationale, auprès des pétroliers qui ont accepté de faire « contre mauvaise fortune, bon cœur », n’aura pas de suite en faveur des automobilistes. Et pour rattraper le temps perdu, les majorations inévitables des prix à la pompe risquent, cette fois-ci, d’être bien salées.

Vonjy Andriamanga, ministre de l’ Énergie, des hydrocarbures et de l’eau, qui n’a pas pu modifier le différentiel des coûts du carburant, de l’achat du brut sur le marché international aux prix de vente aux consommateurs finaux, au bout du rouleau, n’a d’autre choix que de revenir aux fondamentaux. L’application de la vérité des prix. Et le « rejet » de la subvention de quelque nature qu’elle soit. Au grand bonheur des partenaires financiers. Mais au détriment du populisme présidentiel. Andry Rajoelina a toujours cru au miracle. Mais sur le commerce de l’or noir, tout est plutôt clair. Et sans équivoque. Les prestidigitations n’étonnent personne.