#3 Actualites Interview

Général Richard Rakotonirina – « L’armée, en pleine restructuration »

La grande muette s’engage dans une réforme suivant la nouvelle orientation de défense et de sécurité prévue dans la politique générale de l’État, explique le général Richard Rakotonirina, ministre de la Défense nationale. L’armée s’engage donc, dans des missions de sécurité intérieure de manière durable. D’ici la fin de l’année, le but est la pérennisation de la sécurité. À l’occasion de l’interview qu’il a accordé à l’Hebdo de Madagascar, l’officier général a donné quelques idées sur le dispositif de sécurité qui serait mis en place durant le séjour du Pape François.

La visite du Pape François sera probablement le plus grand événement de cette année. Le dispositif de sécurité à déployer sera de quelle envergure ?

Général Richard Rakotonirina. Comme vous le dites, la visite du Saint Père sera le plus grand événement majeur de cette année. Cela veut dire que l’image de Madagascar est mature sur la scène internationale, sur le pays peut accueillir la visite de l’une des personnalités les plus importantes au monde. S’il a décidé de venir chez nous, c’est qu’il a confiance pour sa sécurité. Dans ce sens, toutes les mesures de sécurité ont été prises pour faire en sorte que tout se passe bien durant son séjour.

Pourriez-vous nous en dire plus ?

Comme il s’agit d’un sujet délicat, je ne peux pas révéler tous les détails du dispositif mis en place. Ce sera, toutefois, un dispositif exceptionnel. Tous les moyens à notre disposition, autant les moyens humains, que matériels seront mises à contribution, même les aéronefs.

La presse a rapporté qu’il y aurait environ dix mille éléments des trois entités au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS), qui seront déployés. Est-ce le cas ?

Ce sera effectivement, le cas. Comme je l’ai dit, nous allons concentrer tous les moyens pour la sécurisation de cette visite du Pape. Les estimations avancent que le nombre de personnes qui viendront assister à cet événement avoisinera le million, il y aura donc, un gros travail de gestion des flux, de sécurisation de la personnalité et de sa délégation, la sécurité des citoyens, du site où se déroulera la grande messe, mais aussi, les endroits que le SaintPère va visiter. Cela commence dès le départ des personnes qui viennent des provinces pour prendre part à ce rendez-vous.

En parlant de gestion de foule, nous avons connu des expériences malheureuses, dont récemment, le 26 juin, où il y a eu une bousculade meurtrière, à Mahamasina. Il y a, également, eu le retour des Barea qui ne s’est pas du tout passé comme prévu.

Certes, il y a eu des événements malheureux, mais il y a des retours d’expérience. Les Forces de défense et de sécurité en ont tiré les leçons nécessaires. Je peux vous assurer que toutes les mesures seront prises pour que tout se passe sans encombre. Il y aura, également, une collaboration étroite avec l’église catholique qui participe à l’encadrement des fidèles.

Sur un autre sujet, les grands responsables de l’armée ont effectué un rapport d’activités du semestre. Quels sont les acquis des six derniers mois ?

La majorité des premiers responsables au sein de l’armée ont été nommés cette année. Cette grande réunion a été l’occasion d’aborder de vive voix avec eux la voie à suivre, comme ce que prévoit la Politique générale de l’État (PGE), sur le rôle de l’armée. Sa participation dans le rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État, le renforcement de l’équipement pour améliorer son efficience ont été abordé. Il y a, aussi, le grand chantier dans lequel s’engage l’armée, aujourd’hui, comme le redressement de l’armée de l’air qui s’est vue doter de nouveaux aéronefs, l’amélioration de l’armée de terre et le lancement de la nouvelle stratégie qui est la mise en place des Dispositifs permanents rénovés de sécurité (DPRS).

Pourriez-vous nous donner une idée de ce que seront ces dispositifs permanents ?

Ils prendront le relais des missions de sécurisation dans le cadre des Zones rurales prioritaires de sécurité (ZRPS), qui ont été chargées de ramener le niveau d’insécurité à un seuil tolérable. Des bases opérationnelles avancées seront alors, mises en place dans les ZRPS, par exemple, à Tsaratanana, Morafenobe, Ankilizato, Ambatofinandrahana, ou Iakora. Ces bases pourront accueillir l’équivalent d’une compagnie et disposeront d’un héliport. Les Zones maritimes prioritaires d’intervention (ZMPI), notamment, dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, en font, également, partie. Les DPRS auront une mission de dissuasion et d’intervention. Bref, nous sommes en pleine restructuration de la forme de l’armée.

Quel visage l’armée aura-t-elle donc, après cette restructuration ?

Nous avons déjà un aperçu avec la renaissance de l’armée de l’air. Les nouvelles flottes d’aéronef impliquent une grande réorganisation. Il faudra mettre en place des escadrilles pour les différents appareils, pour la maintenance, établir une nouvelle base aux normes. Nous avons déjà relancé l’école de pilotage. Nous allons, aussi, remanier l’armée de terre, suivant la politique de défense voulue par l’État. Il y aura la création de forces spéciales, de nouveaux régiments d’intervention. La raison est que la probabilité pour que nous soyons en conflit avec un ennemi extérieur est infime. Nous devons, toutefois, nous concentrer sur la sécurité intérieure. L’armée a la responsabilité de protéger la population.

Qu’est-ce ce que cela implique ?

Cela a amené à un nouveau concept d’emploi des Forces armées. Les « dahalo  », et autres bandits ne sont, pourtant, pas des ennemis, puisqu’ils sont, également, des citoyens malgaches. Ce sont donc, des adversaires qui, par des actes de banditisme avec un haut degré de violence, déstabilisent certaines régions, notamment, les zones rurales. Il s’agit donc, de réduire ce degré de violence, particulièrement, dans les localités rurales pour que la population puisse vivre et travailler dans la quiétude. Outre les DPRS, des actions civilomilitaires prendront, également, le relais des interventions armées et le retour de l’autorité de l’État, par une reprise en main par les autorités civiles.

Y a-t-il un deadline prévu pour terminer cette restructuration de l’armée ?

Cela se fera petit à petit. En tout cas, la restructuration est déjà en marche. Par le biais des ZRPS, il y a déjà un redéploiement des éléments dans tout le pays. Pareillement, pour les équipements. La pose des premières pierres pour les bases opérationnelles avancées sera faite d’ici quelques semaines. La mise en place des Dispositifs permanents rénovés de sécurité veut dire que le niveau d’insécurité est revenu à un seuil acceptable.

Concernant les ZRPS, quel est le mandat des missions de sécurisation ?Les militaires, peuvent-ils procéder à des arrestations ?

Le mandat des ZRPS est de protéger la population contre les actes des « dahalo ». Lorsqu’ils répondent aux appels au secours de la population, il peut y avoir des affrontements causant des décès dans le camp des militaires ou des bandits. Ils peuvent, par ailleurs, procéder à des arrestations durant leur intervention s’il y a flagrant délit et remettent les personnes interpellées à la gendarmerie nationale le plus proche. Pour faciliter les enquêtes, des détachements de la gendarmerie en tant qu’officiers de police judiciaire (OPJ), seront rattachés au commandement des ZRPS.

Les médias rapportent les complaintes des familles qui affirment que leurs proches auraient été confondus avec des « dahalo », et sont décédés à la suite d’une intervention. Comment les bandits sont-ils identifiés lors des interventions sur terrain ?

Dans la plupart des cas, les renseignements sont donnés par la population locale. Les militaires, du reste, ne mènent pas d’expéditions isolées. Les actions sont déclenchées par des alertes, des appels au secours d’habitants attaqués ou harcelés par les « dahalo ». Dans la plupart des expéditions, les militaires sont accompagnés par des membres de la communauté. Ce qui est triste est que les bandits ont, également, des taupes au sein de la communauté. Ces derniers leur fournissent des informations nécessaires à leurs attaques. Ce sont les habitants, aussi, lorsqu’ils parviennent à identifier les informateurs des « dahalo », qui les dénoncent aux militaires.

La restructuration de l’armée devrait donc, avoir des conséquences sur la formation.

C’est certain. Il y a un retour d’expérience. Ce que nous faisons, actuellement, est proche des missions de maintien de la paix. Une formation adéquate pour ce genre de situation est nécessaire. Comme, par exemple, à l’École d’État major, la planification des opérations de sécurisation fait partie du programme à enseigner

. Qu’en est-il de la coopération internationale face à cette réforme de l’armée ?

La coopération internationale concernera surtout, la sécurité maritime. Les États-Unis, notamment, nous appuieront grandement dans le cadre de la mise en place d’une chaîne sémaphorique qui consiste à identifier les mouvements des navires douteux. Nous avons, également, une coopération régionale avec l’Union européenne dans le cadre du Centre régional de fusion des informations maritimes (CRFIM). Il y a, par ailleurs, une coopération opérationnelle avec la France, par le biais des Forces armées de la zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI). Nous faisons ensemble des manœuvres en mer, il y a, également, des transferts de compétence. Il y a, aussi, des coopérations structurelles. En somme, l’armée coopère avec plusieurs pays.

Les forces navales, justement, semblent être laissés pour compte. Qu’adviendra-t-il de la marine ?

Au contraire, la sécurité maritime est une priorité. La première raison est que nous avons plus de cinq mille kilomètres de côtes. Deuxièmement, il y a de plus en plus de circulation de navire dans l’océan Indien. Il y a ceux qui sont identifiés et il y a ceux qui naviguent clandestinement et s’adonnent à des exploitations et commerces illicites de nos ressources halieutiques. Nous devons verrouiller nos côtes et notre territoire maritime par le biais de la collecte d’informations que fait le CRFIM, par l’identification et l’intervention faite par la marine nationale, même si nous n’avons pas beaucoup de bateaux.

Justement, les forces navales n’ont pratiquement pas d’équipement.

C’est là qu’entre en jeu la restructuration. C’est pour cela que nous avons mis en place la zone maritime prioritaire d’intervention Est et Ouest. La marine a, effectivement, besoin de beaucoup d’infrastructures et d’équipements. Nous sommes en train d’étudier tout cela. En attendant, il nous faut être efficient avec les moyens disponibles. Il est à souligner que cette restructuration entre dans le cadre de la Réforme du système sécurité (RSS).

Le gouvernement a été reconduit sur la base d’un contrat programme d’un an. Pour les six prochains mois, quel est l’objectif de votre département ?

L’objectif pour les six prochains mois est la mise en place totale des Dispositifs permanents rénovés de sécurité. Augmenter la capacité d’intervention des militaires, la mobilité des ZRPS puisqu’il y a déjà les nouvelles voitures à leur disposition, les aéronefs. Notre but, actuellement, est la pérennisation de la sécurité pour que la vie de la population revienne à la normale dans les localités classées zones rouges, actuellement.