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Assemblée nationale – Les députés vindicatifs

La lecture de la lettre de politique générale de l’État a frustré les députés. Formalité exigée du Premier ministre lors de l’entrée en fonction d’un gouvernement nouvellement formé elle a occasionné des réactions hors contexte. Des localités ne sont pas incluses dans les préoccupations gouvernementales.

G rande surprise. Le Premier ministre Christian Ntsay est devenu, malgré lui et sans le vouloir, témoin des difficultés sociales réelles dans plusieurs localités du pays. C’est à l’issue de sa lecture de la lettre de politique générale de l’État qu’il s’est retrouvé face à des députés insuffisamment satisfaits. La politique générale de l’État fait mention de certaines localités où des initiatives étatiques seront mises en œuvre, tandis que d’autres sont omises. Les députés issus de la plateforme soutenant le Président de la République Andry Rajoelina, ont pris le Premier ministre au dépourvu, rappelant à celui-ci « les promesses présidentielles qui doivent être incluses dans la PGE pour répondre aux besoins de la population au niveau local ».

Confusions

Au lieu de décrire l’axe global des interventions du gouvernement dans l’amélioration des conditions de vie, la politique générale de l’État a divisé en deux camps les représentants du peuple. Les uns invoquent les projets promis par le président Andry Rajoelina et les autres remercient le Premier ministre Christian Ntsay pour avoir priorisé leurs circonscriptions d’origine dans la lettre de politique générale de l’État. L’Exécutif bicéphale commence à entrer en faceà-face avec une Chambre basse dont les membres ne ménagent plus les mots pour énoncer les problèmes focaux du peuple.

S’agissant, cependant, d’une session extraordinaire à l’ordre du jour de laquelle la présentation de la politique générale de l’État est inscrite, les députés sont allés vite dans leur exigence de la réalisation des promesses présidentielles. Christine Razanamahasoa, présidente de la Chambre basse, est, elle aussi, descendue du perchoir pour pouvoir dire au micro les attentes de la population de sa circonscription par rapport à des infrastructures à construire. La politique générale de l’État est approuvée mais incomprise car, pendant toute la journée consacrée à sa lecture, suivie de la longue série de questions devant s’y rapporter, les députés n’ont pas posé de questions sur la PGE. Ils ont plutôt demandé tout ce qui n’y est pas inscrit. Fort de la satisfaction personnelle d’avoir accompli ce que lui exige la Constitution, le Premier ministre Christian Ntsay n’a pas prévu le désintérêt manifeste de la majorité des députés par rapport au contenu de la lettre de politique générale de l’État.

Au lieu d’occasionner un débat exclusif sur la PGE, l’intervention du Premier ministre est suivie d’un interrogatoire qui n’est pas à son avantage. À l’allure où vont les choses, les députés ont anticipé la nécessité de résoudre les problèmes qui touchent le quotidien de la population. La PGE lue à l’Assemblée est pourtant perçue comme l’accomplissement d’un simple formalisme. Elle n’a pas suscité la moindre demande d’explication sur l’ordre de priorités que le nouveau gouvernement va accorder à toutes les difficultés structurelles qui empêchent le développement du pays. L’Initiative pour l’Emergence de Madagascar, le programme pour lequel tous les députés qui soutiennent le président Andry Rajoelina sont élus, commence à ne plus être pris en compte dans sa forme initiale et dans son fond original. Après une séance qui n’a pris fin que dans la soirée, sans qu’une pause-déjeuner n’ait été prévue, le Premier ministre doit se préparer à répondre des actions gouvernementales lors de la session ordinaire de l’Assemblée nationale en octobre, une session budgétaire où des avantages propres aux députés pourront être discutés.

Interpellateurs

Les députés parmi lesquels se trouvent d’anciens ministres du premier gouvernement Ntsay comme Johasy Eléonore, Jean Brunelle Razafitsiandraofa ou Christine Razanamahasoa, ont l’avantage de connaître le travail gouvernemental maintenant qu’ils sont parlementaires. Après la séance marquée par l’acharnement des députés sur l’action du gouvernement et certains de ses membres, l’équipe de Christian Ntsay doit être prudente car la Constitution prévoit le mécanisme de vote de confiance que les députés peuvent opérer à leur encontre.Traditionnellement les députés soutenant un Président de la République se taisent à l’Assemblée ou s’adonnent à des éloges. Une ère actuellement révolue. La présidente de la Chambre basse Christine Razanamahasoa a déjà promis une « revalorisation de l’Assemblée Nationale ». À sa prise de fonction, elle a averti que l’Assemblée aller effectivement contrôler l’action gouvernementale. Sitôt dit, sitôt fait. Sauf que les députés se sont trompés d’occasion car un gouvernement qui va se mettre au travail et qui présente sa politique, ne doit pas encore être jugé des faits – actes, paroles ou promesses – dont il n’est pas responsable. C’est au président Andry Rajoelina que les députés doivent réclamer la réalisation des promesses présidentielles, or aucun mécanisme n’est prévu à cet effet par la Constitution. Ce que le texte fondamental prévoit, c’est la pratique selon laquelle le président de la République charge un gouvernement d’accomplir une politique. Même si elle n’a pas occasionné de questions pertinentes de la part des députés, la politique générale de l’État proposée par le Premier ministre Christian Ntsay, prévoit des engagements étatiques. Ces engagements portent sur des chantiers d’aménagement ou des projets qui sont soutenus financièrement par des bailleurs de fonds et ils concernent l’agriculture, l’élevage et la pêche. Dans sa lecture au début de la séance, le Premier ministre a nommément cité les localités bénéficiaires de ces engagements étatiques et il a évoqué tous les axes routiers dans tout Madagascar où réfection et réhabilitation auront lieu. La construction des infrastructures, à part les projets phares présidentiels, Miami et Tanamasoandro, a marqué le développement du contenu de la politique générale de l’État.

Dans leurs réactions après la lecture, les députés ont interpellé principalement des ministres, dont deux concernés ont été absents lors de l’occasion unique de présentation de la lettre de PGE à l’Assemblée nationale.