Grand Angle

Design – Le Zafimaniry ciselle le bois

Un savoir-faire ancestral de toute une communauté, l’art du Zafimaniry évolue au rythme du temps et étend sa renommée aux quatre coins du globe pour devenir un design à part entière. Le travail des designers contribue à faire fructifier davantage ce style unique en son genre

Les Zafimaniry sont, avant tout, une communauté située dans la partie sud-est de Madagascar. Depuis des générations, les forestiers, charpentiers et artisans Zafimaniry ont développé autour du bois un ensemble de connaissances et savoir-faire. Cette tradition artisanale évoque le rôle central du bois dans tous les aspects de la vie et aussi de la mort.

Une chaise à allure impériale

Créativité
Les constructions et les objets de la vie quotidienne témoignent la maîtrise de la foresterie et de la sculpture sur bois. Pratiquement toutes les surfaces en bois sont richement travaillées sur les murs, les fenêtres, les poteaux, les poutres, les tabourets, les coffres, les outils et autres. Les Zafimaniry utilisent vingt espèces d’arbres endémiques, adaptées chacune à un type de construction ou à une fonction décorative spécifique. Les maisons et les tombeaux sont assemblés exclusivement par la technique traditionnelle du tenon et de la mortaise, sans clou ni charnière ni autre pièce métallique. Les greniers traditionnels, perchés sur des piliers ronds, sont une particularité du paysage de montagne. Les motifs géométriques ont chacun leur signification. Si le nombre de motifs est limité, la créativité des artisans est telle qu’il n’existe pas deux objets identiques. La richesse symbolique de ces motifs est l’expression des croyances et valeurs des Zafimaniry.

Un modèle modulable
composé de série
de pièces pour rangement

Le design produit de bons impacts
Le design n’est pas une nouveauté. On trouve les designers lors des conceptions d’un produit pour qu’ils attirent les yeux et les cœurs des clients. Le design est surtout une attitude qui permet de créer et d’apporter une touche différente par rapport au quotidien. « Le design est surtout une attitude », affirme Dina Nomena Andriarimanjaka, un des étudiants de la première promotion à l’Iscam.
Les designers ne se limitent pas à la décoration, mais surtout ouvrent un marché ; pour le designer concerné, lui-même, mais surtout pour le style en général.
« Peu d’individu ont la maîtrise de design or il est nécessaire pour le développement de l’artisanat, de l’industrie ou d’une entreprise à vocation commerciale. Nous avons alors eu l’idée de créer la filière master design il y deux ans. Des experts européens ont formé les jeunes designers dans leur parcours. Des experts en gestion et en marketing ont aussi participé à la formation pour leur apprendre la gestion, le marketing. Il faut avoir un bac+3 et un esprit créatif pour pouvoir accéder à la formation en design », déclare le responsable marketing à l’Iscam, Institut supérieur de la communication, des affaires et du management.
« Avant d’intégrer le master design, je pensais qu’il suffisait de donner forme à une idée à travers des croquis pour être designer. Et pourtant, c’était une vision superficielle du design. Heureusement, mon engouement pour la philosophie complexe d’Edgar Morin m’a aidé à vite saisir ce qu’est le design. C’est une discipline à la croisée de toutes les autres disciplines. Le design permet d’avoir une vision à 360° d’un problème. Pour ce qui est de l’impact social, il faut noter que la pensée design est la conciliation entre 3 volets : faisabilité, désirabilité et viabilité ; entre technologie, valeurs humaines et business. J’ai toujours considéré le design comme une trinité. Ne relève pas du design tout ce qui ne prend pas en considération ces 3 volets », précise Dominique Rasanjison.

Zafimaniry en design

En raison de la déforestation, le patrimoine Zafimaniry est voué à s’éteindre. Donc, j’avais comme une obligation de trouver une idée pour préserver ce patrimoine culturel qui s’inscrit comme patrimoine de l’Unesco. J’ai effectué une immersion à Antoetra se situant à 40 km d’Ambositra dans la région Amoron’i Mania avec le maire d’Antoetra qui m’a fait découvrir son village et ses habitants. J’ai découvert qu’il y a au moins une vingtaine de motifs Zafimaniry que nous ne connaissons pas forcement, et que la majorité des gens ont tendance à associer avec la marqueterie alors que cela n’a rien à voir. C’est de la sculpture sur bois. C’est de la gravure sur bois. J’ai effectué des analyses des lieux, de l’intérieur et du mode de vie. L’intérieur est constitué d’une pièce unique, fonctionnelle, dans le sens où ils travaillent là où ils reçoivent les invités, un lieu de repos et un lieu de travail et de réception. Je me suis dit que nous pouvons nous réapproprier nos cultures profondes avec une approche beaucoup plus contemporaine. C’est surtout ces exigences qui m’ont poussé à développer le « zafimaniry art de vivre » à base de produits emblématiques zafimaniry mais en interprétant autrement, avec une recherche de matériaux. Il faudrait trouver des bois à repousse rapide. En prototype, j’ai choisi du pin mais on applique de la peinture acrylique et de la cire, afin d’être au plus près de l’identité Zafimaniry, sans rompre avec le savoir-faire Zafimaniry. Trouver d’autres motifs comme le « Rarivolo », du bambou tressé qui signifie l’égalité entre les époux, le zig zag, le katrak’ala signifiant un vœu de prospérité dans tout évènement. Entre la céramique, le fauteuil emblématique zafimaniry, et une étagère, il y a une innovation. La maison Zafimaniry appelée « Tranomena », démontable entièrement pour être transportée partout du jour au lendemain m’a inspiré, et j’ai créé une étagère qui est démontable même si les bois sont encore frais.

 

Parcours d’un designer

Dominique Rasanjison, né le 13 septembre 1988 à Antsirabe, a eu un parcours comme tout le monde. Après le bac série C, il a eu sa maîtrise en droit des affaires en 2010 à l’Université d’Antananarivo. Il travaille en tant que Content manager pour des entreprises françaises depuis huit ans. Créatif dans l’âme, il transforme les compas de prof en lampe. Il dessinait des croquis de meubles et des croquis de mode. Pour devenir designer, il faut intégrer une école de design. Il se prépara justement à partir pour l’étranger pour intégrer une école de design. Et par le plus grand des hasards, le master design et innovation fut créé en 2016. Il a sauté sur l’occasion. Devenir designer afin d’insuffler la note d’excellence et la touche de raffinement que mérite le paysage esthétique, artistique et industriel malgache est son objectif principal.

Pièces en céramique dont les motifs en disent long se résumant « simples mais pérennes »

Par Ricky Ramanan & Mamisoa Antonina
Photos Claude Rakotobe, Dominique Rasanjison