Actualites Politique

Négociation : Les Iles Éparses selon Raymond Ranjeva

Il existe toujours un différend sur la question de souveraineté. Le départ prématuré de Raymond Ranjeva lors de la réunion de la Commission mixte du 18 novembre n’a pas de rapport avec les discussions qui se sont tenues, a-t-on affirmé sur place. Le geste traduit toutefois la forte personnalité qu’on lui reconnaît

E n cette matinée du 18 novembre 2019, tous les regards sont sur lui. Dans cette immense salle d’apparât du palais d’Andafiavaratra, là même où Rainilaiarivony exerçait ses fonctions de premier Ministre, le professeur Raymond Ranjeva est debout, parmi les douze membres qui composent la Commission mixte Franco-malgache, chargé d’étudier la question des îles éparses, territoires que réclame Madagascar aux Français depuis les années 70. La charge symbolique est forte. « Premier ministre aux pleins pouvoir de juillet 1864 à septembre 1895, Rainilaiarivony a été, longtemps, l’ultime obstacle aux ambitions coloniales de la France à Madagascar », souligne dans une de ses chroniques notre collègue Vanf. Plus d’un siècle plus tard, revoilà un Premier ministre, Christian Ntsay, mandaté par le président de la République Andry Rajoelina, pour diriger la délégation malgache face aux Français, sur les lieux. Et dans ses rangs donc, Raymond Ranjeva, dont la nomination en conseil des ministres en tant que membre de la délégation malgache, a été saluée avec enthousiasme par l’opinion publique. Car on connaît l’homme, sans concession lorsqu’il s’agit de justice, de paix, et surtout de souveraineté nationale. Le ton péremptoire employé lors de l’interview accordée au journal Jeune Afrique au début de ce mois, en témoigne: « le problème juridique des îles éparses est clos ». Il est un peu en retrait par rapport au Premier ministre Christian Ntsay, se fait un peu discret, malgré les projecteurs et les flashs des photographes braqués sur lui. Il est vrai qu’au moment de briser la glace, ce sont surtout les chefs de délégation que l’on verra discuter entre eux. De la réunion, rien n’aura filtré, excepté le communiqué rédigé conjointement et distribué à toutes les salles de rédaction. Les deux délégations se sont mises d’accord sur au moins deux choses: il existe toujours un point de désaccord sur la question de souveraineté, et les deux parties se reverront pour la prochaine réunion à Paris. Raymond Ranjeva l’avait déjà déclaré pourtant, « une cogestion franco-malgache des îles éparses est « un non-sujet ». Suite à la résolution 34/91 de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies, Raymond Ranjeva et son équipe, rappelle encore Jeune Afrique, ont obtenu en 1979 le vote du texte qui demandait au gouvernement français d’entamer « sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles, qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar ». Du communiqué laconique, il ne transparaîtra rien de l’ambiance de la rencontre. Sur place, de l’extérieur, on verra toutefois Raymond Ranjeva être le seul à sortir prendre un peu l’air, discuter au téléphone. Vers le milieu de la matinée, sa femme arrivera en voiture. On comprendra pourquoi quelques heures plus tard lorsque l’éminent juriste international partira avec celle-ci, quittant définitivement la réunion. Ils devaient prendre un vol, a-t-on indiqué. Que ce soit dans le milieu du droit, chez les étudiants où il fait figure de référence absolue, parmi ses pairs juristes, dans le monde de l’enseignement, chez ses pairs académiciens, ou encore chez les journalistes, l’érudition de Raymond Ranjeva, son intransigeance aussi, est incontestée . « C’est vrai, j’ai quelques appréhensions lorsque je vais l’ interviewer » , raconte un collègue. « Il oublie quelque fois que ses interlocuteurs n’ont pas tous son niveau de connaissance. Il est pourtant très exigeant lorsqu’il s’agit de rendre compte ses propos et n’admet aucune mésinterprétation ». R a y m o n d Ranjeva n’a pas accordé d’interview à son départ du palais du Premier ministre. Sa présence, la charge symbolique de l’homme pèsera toutefois sur la rencontre jusqu’à la fin. Issu d’une famille d’intellectuels, de l’élite tananarivienne, fils de la noblesse d’Avaradrano, descendant de Raombana, premier historien Malgache, le professeur Raymond Ranjeva est dans la droite ligne de l’Histoire. Pour cet ancien juge international, ayant siégé deux fois au sein de la cour international de justice, conférencier à l’académie de droit international de la Haye pendant dix ans, consulté sur différents sujets dans différents domaines, il existe au moins une certitude: « Ces îles ont un nom officiel: Iles malgaches de l’océan Indien ». Aux alentours du palais d’Andafiavaratra, des membres du mouvement Vonjy Aina, que Raymond Ranjeva avait initié lors de la Transition, ont été aperçus. En quittant le palais, le professeur a eu un geste en leur direction, joignant ses deux bras levés au dessus de sa tête, comme un signe de support, d’optimisme, d’encouragement.