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Droits de l’enfant : Les misérables en version originale

Malgré les efforts menés, la situation de l’enfant à Madagascar est préoccupante. Les constats donnent des frissons

A ssise par terre, Finoana martèle deux cailloux au rythme des syllabes et des mots qu’elle prononce. Elle joue au « kitantara ». Elle rapporte une scène de ménage dans lequel une femme reproche à son mari d’avoir bu alors qu’il n’y a rien à manger. Les répliques sont vulgaires voire grossières. « Finoana, c’est ton tour ». Cette phrase a interrompu le monde imaginaire de cette fille de douze ans. Elle doit puiser de l’eau. Ainée d’une fratrie de six enfants, Finoana est vêtue de haillons. Ses cheveux roux témoignent des carenches dans les aliments qu’elle mange. Elle ne sait ni lire ni écrire mais elle est incollable en calcul. Elle doit aider ses parents aux corvées d’eau. Du matin au soir, elle assure l’approvisionnement en eau d’une dizaine de ménages. Ainsi, elle doit livrer une trentaine de bidons jaunes dans une distance d’au moins cent mètres. Finoana habite à Andavamamba. Il y a des centaines d’enfants comme elle dans le quartier. Invisibles et exclus, ces enfants grandissent dans des conditions inimaginables.

Efforts

Sur le plan national, les constats donnent le frisson. « Neuf enfants sur dix ne jouissent pas de leurs droits », regrette Fanja Saholiarisoa, responsable de la communication d’UNICEF. Les résultats de l’enquête Multiple Indicators Cluster Survey (MICS) réalisée en 2018 est sans appel. Dans le domaine de la santé, sur mille naissances vivantes, vingt-et-un décèdent au cours de leur premier mois de vie; quarante décèdent avant leur premier anniversaire et cinquante-neuf décèdent avant d’atteindre leur cinquième anniversaire. En matière de nutrition, la moitié des enfants de moins de cinq ans souffre d’un retard de croissance qui se manifeste par une taille trop faible par rapport à son âge. Quant à l’éducation, un enfant sur cinq âgé de 6 à 10 ans et un enfant sur trois âgé de 11 à 14 ans ne sont pas scolarisés. Par ailleurs, un enfant âgé de 5 à 17 ans sur deux est déjà engagé dans un travail quelconque.

Madagascar a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant (CIDE) en 1991. Des structures ont été mises en place, des lois ont été promulguées, des millions de dollars ont été injectés, des projets et programmes ont été mis en œuvre pourtant, la situation des enfants est préoccupante. « Des efforts ont été consentis depuis vingthuit ans mais les défis à relever sont énormes », conclut Fanja Saholiarisoa. 

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