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Crise de croissance

l es appréhensions ont été justifiées par les chiffres. Implacables et sans appel. Richard Randriamandrato, ministre des Finances, de l’économie et du budget, n’a pas l’étoffe requise pour conduire les réformes en profondeur attendues par le Plan d’émergence de Madagascar. Dans son projet de loi de finances 2020, le premier qu’il ait jamais élaboré, il a prévu un taux de croissance en termes réels du Produit intérieur brut, PIB, de 5,5%. L’expression consacrée en la matière. Quoiqu’en disent les « néophytes ». Une projection tout à fait dans les intervalles définis par les notes conjoncturelles sorties par la Banque Mondiale et par les déductions sur la situation macroéconomiques faites par la Banque centrale. Il reste à déterminer la croissance réelle. Quand cette embellie, somme toute relative, sera déduite du taux d’inflation. Cette prudence atteste aussi que le climat des « à faire » demeure un vaste chantier à achever. Le mauvais classement de Madagascar au Doing business consolide cette constatation. Richard Randriamandrato ne pouvait pas faire le fou et annoncer une progression à deux chiffres. Ou oser parier sur un bond de 7,5% en six mois, comme l’a fait le Premier ministre « importé », Roger Kolo, en 2014. Il a fait rire sous cape le commissaire européen au développement, Andris Pielbags, de passage pour tâter justement le pouls des dirigeants issus des élections marquant le retour à la démocratie à la fin 2013. Il était venu pour prendre contact avec ses nouveaux interlocuteurs, après la période trouble de la Transition. Comment un pays à peine convalescent d’un long et complexe conflit politique, ayant décimé et gangréné de nombreux secteurs économiques de premier plan, pouvait-il réaliser un tel exploit ? Même les dragons asiatiques, durant les années de leur opulence, n’avaient pu atteindre un tel essor et un tel score en un seul semestre. D’ailleurs, cet indice se mesure sur une année et non pas en six mois. Une erreur fondamentale de la part de Roger Kolo. Le médecin de métier a fait un faux diagnostic. Richard Randriamandrato, dont les prestations sont épiées par les moniteurs des bailleurs de fonds, a évité de tomber dans le piège à cons. Qui consiste à satisfaire les urgences du présent, en avançant des statistiques erronées sur une science aussi exacte que précise. S’il a réussi à surpasser cet obstacle bien visible et évident, Richard Randriamandrato a été plus ou moins imprécis sur le comment faire pour cueillir ces 5%. Des mamelles nourricières comme l’industrie textile connaissent quelques difficultés à se tisser des mailles infaillibles aux aléas liés aux opérations d’import-export. Ici, les valeurs transactionnelles de l’ariary face aux devises fortes prennent une importance particulière. Une monnaie nationale faible rend compétitif les produits finis made in Madagascar sur le marché international. Mais accroît les coûts des importations des matières premières. Pour l’agriculture, le levier par excellence de tout essor économique, dont le rendement est tributaire des changements climatiques et handicapé par des facteurs endogènes, il est aléatoire d’émettre des pronostics sur le tonnage des récoltes à venir. Didier Ratsiraka a compris depuis longtemps que l’agriculture devait être le moteur de l’industrie. « Ny fambolena no manosika ny indostria », peut-on lire dans le « Boky Mena » ou « Livre Rouge ». Mais les usines construites, via les investissements à outrance, inaugurées en « grande pompe » comme il se doit, financées par des fonds venus de ses amis particuliers, par un manque évident d’étude de marché au préalable, ont périclité les unes après les autres. Par exemple, comment pouvait-il installer le Sumatex, Sud Madagascar textile à Toliara, alors que les conditions climatiques locales, sèches et arides, ne se prêtent guère à la culture du coton ? De même que Mamisoa et Lalasoa, installées à Ambatolampy, alors que la culture du soja, au sens propre et figuré, n’a pas pu s’implanter dans le Vakinankaratra. Mamisoa était une huilerie, Lalasoa, une productrice de jus en brick, tombées en ruines, ont été récupérées plus tard par Marc Ravalomanana. Pour la pêche, crabes, thons, crevettes, langoustes et autres fruits de mer s’exposent à une surexploitation pour répondre aux demandes pressantes et croissantes du marché asiatique en plein boom. Une situation alarmante à même d’épuiser les « stocks » existants. Des colloques, à titre d’illustration, ont été organisés pour sauver les crabes d’une soudaine et irréversible disparition. Des résolutions ont été publiées à grand renfort de publicité sous forme de communiqués dans la presse. Les principaux acteurs vont-ils? Aujourd’hui, les produits de rente, café, vanille, girofle, letchi, poivre ou baie rose, sont aussi confrontés à divers problèmes. Vieillissement des plantations, nonrespect de la date de l’ouverture de la campagne, concurrence des autres pays, insécurité persistante, instabilité des cours mondiaux… qui découragent souvent les producteurs. Mais qui arrangent les affaires des spéculateurs de tout poil. De leur côté, les exploitations minières sont appelées à contribuer davantage au PIB alors que la relance du tourisme commence à porter ses fruits. La barre des 500 000 visiteurs à l’horizon 2023 se présente comme un objectif réaliste avec les transformations en cours dans les grands aéroports et les nombreuses constructions hôtelières. Même dans la capitale, considérée comme une simple étape pour les touristes, plusieurs enseignes internationales s’implantent. Bref, Richard Randriamandrato a joué la carte de la continuité. Sans apporter une quelconque touche d’innovation. Pire, le taux de pression fiscale, rapporté au PIB, n’excédera les 11%. La faiblesse du cadrage macroéconomique n’a pas changé d’un iota. C’est même devenu une tangente de la courbe de croissance… 

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