#3 Actualites L'interview

Albert Ravelojaona : « La législation sur la Jirama sera modifiée »

Figure connue à la JIRAMA, Albert Ravelojaona y a déjà occupé la fonction  de directeur général adjoint en charge de l’électricité. Désigné cette fois-ci pour  occuper le poste de directeur général par intérim, il est le tout premier responsable au sein de la compagnie nationale chargée de l’eau et de l’électricité, à qui les questions ont été posées sur les problèmes actuels et les résolutions jusque-là prises.  Albert Ravelojaona a révélé au passage l’extension de la centrale à Mandraka  et la modification à venir de la loi de 1999 sur le secteur « électricité »

Quelles explications pouvez-vous apporter maintenant par rapport à l’accès à l’eau et à l’électricité qui s’est compliqué ces derniers temps ?

Les complications récentes sont dues à des accidents d’exploitation. L’accès à l’électricité se normalise en ce moment, le courant revient peu à peu et tous les efforts ont été déployés . Le problème de l’accès à l’eau est en cours de résolution au moment même où l’on parle et on peut vous citer le cas des stations de traitement du côté d’Amoron’Ankona pour assurer l’approvisionnement en eau de la partie Est de la capitale. Les travaux s’effectuent également face à la difficulté d’accès à l’eau dans le quartier de Faravohitra Ambony.

Et pourquoi les résidents de Faravohitra Ambony prévoient encore de se réunir en raison de ce problème d’accès à l’eau ?

Il est vrai qu’il y a eu pénurie d’eau. Dès le départ, la résolution du problème de l’eau sur les hauteurs dans la capitale a commencé au quartier d’Andafiavaratra pour finir par se poursuivre vers tous les quartiers en fonction de la baisse de l’altitude.

Comment justifiez-vous le concours de circonstances qui s’est établi entre le problème de l’eau et de l’électricité et le limogeage de six directeurs à la JIRAMA ?

Il n’y a aucune coïncidence. Dans la vie d’une entreprise, tout changement peut intervenir et le remplacement de certaines personnes à certains postes a été déjà une décision prévue indépendamment des désagréments ou coupures d’eau et d’électricité. Au cas par cas, on peut révéler la mutation du DERI vers un autre poste où en sa qualité de consultant il pourra se consacrer exclusivement dans la résolution du problème du réseau interconnecté. Par rapport au cas du Directeur Principal d’ Antananarivo, des réclamations fusaient de partout et même ici en interne au niveau de la JIRAMA . Ces personnes limogées sont reconverties dans d’autres fonctions au sein de la JIRAMA même.

Peut-on savoir les circonstances ayant conduit à votre consentement par rapport à votre nomination récente à la tête de la JIRAMA ?

Pendant cinq ans, j’étais mis sur la touche tandis que j’ai servi la JIRAMA . Sous la Transition, j’ai occupé le poste de directeur général en charge de l’électricité au niveau de la JIRAMA. Entretemps, je me suis engagé pour apporter mon expertise au service de l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar ou IEM car je ne vais pas nier le fait que je suis partisan de l’émergence de ce pays.

Avez-vous donc des projets à long terme pour mettre la JIRAMA sur la voie de l’émergence maintenant que vous êtes placé à la tête de la société ?

Tout à fait. Plusieurs projets avec des partenaires et bailleurs sont en gestation et en exécution . Concernant l’eau, un projet qui s’appelle Water Free est actuellement en négociation avec la Banque Européenne d’Investissement. D’autres projets s’agissant du domaine de l’électricité, comme le cas des barrages hydrauliques de Sahofika et Volobe existent et sont en cours. Dans le Sud, il existe également le projet de centrale fonctionnant au charbon. Ce sont des projets qui requièrent une qualité managériale du côté de la JIRAMA.

Votre qualité d’intérimaire à la direction générale de la JIRAMA n’est-elle pas une entrave à votre marge de manœuvres pour décider ?

On m’a donné le feu vert pour que j’avance dans la prise de décisions. Je ne peux rien dire par rapport à la limitation ou non dans la prise d’initiatives. Ce que je peux vous avouer, c’est qu’avant ma nomination pour être directeur général par intérim, j’ai déposé ma candidature lors du lancement du recrutement d’un nouveau directeur général pour la JIRAMA.

Que diriez-vous de l’affaire de réduction unilatérale d’arriérés dans laquelle vous êtes impliqué car cette réduction était au profit d’une entreprise privée débitrice envers la JIRAMA ?

Je me suis étonné de cette révélation erronée qui a été véhiculée. Un dicton dit que « L’on ne peut pas mesurer l’arbre tant qu’il est debout mais on peut seulement le mesurer lorsqu’il est abattu ». J’y vois des machinations ayant pour but de porter atteinte à ma personne. Sur la base de preuves, on a agi en présence et par l’intermédiaire d’un huissier dans la constatation de ce que l’entreprise en cause doit payer à la JIRAMA. L’ajustement de la créance s’est fait en considération du temps à partir duquel doit courir le moment permettant de calculer tout ce que cette entreprise doit à la JIRAMA.

Qu’en est-il de cette « eau non potable » à fournir aux usagers car vous êtes la toute première personne l’ayant évoquée ?

A Ampasika pas loin du point, des forages permettent d’obtenir de l’eau en ce moment. Cette eau est directement distribuée aux gens, gratuitement. L’eau ainsi obtenue est utilisable pour les besoins quotidiens. S’agissant de l’eau traitée au prix normal de 4 ariary par litre, c’est l’eau que l’on obtient à partir du robinet chez soi.

Pouvez-vous nous apporter des éclaircissements par rapport aux solutions urgentes récemment annoncées par le Chef de l’Etat ?

Le Chef de l’Etat travaille étroitement avec la JIRAMA. Il ne néglige pas du tout la JIRAMA car il s’engage personnellement à prendre en considération la résolution des problèmes de l’eau et de l’électricité.

Si le Chef de l’Etat réussit à intervenir en donnant une grande importance à la JIRAMA, quel obstacle y-a-t-il pour qu’un véritable DG de la JIRAMA ne soit pas encore nommé ?

Il faut revenir au processus à partir duquel s’est déclenchée la procédure de sélection des candidats au poste de DG. Le consultant en charge de la sélection des dossiers des candidats a fini son travail. Le ministre à l’époque a opté pour le recrutement par voie de concours à travers un cabinet indépendant. En terminant sa tâche, le consultant envoie le nom des candidats sélectionnés au ministère de tutelle et au conseil d’Administration de la JIRAMA. On attend également l’avis de la Banque mondiale.

Mais à qui appartient le dernier mot dans la nomination du DG pour la JIRAMA ?

Le consultant chargé du recrutement a présenté des noms. Maintenant il appartient au Conseil d’Administration de la JIRAMA, au ministère en charge de l’Energie et à la Présidence de la République de décider. La Banque mondiale est également concernée car le recrutement du DG par voie de concours est aussi une idée émanant de la Banque mondiale qui se propose également de réorganiser la JIRAMA.

Et qu’adviendra-t-il des subventions allouées par l’Etat à la JIRAMA critiquées un peu partout ?

Les critiques sont les bienvenues et permettent d’évoluer. Des solutions existent pour faire face à la difficulté de trésorerie de la JIRAMA. Il faut comprendre que les subventions sont maintenant affectées dans l’achat de carburants et de productions énergétiques auprès des fournisseurs.

À quand la renégociation maintes fois rappelée des contrats dont parmi eux se trouvent ceux qui ne sont pas à l’avantage de la JIRAMA ?

I n’y a pas de résiliation en perspective car on est toujours sur le chemin de la négociation. Négocier, c’est là le point auquel une importance est prêtée.

À quel stade se trouve le projet d’importation de carburants depuis que la JIRAMA est autorisée à importer le fuel qu’elle utilise ?

Tout est en cours et le ministère concerné traite les dossiers. L’importation doit prendre effet à partir du mois de Janvier. Il faut penser aux infrastructures d’accueil de ce carburant directement importé car jusque-là, la réalité nous montre que la Logistique Pétrolière gère les quantités de carburants débarquant à Madagascar. L’appel d’offres y afférent a été déjà lancé.

Le JIRAMA s’associe-t-elle à l’initiative de l’État de confier à une société toute nouvelle la prérogative de pouvoir importer directement des PPN mais surtout du fuel ?

Effectivement, c’est une occasion à saisir pour la JIRAMA . Il faut souligner que la JIRAMA appartient à 100 % à l’État. Aucun problème n’est à soulever par rapport aux moyens recherchés par l’État pour subvenir aux besoins de la population, laquelle compte le plus grand nombre d’usagers de la JIRAMA . L’État a le droit de prendre des décisions permettant à la JIRAMA de bien fonctionner.

La Loi de 1999 ouvrant le marché dans le secteur énergétique à la concurrence empêche-t-elle vraiment la JIRAMA d’être en mesure d’investir ?

Maintenant on va modifier cette Loi. La JIRAMA va lutter en faveur de ce qu’elle est en droit de pouvoir faire et c’est un point capital.

En dehors de cette loi, pouvez-vous nous parler de la situation de la JIRAMA en province ?

À Mahajanga, le dédoublement est en cours, on va augmenter la production et le mode de distribution et cela, s’agissant de l’eau. À Antsiranana , le Chef de l’État vient de constater de visu les potentialités et réalités en matière d’énergie. Il n’oublie jamais l’eau et l’électricité partout où il va.

Pouvez-vous nous parler de la situation financière de la JIRAMA en ce moment ?

80 % de nos recettes sont absorbées par l’achat de carburants. Pour réduire ce facteur de coût qui impacte nos comptes, on va privilégier l’hybridation, c’est-à-dire le recours progressif à l’abandon des centrales fonctionnant au diesel c’est-à-dire les centrales thermiques dépendant des carburants. Le solaire sera développé. A Fort-Dauphin, les éoliennes seront implantées. Des barrages hydroélectriques comme Sahofika produiront des quantités significatives d’énergie.

La centrale de Mandraka mise en difficulté n’est-elle pas une priorité ?

Mandraka III et Mandraka IV verront le jour et seront opérationnels. La chute de niveau entre le Lac de Mantasoa et la Mandraka est étudiée. On cherchera à alimenter le Lac de Mantasoa en eau suffisante pour ne plus jamais mettre la centrale de Mandraka en état de dysfonctionnement. Mandraka fonctionne grâce à l’eau à Mantasoa.

Le nombre accru de partenariats signés cette année avec des opérateurs privés prêts à construire des centrales pour pouvoir vendre de l’énergie à la JIRAMA n’est-il pas désavantageux ?

Au contraire. La JIRAMA aura l’opportunité d’acheter moins cher l’énergie produite sans avoir à consacrer une partie de ses ressources à la construction de centrales. L’achat d’énergie déjà produite n’anéantit pas la JIRAMA. Il n’y a plus d’autres paiements, la JIRAMA se limite à acheter cette énergie produite.

A quel prix la JIRAMA est-elle encore prête à acheter l’énergie chez les opérateurs privés ?

Les énergies renouvelables ne sont pas à négliger. Par ailleurs, des centrales appartenant à la JIRAMA seront construites et on va par exemple solliciter des consortiums pour les construire. Le temps que leurs investissements dans la construction des centrales s’épuisent, il est possible de négogier avec les partenaires constructeurs. Une étude tarifaire est menée avec la Banque Africaine de Développement et la JIRAMA n’envisage pas de faire augmenter le prix de l’électricité. C’est le coût de production en centrale thermique qui est élevé. A travers les centrales solaires par exemple, Le coût de l’énergie s’affiche à 8 cents. On table sur ce qui est moins cher à produire puis à vendre aux usagers.

Et le délestage persistant ?

Une machine en panne ou ne pouvant pas fonctionner suffit à occasionner du délestage. Celui-ci concerne la production et non la distribution. Le retard de l’approvisionnement en carburants pour les centrales est également à l’origine du délestage. Quinze sur dix-huit camions ont livré à temps leurs carburants à la centrale produisant l’électricité pour la capitale, cela faute de moyens disponibles. Quoi qu’il en soit, pour que la JIRAMA puisse obtenir des financements ou des subventions, il faut passer par l’élaboration d’un budget révélant les besoins.

Un appui budgétaire pourrait-il alors être espéré auprès du Fonds Monétaire International maintenant en mission d’évaluation à Madagascar, pour permettre à la JIRAMA de fonctionner convenablement ?

Je reste optimiste. On va montrer au FMI l’état de nos dépenses, de nos besoins .Ce que je préfère plutôt dire, notamment aux usagers, c’est la confiance mutuelle à entretenir. La JIRAMA est une société d’État travaillant essentiellement pour la population. 

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