Editorial Opinions

Le vide et le néant

Des programmes creux dissimulés par des chansons entrainantes à la gloire des candidats. Servis sans précisions, ni détails, au- devant d’une foule immense mais conditionnée, à l’avance, par la distribution de tee-shirts et autres gadgets de circonstance. Voilà l’allure qu’a pris le début officiel de la campagne pour la présidentielle. Une physionomie qui va se poursuivre jusqu’au bout du « grand marché du bonheur ». L’essentiel passe au second plan. Alors qu’il existe bel et bien des sujets sur lesquels l’avis des uns et des autres sont attendus. Mais ils préfèrent embobiner les électeurs par des artifices mirobolants.
Parmi ces préoccupations majeures du cadrage macroéconomique, les recettes fiscales à partir desquelles l’État va financer ses attributions naturelles que sont l’éducation nationale, la santé publique, la sécurité des biens et des personnes, la construction des infrastructures communautaires… Avec un taux de pression fiscale contribuant à peine 14 % du Produit intérieur brut, PIB, l’État doit passer par les aides financières extérieures pour tenir son rang. Car à ce faible niveau, il arrive à peine à faire tourner la machine administrative.
Paiement des salaires des fonctionnaires et pensions des retraités, achats des fournitures de bureaux, règlements des factures de carburant et des dépenses en télécommunication. Même pour réhabiliter une portion d’une route nationale « effacée » par le passage d’un violent cyclone, il doit passer par les aides financières internationales. Emprunts à des taux d’intérêts concessionnels, à rembourser sur le long terme, financement via des coopérations bilatérales, ou recours aux collaborations avec des sociétés privées qui investissent beaucoup dans les Relations sociétales des entreprises, RSE, une vraie obligation aujourd’hui pour elles, afin d’éviter les accusations selon lesquelles elles pillent les ressources naturelles du pays, sans rien laisser derrière leurs colossaux bénéfices d’exploitation.
Certaines Fondations, le bras « à visage humain » des activités génératrices de richesses et d’emplois, ont bâti des écoles primaires publiques, des marchés à étages, des Centres de santé de base. Que des autorités, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ont inauguré avec insistance pour laisser leurs noms dans la mémoire collective. Des candidats ont laissé entendre la faisabilité de nombreux projets, avec un brin de gigantisme, sans révéler comment ils vont faire pour les financer. Déjà que le flou total entoure l’origine et la provenance des millions de dollars qu’ils déversent sur la foire des démagogies, le salon des plans sur la comète. Personne n’a une seule proposition pour inciter les contribuables à faire plus dans l’effort national du redressement fiscal. Sous le régime HVM, à chaque bilan trimestriel ou semestriel, la Direction générale des impôts, DGI, affirme que les résultats obtenus ont dépassé les prévisions de la loi de finances.
Mais qui, parmi les assujettis assidus, ont ressenti une quelconque amélioration dans son existence au quotidien? Les rues des villes et les routes nationales sont toujours mal entretenues. Les ordures ménagères se répandent partout, même dans les communes urbaines. Elles s’empilent pour former des monticules nauséabonds. La qualité des services sanitaires sont mal en point. Les prestations dans l’éducation publique laissent perplexes ceux qui sont obligés d’y passer leur scolarité. L’insécurité se généralise. Les embouteillages s’intensifient par l’indiscipline des transporteurs en commun. Un service public laissé aux mains des coopératives privées, s’il vous plaît. Quelles contradictions dans ces terminologies, pourtant bien encadrées dans leurs formulations! Peut-être que les améliorations évoquées par la DGI, consistent à justifier l’efficacité des réformes engagées. Comme les déclarations via internet.
C’est déjà encourageant de voir des séquences de sensibilisation, sous forme de spots publicitaires à la télévision, que les communes travaillent à partir des impôts et taxes qu’elles récoltent. Et que tout doit se dérouler dans la transparence totale, sur les affectations de ces ressources financières internes. La commune d’Ivato, sous la houlette du maire, Penjy Randrianarisoa, a réussi à réinstaurer la confiance entre sa municipalité et ses administrés. Par de nombreuses réalisations sur fonds propres. Un exemple souvent cité comme le modèle à suivre en matière de retour d’ascenseur aux imposables.
D’autres localités, par contre, se plaignent d’être des niches fiscales importantes, sans rien obtenir en retour pour ce qui est des initiatives pour le développement à la base. Dans les pays comme les États- Unis ou la France, à part les polémiques sur la gestion des immigrés, les orientations fiscales des candidats suffisent souvent à faire la décision des électeurs. Chez nous, les slogans ronflants, les promesses en l’air, les petits cadeaux en tous genres l’emportent sur les vrais soucis de la population.

Par Eric Ranjalahy