Grand Angle

L’Art dans toutes ses finesses

Le « Vita Malagasy » prend de l’ampleur et traverse les frontière

L’artisanat cible plus haut en misant sur la qualité et l’originalité des produits réalisés. Le résultat plaît et attire de plus en plus de consommateurs. Les Malgaches manifestent aussi leur vif intérêt aux œuvres luxueuses des artisans pour la valeur éthique et ethnique de l’art, quel que soit le prix que ça doit valoir. Le « Vita Malagasy » prend une toute autre dimension avec ses lettres de noblesse

Le « Vita Malagasy » prend de l’ampleur et traverse les frontière

L’art est difficile et les critiques sont aisées. Et la qualité finit toujours par payer. De plus en plus d’artisans misent sur le travail soigné et l’originalité de leurs créations pour cibler une clientèle à fort pouvoir d’achat. Cette stratégie rencontre un vif succès et donne une autre envergure à l’art de la Grande Île.
Dans chaque discipline de l’art, quelques noms ou quelques enseignes se distinguent du lot en proposant des articles d’une extrême finesse. Le haut de gamme est leur leitmotiv. Et tous les processus de leur travail sont soumis à un contrôle strict à chacune des étapes.

L’habilité des artisans garantit la qualité de l’œuvre

Bataille pour les matières premières
Trouver de la bonne matière est le premier défi des artisans. Face à la concurrence pour l’exportation et au besoin considérable des géants qui utilisent les mêmes matières, les artisans se sont pas les premiers servis. Ils doivent se contenter des restes que les autres ne veulent plus, s’ils n’osent pas aligner leur prix d’achat par rapport à leurs adversaires. Puis, il y a aussi la question de saison et la quantité de production pour certaines matières. « Beaucoup de facteurs rentrent en jeu pour s’assurer à avoir les matières premières dont on a besoin pour travailler. Prévoir et anticiper chaque situation aident à contourner les mauvaises surprises. Il nous arrive parfois de stocker une grande quantité de nos matières premières quand on sent qu’il y aura une baisse de récolte au niveau des producteurs. Et surtout c’est de ce côté-là que les artisans sont vulnérables. La plupart d’entre eux n’ont pas la trésorerie nécessaire pour faire face à ce contexte. Pourtant, c’est la base de tout leur travail », évoque Gloria Rakotovololona, responsable commerciale d’Ivahona, une marque qui vise le marché international avec ses produits.
« La mise en place d’un central d’achat aide considérablement les artisans pour s’approvisionner en matières premières. Quand on manque de matières ou si elles ne sont pas de bonne qualité, on ne peut pas travailler correctement », suggère Ralison, président de la Chambre d’Artisanat d’Antananarivo.

Avec finesse
La matière commence à prendre forme entre les mains de l’artisan. La première magie s’opère à ce stade. L’habilité du maitre de l’œuvre entre en action. Ses techniques s’appliquent à la lettre. Innover aide souvent à se démarquer. « Il faut tout d’abord aimer ce que l’on fait. Savoir faire ne suffit plus. L’art demande une grande patience pour obtenir de bon résultat. La culture de l’excellence aussi est nécessaire. Ne pas hésiter à refaire jusqu’à obtenir le résultat escompté. Puis, se documenter ou rechercher d’autre procédé pour innover dans sa discipline apporte une valeur ajoutée à l’œuvre. Il faut entretenir régulièrement son esprit créatif. Marier deux matières inattendues, utiliser d’autres supports, ou oser sortir des sentiers battus attirent toujours l’attention. Et s’inspirer de ce qui marche ailleurs sans tomber dans la copie bêtement. Bref, l’art demande beaucoup de rigueur pour avoir une certaine finesse », conseille Solomon Manan’Art, un sculpteur de renom.

Voir en grand
Haut de gamme est une qualification honorifique. Les articles sous cette appellation là s’adressent à une cible plus sélective mais qui n’hésite pas à mettre la main au portefeuille. Les galeries d’art dénichent des articles qui répondent aux exigences de sa clientèle. La galerie Les Goyaviers en est une. Elle expose une centaine d’articles à l’Hôtel Le Louvre à Antaninarenina jusqu’à la fin du mois d’octobre. Intitulée « Duo en grand », l’exposition offre une concentrée de belles réalisations de Léon Fulgence et Georges Rakotomanana, deux peintres renommés.
La galerie Les Goyaviers, responsable de cet événement, exhibe les plus belles pièces des Tsu-Tsu, Le Village, Terre, Tsara, Precious, et Ferronnerie d’Art, six enseignes œuvrant dans l’artisanat de luxe,cautionnent le savoir-faire des artisans par une charte de qualité qui valorise ainsi les articles réalisés. Sacs et chapeaux, maquettes de bateau en bois précieux, dinanderie, fer forgé et minéraux, pièces en pierres précieuses, bijoux et artisanat contemporain prennent fière allure dans le hall de l’hôtel. Chaque article se distingue par son originalité. L’ensemble reflète le côté noble de l’artisanat de la Grande Ile.
« L’exposition Duo en grand démontre que l’art peut acquérir une autre dimension, que les artisans sont capables de donner les meilleurs d’eux-mêmes. Ces belles pièces sont les preuves palpables de travaux rigoureux. Elles méritent d’être connue et reconnues à leur juste valeur. J’invite surtout les Malgaches à venir apprécier ces belles réalisations qui peuvent les rendre fiers. Les étrangers à la recherche d’articles originaux seront bien servis ici », explique Nirina Serin de la galerie Les Goyaviers. Son goût prononcé pour les artisanats de qualité l’a poussée à avoir une grande ambition pour amener les travaux des artisans dans les grandes expositions de grande envergure. Son amour et son soutien inconditionnel à l’art malgache, ses initiatives lui ont valu le titre de Commandeur de l’Ordre National des Arts en 2017.