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Vaccins – Entre doutes et espoirs

C’est à Antananarivo que la semaine africaine de la vaccination a été lancée. Cette huitième edition a pour thème « les vaccins ça marche, faites votre part » et se focalisera particulièrement sur la sensibilisation. La présence du couple présidentiel, Voahangy et Hery Rajaonarimampianina, au lancement de cette campagne au Palais des sports mardi dernier, témoigne d’ailleurs de cette volonté de convaincre. « C’est grâce à la vaccination que nous avons pu éradiquer la variole de la surface du globe depuis bientôt quarante ans maintenant. Et aujourd’hui, grâce à la vaccination, nous sommes en passe d’éradiquer la poliomyélite », avait souligné dans son allocution Charlotte Ndiaye, représentante résidente de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Madagascar.

recommandation
Les autorités de la santé publique prévoient d’augmenter le taux de couverture nationale, qui se situe actuellement entre 80 et 90%. La recommandation mondiale est de 95%.
En 2014, après neuf années d’absence, le poliovirus a refait surface à Madagascar. S’en est suivie entre 2014 et 2015 une épidémie, des dizaines de cas recensés en 2015, ont fait relancer et intensifier des séries de campagne de vaccination visant à éradiquer cette maladie. En 2016, lors de la huitième campagne de vaccination contre la poliomyélite, les autorités de la santé publique avaient estimé qu’un enfant malgache sur quatre n’avait pas assez d’immunité contre la poliomyélite. La vigilance est d’ailleurs de mise car Madagascar est un terrain favorable à la poliomyélite, maladie qui paralyse les membres inférieurs des personnes atteintes. « C’est une maladie contagieuse qui s’attrape par les mains sales et transmise à partir des matières fécales. Ce sont ces matières fécales laissées un peu partout, ajoutées au manque d’hygiène généralisé qui favorise la prolifération du virus. L’hygiène encore très précaire qui prévaut à Madagascar est très favorable à la poliomyélite », avait expliqué aux journalistes en 2016 le docteur Alice Rabemanantsoa, superviseure de la campagne 2016.
Depuis, le ministère de la Santé publique a mis les bouchées doubles. Le Docteur Bodo Ramamonjisoa, Directrice du Programme elargi de vaccination au sein du ministère de la Santé publique, est actuellement en mission à Mahajanga, capitale du Boeny, région Nord-ouest de Madagascar, pour vérifier si les données à disposition sont conformes aux réalités sur le terrain. Une surveillance de l’environnement est également en train de se faire selon elle. A Mahajanga, Toliara, Antananarivo, les dalles sont surveillées pour déceler d’éventuels poliovirus. Le lac de Mandroseza dans la capitale fait également l’objet de cette même surveillance.

polio free
L’objectif est de décrocher le label « Polio free » en juin à Abuja, capitale du Nigeria. Madagascar y présentera un document de deux cent pages ainsi que les résultats d’analyses de selles de deux personnes sur un panel de cent mille habitants, présentant des signes de paralysie.
Selon l’OMS et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), certains pays comme le Congo ou le Nigeria ont eu recours à une vingtaine de campagnes de vaccination pour venir à bout de la poliomyélite.

L’hygiène encore très précaire qui prévaut à madagascar est très
favorable à la poliomyélite

Lors de la grande panique fin 2017, Un responsable pose
des affiches indiquant que son école ne vaccine pas contre
la peste pour rassurer les parents

Les parents font de la résistance

Mefiance. En décembre 2017, lors de la semaine de la santé mère et enfant, la campagne de vaccination antipoliomyelite a été reportée dans les deux plus grandes villes de Madagascar à savoir Toamasina et Antananarivo, et plus précisément dans le Grand Tanà en ce qui concerne la capitale. le ministère de la Santé publique a en effet décidé de jouer la carte de la prudence. « Prendre cette décision a été inévitable », avait alors déclaré à l’Express de Madagascar le docteur Hanitra José Rabenarison, médecin inspecteur à Antananarivo. En octobre et en novembre de l’année dernière en effet, une rumeur folle a couru durant une semaine dans la capitale, disant que des enfants ont été forcés d’être vaccinés contre la peste. Des parents ont littéralement pris d’assaut les écoles, forcés les portails, pour venir chercher leurs enfants à l’école. Cette panique a été confortée par une déjà très grande méfiance vis à vis des vaccins qui prévaut ces temps-ci.
Jusqu’en 2014, le ministère de la Santé a observé une baisse constante du taux de refus. Mais à partir de la dixième campagne, les choses ont changé. Les responsables ont vu ce taux de refus grimper jusqu’à 39%. « Je ne comprends pas pourquoi on me demande de faire vacciner mes enfants une seconde fois à l’école alors que notre médecin de famille leur administre déjà les vaccins de routine requis », s’interroge Hanta Rasendra, mère de quatre enfants. Lors de la campagne de vaccination, elle pense ne pas envoyer ses enfants à l’école « pour leur éviter une surdose. » D’autres parents soupçonnent l’Etat de vouloir « gonfler les statistiques afin d’obtenir des financements des bailleurs de fond. » Ralisoa Victoire ne veut pas que ses « petits enfants prennent des médicaments dans les fokontany, ils pourraient tomber malade. Les médicaments qui y sont administrés ne sont pas sûrs. »
Madagascar n’est pas le seul pays à voir déferler cette vague de pessimisme. En Occident, les grands groupes pharmaceutiques sont accusés de vouloir faire d’énormes bénéfices grâce aux campagnes de vaccination. Des parents refusent catégoriquement de faire administrer des vaccins qui, selon eux, rendent malades leurs enfants. Sur les réseaux sociaux, des publications enjoignant les membres de refuser de faire vacciner leurs enfants se répandent et sont relayés par les utilisateurs malgaches.
Le ministère de la Santé publique a reconnu avoir sous estimé le volet communication et rectifie depuis le tir. Le Dr Manitra Rakotoarivony, directeur de la Promotion de la santé au sein du ministère de la santé publique avait annoncé en décembre que des séances d’information seront données aux parents dans les écoles.

Dr Bodo Ramamonjisoa, Directrice du Programme
Elargi de Vaccination

Questions à…Dr Bodo Ramamonjisoa
« L’immunité communautaire est ici en jeu »

Quels sont les objectifs de cette semaine de la vaccination africaine ?
Le taux de couverture national de vaccination contre la poliomyélite est actuellement de 90%. Lors de cette semaine de vaccination africaine nous prévoyons d’atteindre plus de 90% de taux de couverture dans plus de 80% de districts. Le taux recommandé par l’OMS est de 95%.

On observe depuis quelques années un important taux de refus à la vaccination. Comment comptez-vous convaincre ?
Par la sensibilisation. Nous avons distingué deux populations cibles particulièrement réfractaires : les personnes socialement aisées et les Quat’mis. Nous allons essayer de déterminer les raisons du refus et adapter nos messages par rapport à cela. Nous avons également dressé une cartographie pour déterminer les zones où sont enregistrés les refus les plus importants, comme à Mahamasina dans la capitale par exemple. Des équipes sont chargés spécifiquement de résoudre cette problématique. Ils font du porte à porte, travaillent sur des focus group, diffusent des messages à la radio, à la television. Les agents du ministère travaillent de concert avec les agents communautaires.

 Quel est le message à faire passer ?
La campagne de vaccination contre la poliomyelite n’est pas seulement destinée à l’immunité individuelle. C’est l’immunité communautaire ici qui est en jeu. Le fait de faire vacciner son enfant contre la poliomyélite à plusieurs reprises n’a pas d’incidence sur la santé de l’enfant. Au contraire, cela renforce son immunité.

 Il y a eu une polémique sur le mode de conservation des vaccins. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?
La polémique n’a pas lieu d’être. Les zones enclavées, notamment le sud et l’ouest, ont reçu des équipements tels que réfrigérateurs solaires, électriques, porte- vaccins, et glacières. Ce sont des appareils performants et extrêmement fiables et les agents de santé qui auront à les manipuler ont reçu une formation. Ces équipements ont été fournis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Aujourd’hui 25% des besoins en régrigérateurs solaires ont été satisfaits.

Couverture vaccinale – un défi à relever

En 2016, le taux de couverture en vaccination chez les enfants de moins de cinq ans, à l’échelle nationale pour Madagascar, a été de 69%, indiquent les estimations croisées de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), du GAVI (Alliance du Vaccin) et de l’Unicef. « Beaucoup d’enfants inclus dans cette tranche d’âge ne sont pas encore vaccinés à Madagascar. Ce qui place le pays au deuxième rang de ceux ayant le plus grand nombre d’enfants non vaccinés dans le monde », avaient alors signalé les responsables à l’époque.

Par Rondro Ramamonjisoa