Politique

La géopolitique et lui

Les premiers pas du président de la République Andry Rajoelina vont être scrutés avec attention du côté de la communauté des partenaires techniques et financiers qui l’ont adoubé. En tournant la page de 2009 où le jeune maire de la capitale a été taxé de putschiste pour avoir chassé du pouvoir Marc Ravalomanana, coupable de dérives totalitaires et déjà sanctionné par les bailleurs de fonds par le conflit d’intérêt entre les caisses de ses entreprises, celles de la Banque centrale et du Trésor public. Aussi, Andry Rajoelina est-il déjà invité à se soumettre aux diamètres exacts de l’orthodoxie financière internationale.
Des diplomates, sous couvert de l’anonymat, s’interrogent sur un point crucial ou focal. Le flou autour des financements des projets avancés par l’Initiative pour l’émergence de Madagascar, IEM, épine dorsale du programme de société d’Andry Rajoelina. Au cours du premier débat télévisé l’ayant opposé à Marc Ravalomanana, ce dernier, en parfait « bon élève », a récité un classique ou un cantique bien connu.
Les bailleurs de fonds traditionnels sont incontournables dans la situation actuelle de l’économie nationale. Où le bouclage du budget dépend, en grande partie, de leur contribution, à cause de la faiblesse des recettes fiscales.
L’accord du Fonds monétaire international, FMI, sur la base d’un programme de gouvernement, doit être acquis pour avoir les aides des autres coopérations bi ou multilatérales. Comme celles de l’Union Européenne, sous forme de dons non-remboursables, assortis de quelques préalables pour ne citer que le respect des droits de l’Homme ou l’alternance démocratique au pouvoir.
Le décor a été ainsi planté par celui qui s’est toujours présenté comme l’interlocuteur préféré de ces financiers occidentaux. En guise de réplique, Andry Rajoelina a admis que tout cela est nécessaire, mais insuffisant pour avoir un essor rapide et durable de l’économie et faire reculer la paupérisation à grande échelle de la population. Durant la Transition qu’il a présidée, sous la coupe des sanctions internationales, à la recherche d’une échappatoire ou d’une issue de secours, il a prononcé une phrase toujours ancrée dans bien des mémoires.
« Si on nous étouffe à l’Ouest, nous allons chercher respirer à l’Est ». Dans cette foulée, la licence d’exploitation du gisement de fer de Soalala a été vendue à une firme chinoise pour 100 millions de dollars, qui ont permis la construction du Coliseum de Madagascar et les hôpitaux aux normes, « Manara-penitra », dans quelques villes du pays. Les bruits sur les trafics de bois de rose ont enflé chaque jour davantage au point qu’un opposant ironisait que la locomotive du TGV fonctionne plutôt à vapeur par la combustion de ces ressources naturelles rares. Des organisations non gouvernementales, soutenues en sous-main par les écologistes du monde entier, ont dénoncé sans relâche ces pillages en règle de ces bois précieux. Mais aucun gros bonnet, souvent « cité » pour avoir commis des délits ici et là, n’a été inquiété pour autant. Andry Rajoelina n’est pas peu fier de ses réalisations sans un dollar venu de Bretton Woods ou un euro de Bruxelles.
En revanche, la gestion des dépenses publiques a été saluée par des experts de la Banque Mondiale. Ce qui a valu à Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du budget de l’époque, un certain crédit à leurs yeux. Mais une fois arrivé « par accident » à la tête du pays, il a trop poussé les relations privilégiées avec la Chine. Ce qui a froissé certaines susceptibilités. Béatrice Atallah, alors ministre des Affaires étrangères, n’a-t-elle pas avoué « qu’en échange des appuis multisectoriels de la coopération chinoise pour soutenir le développement de Madagascar, son homologue chinois a souhaité une protection efficiente des investisseurs et capitaux chinois au pays ».
Une déclaration faite en pleine révolte des habitants de Soamahamanina qui contestaient l’exploitation par des Chinois d’un important gisement d’or dans leur commune. Des manifestations violemment réprimées par les forces de l’ordre. Pourquoi ne pas accorder une telle « vigilance et bienveillance » pour les Japonais, par exemple, qui injectent, eux aussi, des millions de yens pour l’extension du port de Toamasina, et la construction d’un immense barrage d’irrigation des rizières à perte de vue à Ambatondrazaka ?
Alors que parmi les architectes de l’IEM, se trouve un certain Holijaona
Raboana qui fait office de « capitaine d’équipe ». Il a toujours fait valoir ses connaissances approfondies des dragons asiatiques. Conseiller spécial du
professeur Albert Zafy, aux côtés de Serge Zafimahova et d’Alain Ramaroson, du 27 mars 1993 au 4 septembre 1996, il a suggéré de s’inspirer et suivre
le modèle de développement sud-coréen. Mais les recherches improductives et infructueuses de financements parallèles auprès des princes d’opérettes de Liechtenstein ont tout chamboulé au passage. Albert Zafy a été éjecté de son piédestal, plus tôt que prévu, par une motion d’empêchement ourdi par les « Groupe d’Ankerna », validée par la Haute cour constitutionnelle.
La question est à la fois simple et sournoise. Quelle perception les principaux bailleurs de fonds de Madagascar auront-ils d’Andry Rajoelina dans son nouvel habit sorti des urnes? Un processus électoral voulu et sauvegardé par la communauté internationale face aux divers soubresauts des « candidats anti-élection présidentielle ». Il lui faudra un savant dosage, un souci permanent de l’équilibre diplomatique pour, au moins, ne déranger personne à défaut de satisfaire tout le monde. La venue de Recep Tayiip Erdogan, président controversé de la Turquie, sur invitation du régime HVM, a beaucoup déplu dans les chancelleries occidentales. Quelques mois après le coup d’État manqué à  Ankara. Un exemple- type attestant que la géopolitique mondiale est un sujet ultrasensible auquel Andry Rajoelina doit désormais faire face.

par Eric Ranjalahy