alaune Politique

Gouvernement – La grande ruée vers Iavoloha

Certains vont remettre les couverts

Un premier test majeur pour Andry Rajoelina. La formation d’un gouvernement à même de répondre aux attentes suscitées par son programme intitulé « Initiative pour l’émergence de Madagascar », IEM

Ils se bousculent au portillon. Comme il fallait s’y attendre. Pour devenir ministres ou dignitaires du nouveau régime. La stratégie a été des plus simples depuis que la Haute cour constitutionnelle a consacré Andry Rajoelina président de la République. Lui adresser une chaleureuse félicitation, assortie de l’assurance d’une franche et sincère collaboration, tout en tressant des louanges sur les mérites de l’IEM. Avec un CV gonflé à bloc. Si ces artifices ne semblent pas convaincre les décideurs, ils agitent aussitôt le spectre de la menace. Comme l’a fait Paolo Raholoniarivo, directeur de campagne du fantasque pasteur Mailhol, qui a choisi de soutenir le candidat numéro 13 au second tour de la présidentielle. Pour lui, le Mapar-Tgv seul ne pourra gouverner le pays.

prétendants

Ces bousculades, une véritable mêlée ouverte, pour être membres du gouvernement ou occuper un poste parmi les nombreux hauts emplois de l’État, s’expliquent par les énormes avantages qui en découlent. Véhicules de services et de fonctions avec des tickets de carburants inépuisables, voyages à l’extérieur au frais de la princesse, évacuations sanitaires gratuites sur un jet privé même pour soigner la rougeole à Maurice ou Dubaï, diverses indemnités et salaires astronomiques, crédits téléphoniques illimités, le pouvoir de s’adonner au népotisme dans les nominations de ses proches collaborateurs. Dans ces conditions exceptionnelles, la traversée du désert devient insupportable pour ceux qui ont eu déjà l’occasion de goûter aux délices du pouvoir.
Alors Andry Rajoelina et son Premier ministre trouveront-ils des personnalités « patriotes », peu intéressés par ces écoulements gracieux et divers, qui vont servir le peuple dans sa pauvreté et sa misère, et la nation en décrépitude avancée, au lieu de se servir eux-mêmes ? Sachant que, politique politicienne oblige, tristesse alimentaire étant, les frustrés et les recalés de cette fournée, vont former le premier cercle des mécontents avant de devenir des opposants au stade embryonnaire. Pour descendre sur la Place du treize mai pour plus tard. Schéma classique.
Il va leur falloir jongler sur de nombreux critères. Dans le souci de faire preuve d’austérité, Andry Rajoelina roule pour un cabinet restreint de 22 membres. Soit le nombre des régions. Car le caractère ethnique et régional doit aussi primer sur la technicité et la conviction politique. À ce propos, les soutiens apportés par Jean Omer Beriziky, Rolland Ratsiraka, Joseph Martin Andriamampionona, Jean Ravelonarivo, Sahara Rabeharisoa, le Leader-Fanilo, toutes tendances confondues, pour ne citer que les candidats éliminés au premier tour de la présidentielle, vont-ils peser lourds dans la balance des décisions ? Sans compter les précieux apports d’ une multitude d’associations ayant fait des campagnes de proximité au niveau des « Fokontany » qui exigent aussi leur part du gâteau. Du côté de l’Arena Ivandry, c’est déjà la foire d’empoigne.
Dans la foulée, des supputations laissent entendre qu’une ouverture vers le TIM de Marc Ravalomanana, dans un premier temps du quinquennat, n’est pas à exclure. Afin de faire durer l’apaisement acquis par l’acceptation du candidat numéro 25 de sa défaite. Lors de la proclamation des résultats provisoires, le président de la Commission électorale nationale indépendante, CENI, Me Hery Rakotomanana, a exhorté les deux protagonistes à trouver un consensus avant que l’irréparable ne soit accompli. Il est vrai que cet appel de détresse a été lancé à cause des meetings de contestation des partisans de Marc Ravalomanana au Parvis de l’hôtel de ville à Analakely.
Depuis la publication du verdict final et irrévocable de la Haute cour constitutionnelle, HCC, les donnes ont changé. Marc Ravalomanana a rendu les armes et Andry Rajoelina surfe sur la vague des reconnaissances internationales. L’atout majeur qui lui manquait lors de la Transition l’obligeant à négocier en permanence avec ses adversaires politiques au fil des « traités et conventions » dans les capitales africaines. Pour sceller l’avenir du pays par la « Feuille de route » valant une constitution, déplora Didier Ratsiraka.
Si la communauté internationale a pris acte du jugement dernier de la HCC, il serait intéressant de suivre ses relations avec celui qualifié de « putschistes » en 2009. L’ambassadeur de l’Union européenne, Giovanni Di Girolamo a pris les devants. « Même si le Président élu a son propre programme, l’Union européenne est toujours prête à apporter sa contribution pour le développement économique et social de Madagascar », a-t-il affirmé. La communauté internationale qui a financé et supervisé le processus électoral, contre vents et marrées, est toute heureuse de son issue.

succès

Elle ne veut plus revivre le cauchemar ivoirien de 2011. La réussite malgache a sauvé les vertus et les dogmes de la démocratie occidentale. D’autant que des remous ont émaillé le même procédé en République démocratique du Congo. Andry Rajoelina a toutes les cartes en main. À lui de jouer. Même si personne ne croit pas à la bonne volonté des ministres à se vouer aux biens de leurs concitoyens. Pour eux, l’intérêt supérieur de la « ration » prime sur les autres considérations. Et durant leur présence au gouvernement, ils seront en état de…grasse. Vive la République.

Eric Ranjalahy