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Marie Christina Kolo – Le vert dans l’esprit

La montagne a accouché d’une souris. « Comme beaucoup, j’ai passé des jours sans sommeil et sans repos pour des résultats au final qui ne sont ni justes ni satisfaisants ». Marie Christina Kolo ne cache pas son amertume. La jeune écoféministe, activiste du changement climatique, vient d’assister au sommet de l’ONU sur le climat. Malgré deux jours de prolongation, les près de 200 pays réunis à Madrid n’ont fait aucune avancée notable, accouchant d’un texte final d’une “grande faiblesse”, rapporte Courrier international, que Marie Christina a relayé sur sa page Facebook.

« La COP25 a été extrêmement difficile, épuisante émotionnellement et physiquement pour beaucoup », admet-elle. « D’une part, on fait face à quelques pays qui reviennent sur leurs précédents engagements, ne considèrent que leurs intérêts personnels, pourtant ils sont les plus influents. D’autre part, des pays comme le nôtre ont une faible visibilité, peinent à imposer leurs solutions. » Cette jeune entrepreneure sociale, fondatrice de
« Green N kool », mais surtout co-fondatrice du“ Reseau climat Océan Indien ” (RCOI) rassemblant une vingtaine d’associations, regrette que Madagascar ne se soit pas assez investi. « Les COP semblent juste être à nos yeux qu’une réunion internationale de plus. Nous devons pourtant être conscients de ce qui se passe au niveau international, comprendre les enjeux mondiaux qui nous affectent, pour mieux agir au niveau local.»

Madagascar n’émet pas de quantité considérable de gaz à effet de serre mais se trouve aux premiers rangs des victimes du réchauffement climatique. Le credo de Marie Christina Kolo est simple: « nous n’aurons pas les moyens d’investir dans l’éducation ou encore la santé, si nous devions reconstruire après chaque intempérie ou encore établir des actions d’urgence chaque année pour lutter contre le “ kere”. Les actions durables nécessitent des moyens que les pays pollueurs se sont engagés à apporter. »

Gender advocate
Droite dans ses baskets, tout sourire devant Antonio Guterres, secrétaire général des nations Unies, lors d’un face à face en direct sur Facebook, la jeune femme de 31 ans, est à l’aise. Son naturel séduit: « J’assume mes formes, mes cheveux crépus et je ne me tracasse pas de l’image que les gens peuvent avoir de moi.» Sa détermination, qu’elle affirme tenir de sa mère, force l’admiration : «Il m’est arrivé d’être en opposition avec les autorités, dépassant les normes sociales, les tabous et les préjugés pour se faire entendre. Je pense particulièrement aux préjugés liés à l’âge et au sexe. En tant que jeune femme, dans une culture malgache patriciale où on attend de moi le calme et la « docilité », le combat n’est pas toujours facile. »

A la COP 25, Marie Christina Kolo est « gender advocate » et se fait la porte parole notamment de cette « jeunesse malgache qui manque beaucoup de confiance en elle car on lui dit qu’elle manque d’expérience, que les aînés font toujours mieux, qui craint de vivre ses passions, de s’exprimer car la société ne le lui permet pas réellement. »

Son modèle c’est sa mère, qui a élevé seule ses enfants après le décès de son mari, et en qui elle puise sa force. Elle espère que les jeunes seront plus nombreux au prochain sommet et porteront plus haut la voix du pays.
Comme elle l’a fait en quittant son Nosy be Hell Ville natal, un Master en gestion de projet de développement et humanitaire en poche, parcourant plusieurs pays (Chine, Inde, Sénégal, France), en quête d’expériences au sein d’organisations non gouvernementales (ONG), avant de revenir à Madagascar. En 2011, en travaillant pour l’ONG
chinoise Friends of Nature, elle découvre les revers de la médaille d’un pays dynamique, à la croissance effrénée,
prônant le développement rapide à tout prix. Des « villages du cancer », avec plus de la moitié de la population, atteinte de la maladie, à cause des entreprises qui polluent les cours d’eaux et l’atmosphère, se sont dressés.
« Cela m’a permis de réfléchir au modèle de développement que nous souhaitons vraiment à Madagascar, mais également sur notre modèle de consommation ». Elle parle de véritable déclic.

La COP 25 a déçu, mais Marie Kristina Kolo ne baisse pas les bras. « On me reproche d’être une idéaliste, mais je pense que c’est une force et je l’assume. Je vis de mes passions, de mes idéaux et convictions, convaincue qu’il faut montrer par l’exemple. Mais avant tout, je suis rassurée de ne pas être seule. Je suis rassurée de voir de plus en plus de jeunes s’informer, sensibiliser, entreprendre et surtout agir pour un impact positif dans leur communauté ».