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Cactus – L’opulence derrière les épines

Épineux. Nous sommes dans l’extrême Sud de Madagascar, où la terre finit par rencontrer l’océan. Aux alentours du terrain sableux où poussent des plantes épineuses, le désert laisse croire que rien n’est comestible dans la partie la plus australe de la Grande île. Une petite famille n’avait plus le choix, un beau jour de l’an 1997, que de cuire les fruits du cactus, la plante aux vertus appauvrissantes que les gens maudissent en l’appelant « mampahantra », qui rend pauvre. Mais c’est sans compter sur la témérité de Paubert, propulsé dans l’entrepreneuriat sans l’avoir imaginé.

Alors qu’il grandit dans la famille, il fait la découverte d’une recette de confiture à base de fruits de cactus. Il s’agit d’une recette familiale. Les fruits de cactus sont cueillis et puis cuits pour en obtenir une sorte de confiture comestible au goût sucré. Tous les voisins mettaient la famille en garde par rapport au poison existant dans le fruit du cactus. Mais les membres de la famille de Paubert en toujours mangé. Ses parents ont pensé à commercialiser le type de confiture mais personne n’en voulut.

Dans le fin fond du Sud de Madagascar, la croyance veut que le fruit du cactus ne se mange pas car le cactus est une plante maudite appelée « mampahantra » ou porteuse de pauvreté. Les années passent et Paubert poursuit ses études à Antananarivo. En même temps sa famille continue à consommer le fruit de cactus transformé en confiture, sans qu’il n’y ait ni mort ni malade.

En 2006 éclate une jacquerie lorsque l’Etat décide d’éradiquer tous les cactus poussant dans les localités du Sud de Madagascar. L’Etat était pourtant prêt à reverser des indemnisations en argent liquide à toutes les populations qui seraient privées de cactus. Mais au Sud désertique, les gens vivent du cactus et en mangent car ils n’ont pas le choix. Si le cactus est devenu à la base de l’alimentation, et qu’il soit détruit, tout le monde sera sans nourriture.

Paubert a fait partie de ces gens qui se sont mobilisés contre l’État pour s’opposer à l’éradication du cactus. En effet, c’est par la diligence de personnalités travaillant dans des projets de développement que l’éradication du cactus dans le Sud a été décidée par l’État. Paubert a saisi l’occasion pour faire connaître à tous ses consœurs et confrères, amis et voisins, combien le cactus est une plante utile. Il a initié la consommation du fruit de cactus et la transformation de ce fruit en confiture afin de ne rien perdre du cactus.

Revenu définitivement dans son village natal une fois ses études achevées, plusieurs personnes de son village sont déjà convaincues de la fraîcheur et du goût de la confiture du fruit de cactus. C’est à partir de là que la confiture de cactus s’est vite vulgarisée et consommée dans toutes les localités ultra-australes de la Grande-île. La réputation de la confiture de cactus s’est largement répandue au-delà du Sud de Madagascar et à l’heure actuelle, Paubert se trouve à la tête d’une coopérative paysanne produisant 1000 pots de confiture de cactus par an.

Tout le processus de transformation du fruit de cactus en confiture se fait de manière artisanale. Le côté naturellement biologique de la confiture de cactus est une raison de plus pour persuader les consommateurs à en rechercher. Grâce à une simple histoire de fruit de cactus, plusieurs personnes réunies dans la coopérative de Paubert vivent actuellement de la commercialisation à grande échelle de la confiture de cactus. Cette coopérative paysanne vient même d’ouvrir un point de vente à Antananarivo, et ambitionne d’aller plus loin. La coopérative pense déjà à transformer les grains de fruit de cactus en carburant. En entrepreneuriat, il suffit de partir de rien pour bâtir un destin, mais lorsqu’on entreprend, il faut chérir ce que l’on fait combien même c’est épineux.

Maintenant plusieurs emplois se créent grâce à la coopérative paysanne existante transformant le fruit de cactus en confiture. Aux dernières nouvelles, Paubert vient de bénéficier d’un financement du programme Fihariana pour pouvoir mieux entreprendre.