Actualites alaune Politique

Présidentielle hasardeuse – Un second tour de passe-passe

Qui va sortir gagnant du pur hasard ?

Les résultats du premier tour de la présidentielle publiés par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, ont faussé les spéculations, les projections et les estimations des uns et des autres. À moins d’un invraisemblable retournement de situation, un second tour doit se tenir le 19 décembre, une semaine avant Noël

Préparer le moral de leurs troupes pour refuser des résultats autres que leur victoire au premier tour. Voilà la stratégie de communication adoptée par les équipes de campagne des candidats Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana au lendemain du scrutin du 7 novembre. Le premier, par ses bons scores réalisés dans la capitale, fief
naturel de Marc Ravalomanana depuis sa victoire sans appel aux municipales et ses larges succès à Toliara-I et II, a tout de suite crié à la victoire. Par l’insistance des membres du staff de sa communication, des animateurs et animatrices sur le plateau de VIVA TV ont annoncé que leur favori arrive en tête avec 75 % des suffrages exprimés, Andry Rajoelina est allé jusqu’à prononcer un discours dans lequel il a souhaité travailler avec toutes les bonnes volontés. Et laisser derrière les protagonistes les animosités et les incitations à la haine réciproque.

SEULS LES  PROCÈS-VERBAUX
ORIGINAUX REFLÈTENT DE FAÇON
EXACTE CE QUI  S’EST PASSÉ DANS
LES  BUREAUX DE VOTE.
SELON  ME HERY  RAKOTOMANANA

Célérité

Mais trois heures seulement après la fermeture des bureaux de votes, peut-on avoir des résultats fiables et ayant une tendance au niveau national ?
Du côté de Marc Ravalomanana, même scénario visant à manipuler ses partisans sous l’hypnose de l’endoctrinement et à intimider ceux des autres.

Vendredi matin, soit 48 heures après le début des décomptes délicats des voix, un journaliste du MBS Radio, sans la moindre précision sur les paramètres usuels – nombre de bureaux de votes, des inscrits, des votants, des blancs et nuls, des suffrages exprimés- a révélé que Marc Ravalomanana mène avec 51 % distançant de loin Andry Rajoelina qui pointe à 35 %. Un meeting de remerciement des électeurs de la capitale a été programmé le lendemain sur la

Place de la Démocratie à Ambohijatovo mais annulé au dernier moment. Ramtane Lamamra,« moniteur attitré »
de l’Union Africaine pour accompagner le processus électoral malgache, a enjoint avec diplomatie et fermeté,
Marc Ravaloamanana et Hery Rajaonarimampianina à la retenue, lors de sa conférence de presse pour faire le rapport d’observation sur le déroulement global du scrutin. Les deux favoris « par nature » de cette présidentielle
affirment détenir des procès-verbaux pour étayer leurs évaluations.

Des manoeuvres fallacieuses qui ont réveillé Me Hery Rakotomanana, présidentde la CENI, de sa torpeur habituelle. Pour lui, « seuls les procès-verbaux originaux reflètent de façon exacte ce qui s’est passé dans les bureaux de vote.
Les candidats ne doivent  pas sortir des résultats, une prérogative de la CENI et de la Haute cour constitutionnelle,
HCC. Voilà pourquoi la publication prend du temps. La CENI scrute les éventuelles illégalités et irrégularités avant
de rendre public les statistiques détaillées par bureau de vote ». Mais cette lenteur a été assimilée par les ténors des partis politiques en conflit à dissimuler des actions frauduleuses.

Dans la foulée, il réfute les accusations de corruption qu’aurait perpétrée un candidat envers les membres de la CENI. « Que l’accusatrice apporte
des preuves de ce qu’elle avance », assène Me Hery Rakotomanana. Quand bien même, Jean Eric Rakotoarisoa,
président de la Haute cours constitutionnelle, HCC, tient à préciser que « seule la HCC peut traiter ces documents électoraux».

Déception

Ainsi, au fur et à mesure que la CENI a égrené les verdicts des urnes, ce fut le désenchantement. D’abord pour Andry Rajoelina. Car Marc Ravalomanana a raflé la mise dans d’autres régions àforte densité d’électeurs. Bongolava, Betsiboka, Vakinankaratra, Analamanga en dépit de sa courte défaite dans les six arrondissements, et Amoron’i Mania. Les proches d’Andry Rajoelina ont toujours espéré un renversement des tendances en faveur de leur « imagination créatriche» par on ne sait quelle magie. Marc Ravalomanana, quant à lui, n’a pas dépassé les 40 % dans l’ensemble. Alors que son vis-à-vis direct stagne autour des 39 à 40 %.

Arithmétique

De leur côté, les 33 « présumés petits candidats » ont pu engranger 17 %. Trois d’entre eux ont passé, si l’on peut dire, la barre de 1 %. Le pasteur Mailhol, Joseph Martin Randriamampionona, dit Dadafara, et Ny Rado Rafalimanana.
Tout compte fait, avec les 7 % arrondis de Hery Rajaonarimampianina, personne ne peut plus se prévaloir d’avoir
obtenu la majorité absolue d’entrée. Les mathématiques sont des sciences exactes, faisant fi des calculs politiques. Dès que les données statistiques de la CENI les indisposent, ils dénoncent tous à des prétendus détournements
des voix qu’ils ont obtenues. Mais est-ce possible d’agir ainsi, par exemple dans les six arrondissements
de la capitale et dans les chefs-lieux des ex-provinces ou des actuelles régions où les délégués des candidats
s’épient les uns des autres ? Derrière les contestations, la peur de perdre apparaît et émerge en surface

Par Eric Ranjalahy