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Hermann Jaozara – « La HCC a méprisé les requêtes des candidats »

La CENI et la HCC ont toujours été pointés du doigt par les vaincus à chacune des élections qui se sont succédé, en quoi vos accusations vis à vis de ces institutions sont-elles différentes cette fois-ci ?

Avant de répondre à cette première question, permettez-nous d’abord de souligner que le Collectif des candidats dont on parle ici n’est pas celui dont on a parlé lors des élections présidentielles. Ici, il s’agit du Collectifs des candidats aux élections législatives du 27 mai. Alors, cette fois, vis-à-vis de ces institutions, nos accusations portent tout particulièrement sur la manière et leur attitude de gérer les élections. Leurs membres ne sont plus dignes de la confiance de la population!

Pouvez-vous apporter des preuves des fautes ou des fraudes commises par ces entités ?

Les preuves sont multiples. Près de sept cent requêtes ont été déposées par les candidats auprès de ces deux institutions pour le prouver. Entre autres, les irrégularités de la liste électorale, l’intervention des autorités de l’État pendant les propagandes des candidats de l’IRD, l’emploi d’autres personnes dans les bureaux de vote pourtant elles n’y sont pas membres du tout, menaces d’affectation à l’endroit des fonctionnaires, si ces derniers ne votent pas pour le candidat de l’État de leur district. Il était manifeste que la HCC a totalement méprisé les requêtes des candidats car pour la proclamation des résultats, il suffisait à peine 45 minutes alors qu’il y a eu près de sept cent requêtes.

Pouvez-vous donner des exemples concrets des fraudes qui n’ont pas été sanctionnées ?
Entre autres, l’intervention du président de la République et plusieurs autres autorités de l’État dans les propagandes des candidats de l’IRD. Il y a également eu une candidate qui n’était pas en règle vis-à-vis du fisc, qui n’a pas été inquiétée alors qu’il y a cinq ans, il y a eu le même cas mais le candidat était disqualifié. Les problèmes de la liste électorale presque partout à Madagascar, gonflement injustifié de la liste, présence massive des électeurs inconnus dans plusieurs bureaux de vote. Pourtant, selon l’un des premiers responsables de la CENI, 500 000 électeurs qui étaient dans la liste lors des deux tours des présidentielles ont été effacés de la liste électorale.

Le fait que vous êtes pour la plupart des candidats vaincus n’influe-t-il pas sur la crédibilité de vos arguments ?

En aucun cas, parce que ces candidats n’ont pas été vaincus de manière légale et régulière mais plutôt par l’impartialité et les abus de ces institutions responsables des affaires électorales. Au contraire, ce fait montre qu’effectivement, il y a eu des fraudes et irrégularités dont ils sont victimes . Par ailleurs, il y a également des candidats élus qui partagent les arguments de ces candidats qui se lèvent avec leurs partisans pour défendre la même cause.

Parlez-nous alors des objectifs de ce mouvement ?
Étant un mouvement politique, nous ne pouvons en donner que quelques-uns. Pour l’instant, nous attendons encore la réaction de ces organes définis par la loi qui proposent et composent les membres de ces deux institutions auprès desquelles nous avons déposé nos résolutions. Ceci dit, nous préparons et élaborons toujours la marche à suivre quel que soit le cas de figure.

Est-il réaliste aujourd’hui d’envisager que les autorités accèdent à vos requêtes, surtout que les membres de ces institutions sont élus pour un mandat fixe ?

Normalement oui, s’ils tiennent vraiment compte du fait que c’est le peuple qui leur a prêté le pouvoir qu’ils ont. Rappelons par ailleurs qu’être élu pour un mandat ne signifie nullement pas que l’élu pourra faire ce qu’il veut quand il est en place. Il doit toujours se rappeler qu’il est là pour servir impartialement la nation même s’il a son choix personnel en tant que citoyen. Mais ceci ne doit en aucun cas influer sur une décision à prendre objectivement dans les missions qu’on lui a confiées. De surcroit, étant des institutions censées être indépendantes, nul ne pourra leur mettre la pression à son profit personnel! Toute la population est égale devant cette indépendance.

Quel est justement votre moyen de pression pour influer sur une institution aussi puissante que la HCC ?

Notre moyen de pression est tout d’abord, la conscientisation et l’interpellation des membres de ces institutions par des mouvements comme nous avons fait le 13 juin au LIVE HOTEL Andavamamba et le lundi dernier, le 15 juillet au CARLTON à Anosy. Vont-ils toujours se taire ou vont-ils se lever avec nous et dire : ras-le-bol des pressions ? Nous avons bien sûr d’autres moyens de pression possibles mais nous préférons nous en tenir là pour l’instant.

N’est-ce pas être médecin après la mort que de contester aujourd’hui les élections vu que les résultats de ces législatives sont déjà prononcés officiellement ?

Pour nous, dans la lutte que nous menons actuellement, l’expression « médecin après la mort » n’est pas valable! Sinon, il ne vaudrait pas la peine de lutter car ce qu’on veut sauver est déjà mort. Vu que nous nous levons contre l’injustice c’est que nous espérons que le mouvement aboutisse sinon, nous n’aurions même pas essayé.

Et si vous n’obtenez pas gain de cause alors que les municipales approchent, qu’envisagez-vous de faire ?

Nous ne pouvons pas encore apporter d’élément de réponse satisfaisante à cette question car nous n’avons pas encore pensé ne pas obtenir gain de cause. Cela dit, nous mettons toujours en place un plan de réserve pour être prêts à toutes les autres éventualités.

La population est fatiguée des querelles politiques voilà justement pourquoi les mouvements de contestations ont du mal à être efficaces ou sont même parfois perçus avec hostilité, ne pensez-vous pas qu’il est trop tôt pour mener un tel mouvement ?
C’est vous qui dites que la population est fatiguée des querelles politiques! Mais nous, nous voyons les choses autrement. Au contraire, c’est précisément la population qui se sent bafouée dans leur choix lors des législatives qui a appelé et incité ses candidats à ne pas se laisser faire comme le président Marc Ravalomanana aux présidentielles. Pour elle, ce dernier a eu complètement tort! D’où le passage du Collectif des candidats au Mouvement des Citoyens contre le Fraudes et Irrégularités Electorales. Le mouvement a donc même pris un retard car apparemment à Antsimbazaza, ils font déjà comme si tout était normal pendant les législatives.

Ce collectif semble être une structure très hétéroclite, pensez-vous qu’il pourrait avoir l’unité
nécessaire pour faire front et surtout pour résister aux éventuelles tentatives pour le déstabiliser ?

Lorsqu’il s’agit de l’intérêt général ou commun, la notion d’hétérogénéité disparait de manière naturelle du répertoire de la population. Pour elle, ce qui prime à ce moment, c’est d’abord comment on doit réaliser cet intérêt commun ou comment il doit se réaliser. Un exemple pas loin, il y a seulement quelques jours, nous nous sommes spontanément réunis autour des BAREA pratiquement dans toute l’île sans que personne ne nous y ait incités, nous avons tous exprimé nos joies et avons complètement oublié notre diversité puisqu’il s’agit de cette joie commune ou de cet intérêt commun. Ici, c’est pareil, les candidats, quelle que soit leur différence de couleur, ont été naturellement réunis par le fait qu’ils étaient tous victimes d’un même coup, d’un même abus, ou d’un même mépris de leurs dirigeants pour défendre leur cause. Autrement dit, dans tel cas, l’unité est dictée spontanément par l’intérêt commun. <<L’appellation HOM2HF ou le « Hetsikin’ny Olom-pirenena Miady amin’ny Hosoka sy ny Hala-bato amin’ny Fifidianana, en français, MCFIE ou Mouvement des Citoyens contre les Fraudes et Irrégularités Électorale est née après le premier mouvement du Collectif des candidats aux législatives du 27 mai au Live hôtel Andavamamba le 13 juin.
L’appellation est devenue Collectif des candidats au HOM2HF ou MCFIE car le mouvement du Collectif des candidats a vite pris une autre envergure aussitôt après la proclamation de la HCC des résultats des législatives. La population s’est aussi levée avec ses candidats car elle a réalisé également que ses droits et choix sont bafoués.>>