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Jean Bruno Ramahefarivo – « Le projet de Ranobe avance contre vents et marées »

Il n’y a pas de raison à ce que le projet s’arrête. Les opérations de construction sont prévues débuter au second semestre 2019 et la première production en 2021

Le directeur général de Base Toliara, Jean Bruno Ramahefarivo explique le contexte dans lequel la société d’exploitation d’ilménite dans la région Sud-Ouest se développe actuellement. Il se dit confiant quant au passage à la production proprement dite prévue en 2021. Pour lui, suspendre ou arrêter le projet ne serait pas bénéfique pour le pays

Le site minier du projet Ranobe a été vandalisé mercredi dernier, la situation n’est donc pas gérable ?

La situation est bien gérable. Les mécontentements existent dans tous les sites miniers du monde. Je ne suis pas vraiment étonné des agissements du camp adverse en saccageant et en brûlant le site de Ranobe à Ankilimalinike. L’opposition de l’association du chanteur Théo Rakotovao au projet d’exploitation d’ilménite ne date pas d’hier mais depuis des années. L’opposition évolue également avec le projet.

Quelles pertes à déplorer avec ces actes de vandalisme ?

C’est le camp du projet à Ranobe, sécurisé et géré par une dizaine d’employés. Un portail défoncé, des enclos de réserves d’échantillon d’ilménite issues des recherches effectuées depuis des années par Toliara Sands, brûlés et le contenu des sacs d’ilménites jeté et éparpillé. Les forces de l’ordre ont été demandées de les laisser faire jusqu’à un certain moment où il fallu effectuer des tirs en l’air pour les faire partir. C’est malheureux car la forme de contestation relève du vandalisme et non du dialogue.

Les partisans de Théo Rakotovao menacent de récidiver jusqu’à ce que la société plie bagage. Serait-ce le cas ?

Il n’y a pas de base légale pour que le projet d’exploitation de Ranobe s’arrête. Base Toliara a suivi le processus et toutes les procédures requises pour ce genre d’activités. Et ce, depuis vingt ans, depuis 1997 plus exactement. Tous les permis sont en possession de Base Toliara. Le permis d’exploration a été obtenu en 2001 et le permis de recherche en 2004. La phase d’exploration s’est étalée jusqu’en 2017 et le permis d’exploitation a été obtenu en 2012. Le permis environnemental a été délivré en 2015. Un permis renouvelable pour l’Eau et des déclarations d’utilité publique (DUP) ont été obtenues pour la route et la jetée et le site minier. Aussi, je ne vois pas pourquoi le projet ne devrait pas avancer alors que le gouvernement a donné son aval et a soutenu le développement du projet depuis tout ce temps.

Mais les opposants multiplient aussi leur offensive et ont même rencontré le ministre des Mines et des Ressources stratégiques ?

Ils ont tout à fait le droit de contester. Ils ont leur motivation.

Quelle est leur motivation justement car je pense que l’équipe du chanteur est en connaissance du processus respecté par Base Toliara ?
J’ai déjà rencontré Théo Rakotovao en personne. Il soutient les populations Mikea qui vivent de la forêt Mikea. Bien qu’on explique maintes fois que le projet Ranobe ne touchera pas une seule feuille de la forêt Mikea, l’artiste semble camper sur sa position. Son association persiste à défendre le fait que ce projet n’apportera rien aux populations locales.

Quels sont les impacts directs qu’on pourrait ressentir alors si le projet semble ne plus pouvoir faire marche arrière ?

Dans ce projet minier, outre les redevances minières de 2% dont 1,4% destinées aux communes, il ne faut pas oublier les investissements sociaux que le projet s’engage à effectuer. Un million quatre cent mille dollars par an seront destinés au secteur social. Toliara Sands, à son temps, a mis en place des écoles pour les populations Mikea alors que le projet, comme je l’ai dit, ne concerne pas la forêt Mikea, mais Base Toliara continuera d’appuyer le secteur social de ces populations. Les cinq communes concernées par le projet ont déjà des programmes sociaux bien établis et soutenus par Base Toliara. Près de 900 millions de dollars en impôts et redevance pour l’Etat malgache durant la durée de vie du projet, estimé à trente-trois ans.

Où en est Base Toliara aujourd’hui ? Qu’est devenue la société Toliara Sands au passage ?

Pour faire court, « WTR » qui était la société mère de Toliara Sands l’a cédé à « Base Resources », une autre société australienne, société mère de Base Toliara. Toliara Sands est plutôt spécialisée en exploration et le développement des phases d’extraction et de production relèvent de la spécialité de Base Ressources. J’ai été alors choisi pour diriger Base Toliara en janvier 2018. Base Toliara est une société de droit malgache immatriculée à Madagascar. Nous sommes à ce jour à la phase 3, dernière étape avant la phase de production proprement dite. Explicitement, Base Toliara est en phase technique de faisabilité finale. Il y a encore un mois, on vous a présenté les études de préfaisabilité. Mardi, on vous a présenté les résultats des études de faisabilité finale.

Concrètement, qu’est-ce qu’on entend par études techniques de faisabilité finale ?

Après l’élaboration du design, des coûts et études d’impact dans chaque unité, le projet est au détail. Je citerais en exemple le dosage pour la construction du pont, combien de piliers pour le pont, espacés de combien de mètres, la quantité réelle d’ilménite produite par semaine, par mois, le nombre de personnel à affecter dans telle unité, etc. Une fois tout cela bouclé, Base Ressources passera à ce qu’on appelle « les décisions d’investissement ». Je souligne au passage que les procédures de compensation des expropriés sont également en cours. Un comité administratif d’évaluation évalue les compensations pour chaque mètre carré de parcelle concerné.

Il n’y a pas de raison à ce que
le projet s’arrête. Les opérations de construction sont prévues
débuter au second semestre 2019 et la première production en 2021

La société civile et l’opinion se soucient plus des questions environnementales. Assistera-t-on à une meilleure gestion environnementale ?

Base Toliara a dû réajuster ses coûts d’investissement car d’autres études ont été réalisées afin de se conformer au contexte social et environnemental notamment. La restauration environnementale est obligatoire comme le mentionne le cahier de charges et elle doit être continue. Le processus d’extraction se fait par parcelle de 2ha et suivi d’un travail continu de restauration du sol. Il y aura ainsi plus de forêt qu’avant. La flore est préservée et même enrichie par un reboisement spécifique. 90% de l’eau utilisée par le projet sera remise propre dans le sol, les 10% s’évaporent naturellement.

Le projet QMM de Taolagnaro a été critiqué pour avoir mis de côté la main d’œuvre locale, comment se passera le recrutement pour Base Toliara ?

Les études de faisabilité finale que j’ai susmentionnées tiennent compte de l’intégration des entreprises locales. Nous sommes entrain de concevoir les contrats à passer avec les entreprises et fournisseurs de Toliara. À défaut d’offres spécifiques locales à nos besoins, c’est seulement là qu’on contractera avec des entreprises hors de la région Sud-Ouest. Nous travaillons avec des entités comme la chambre de commerce ou encore l’université de Toliara pour que les formations que nous dispensons concernent aussi les universitaires. Les entreprises ont presque été identifiées. Sur la durée de vie du projet prévue pour trente-trois ans, trente millions de dollars seront affectés au volet formation. Trois mille huit cents emplois sont prévus dans ce projet. 98% de la main d’œuvre employée par Base Toliara seront des ressortissants malgaches.

Après ces études de faisabilité technique finale, que verra-t-on à Toliara ?

Base Toliara avance vers la construction des infrastructures connexes à la production. Outre la base vie d’extraction à
Ranobe, une route d’accès de 45 km en revêtement spécial, dédiée au transport des minéraux, sera construite. Un nouveau pont en béton de 630 mètres de long sur la rivière Fiherenana. Le terminal d’exportation à la plage
de la Batterie sera composé d’un hangar de stockage pour l’ilménite, le rutile, et d’un hangar séparé pour stocker le zircon. Par ailleurs, aussi prévue en 2020, une jetée de 550 mètres de long avec tapis roulant clos permettra de charger les navires sans aucune chute de matière dans la mer.

Propos recueillis par Mirana Ihariliva. Photos Claude Rakotobe